NPA 86

Notes sur la réunion/débat du 14 février "Pour une alternative au capitalisme, l’Etat en question"

dimanche 20 février 2011 par Un militant intéressé

Partagez avec un militant les notes qu’il a prises lors de la réunion/débat [1] du 14/02/2011 qui, à l’initiative de « Raisons d’agir-Poitiers », se prolongera, sous la même forme, par le traitement d’autre thèmes dont : l’institution judiciaire, le contrôle social, les syndicats.









Une réunion-débat où la tribune rassemblait Jean-Pierre Duteuil (communiste libertaire), Bertrand Geay (socialiste autogestionnaire), Samy Joshua (marxiste révolutionnaire, NPA).

Ces notes sont une tentative de mise en forme des questionnements surgis alors, à propos de la critique de l’État. Il y eut différents points de vue de partisans d’une rupture anticapitaliste, dans cette réunion organisée par Raisons d’agir-Poitiers.

 Essais de définition de l’État

L’État est un un ensemble d’institutions qui vise à perpétuer la domination de la classe dominante, les capitalistes. Il a pour fonction de gérer le compromis entre les classes sociales, de façon différenciée suivant les périodes historiques ; il arbitre toujours, au final, en fonction des intérêts de la bourgeoisie.
L’État est le lieu où toutes les fonctions de domination (pas seulement l’exploitation économique) sont en transaction. Il a une double face : état pénal (armée, police, justice, milices privées, etc.) et « état social ». L’État a de nombreux appareils d’État présents jusque dans nos vies quotidiennes : les politiques familiales, les politiques de santé, les statistiques de l’Insee, les Impôts et la politique fiscale, etc., etc. ...

L’État est antérieur au capitalisme. Dans le capitalisme, un État bourgeois se développe ; en France il est lié à la construction de la Nation, on parle alors d’État-nation.
En Europe occidentale, l’Union européenne a créé un « proto-État », auquel les États ont délégué une partie de leurs fonctions, de leur fonction législative en particulier. C’est un État incomplet car les fonctions militaires et de politique étrangère sont peu coordonnées. C’est une des contradictions de l’évolution de l’État bourgeois en Europe.

Le capitalisme n’est pas associé à une forme unique d’État. Selon que le pays est impérialiste ou dominé, selon l’existence ou non d’une dictature, la forme étatique varie considérablement. En France, la mise en place d’un État social dans le cadre d’un compromis, dans les années suivant la Seconde guerre mondiale, a laissé la place à un État néolibéral destructeur des services publics depuis les années 80. Ces variations ont des conséquences considérables sur la vie concrète des personnes.

La période néolibérale du capitalisme, actuelle, associe extension du capital financier, remise en cause des institutions issues du compromis social antérieur, offensive planétaire des capitalistes contre les travailleurs. L’État pénal est développé sans cesse, l’ « État social » tend à être réduit, voire démantelé.

L’État social, particulièrement dans les pays capitalistes développés et dominants, a vu un développement important des services publics, dont les agents étaient des fonctionnaires, dont le garant du fonctionnement optimal était l’État. Il y eut alors transcroissance de la Poste, de l’Ecole, de la Sncf, etc. Tous ces services, qui dans leur origine lointaine s’étaient développés pour le pouvoir des puissants, avaient alors pour mission officielle de servir le public, le peuple. Ces services publics ont toujours et restent, plus que jamais, le lieu de conflits.
Ainsi, le projet d’ école unique se heurte à la concurrence scolaire. L’école est à la fois le lieu de reproduction sociale et le lieu de transmission de savoirs et de méthodes de pensée.

Les conflits s’y développent : en défense de la « fiche de paie » et de ses cotisations diverses (salaires, retraites, chômage, Sécurité sociale), avec des enjeux de société mis en évidence massivement lors de la récente mobilisation sociale en défense des retraites.

Même le cœur de l’appareil répressif est le lieu de contradictions très fortes : le récent et exceptionnel mouvement des magistrats et autres acteurs de la « chaine pénale » le montre. Contradictions qu’il faudrait analyser.

 L’État comme lieu de contradictions

Ce sont des questionnements sur lesquels il faudrait s’entendre. L’État est-il bien le lieu de conflits, même s’il est assimilable en dernière instance aux intérêts de la classe dominante ?

Les services publics, s’ils ont une histoire contrastée, s’ils furent développés surtout dans les pays impérialistes, s’ils ont un fonctionnement qui fut toujours l’objet de critiques justifiées, s’ils ont un fonctionnement qui n’allait pas globalement à l’encontre de la domination des intérêts dominants, ne sont-ils pas, aussi et cependant, des institutions à défendre face aux néolibéraux qui entreprennent de les démanteler ?
Cette défense des services publics est-elle un combat défensif ignorant les combats plus « offensifs » se développant en dehors ou aux marges du salariat ? Ou bien les combats défensifs ne sont-ils pas, ne devraient-ils pas être en dialectique avec des combats offensifs (pour une autre école, pour un autre service de santé, etc.).
Ainsi la défense de la Sécurité sociale pourrait associer au refus de son démantèlement, l’exigence minimale d’élections de représentants des assurés sociaux, ce qui est prévu et non fait. Ainsi la réappropriation par le plus grand nombre de cette institution, prévue pour être régie par une « démocratie sociale », pourrait être initiée. Les questions de Sécurité sociale ne seraient plus le domaine d’experts, bureaucrates syndicaux et patrons (de mutuelles privées en particulier), pour devenir enjeux politiques. Cette position est-elle un soutien à une institution bourgeoise sclérosée ou bien un effort pour que l’esprit mutualiste du mouvement ouvrier du début du 20ème siècle soit réactualisé ?

Sans doute, les jeunes générations venues à la politique alors que le néolibéralisme avait triomphé mondialement, alors que la social-démocratie avait fini de se convertir au néolibéralisme, ont-elles une vision de ces questions différente de celle des militants plus vieux qui ont vécu un Etat s’affirmant (hypocritement) au-dessus des classes et dépositaire de l’intérêt général. La discussion ne fait que commencer.

 Les voies de l’émancipation sociale

Comment développer une société non capitaliste ? La transformation radicale de la société, (des dominations de classe, de genre, pour un nouveau mode de production, etc.) passe par la visée d’une abolition des fonctions étatiques répressives. L’objectif peut se nommer socialisme ou communisme.

Il passe par une auto-activité, une auto-organisation d’un nombre croissant de personnes. Des lieux d’auto-activité existent dès à présent dans les luttes et initiatives diverses contre la marchandisation du monde. Ils sont des ébauches vivantes du monde autre à construire. Ils prouvent par l’exemple la créativité sociale, et peuvent entrainer l’adhésion de groupes larges, et des initiatives multipliées. On pourrait parler ainsi de « gisements de communisme ».

Quel est l’acteur de la transformation sociale ? La question a été posée mais peu développée. La « classe ouvrière » pas plus que « la multitude » ne sont des réponses évidentes. Mais si la classe ouvrière, c’est ceux qui vivent du produit de leur travail, l’immense majorité du salariat et des professions indépendantes, auxquels il faut ajouter les travailleurs privés d’emploi et les retraités, alors c’est une classe aux contours flous mais qui existe toujours et qui est très majoritaire. Une classe qui excède les catégories de l’Insee, et dont les intérêts sont à la disparition du capitalisme. Et les conflits sur les lieux de production restent porteurs de potentialités inattendues, aux radicalités isolées mais certaines, en France et ailleurs.

L’objectif est l’appropriation sociale des grands moyens de production. Coopératives et mutuelles réinventées, collectifs d’habitants, organisation à des niveaux régionaux, nationaux et au-delà : cette appropriation sociale peut prendre de multiples formes que nous ne pouvons prévoir toutes. Le dire ne suffira pas à exclure le risque bureaucratique, celui d’une division entre les experts et les autres, le risque d’une couche sociale tendant à monopoliser le pouvoir de décision.
Si le monde à venir n’est pas formalisable, la discussion utopique doit retrouver de la vitalité, ce à quoi un festival récent de Raisons d’agir-Poitiers a concouru. La question des biens communs, des productions socialement utiles et écologiquement conçues reste à développer.

Peut-on concevoir un monde sans institutions, sans organe de centralisation ? Un monde sans répression du crime ?
Une société transparente et sans conflit n’est pas possible : comment penser l’émancipation avec ce que Freud nomme la pulsion de mort (qui fait que l’on ne veut pas toujours le bien d’autrui ni son propre bien, tout en l’ignorant, pour le dire vite) ?

 Les institutions, les élections, les syndicats

Les questions précédentes ont été abordées en tentant de ne pas opposer des positions figées, selon ce qui fut la dynamique de ce premier débat.
Dans ce paragraphe , les divergences dont il s’agit sont à la fois historiques et réactualisées.

Si le développement de l’auto-activité du plus grand nombre est le but et le moyen de la transformation sociale radicale/révolutionnaire, si la nécessité de construire un regroupement social devenant hégémonique, porteur d’une radicalité effective, semblent des options partagées, le rapport aux institutions varie.
La participation aux élections où la dénonciation des institutions de la Cinquième république ne sera pas oubliée est-elle justifiable ? Est-elle un haut-parleur possible des luttes ou est-elle un éteignoir de la parole des personnes révoltées ?
La personnalisation que les élections apportent nécessairement est-elle une contradiction à assumer pour que des idées minoritaires soient reçues par un nombre de personnes beaucoup plus grand ? Ou bien la production de tribuns planant au-dessus du commun est-elle inévitable ?

Les syndicats sont-ils réductibles à des institutions dépendantes de subvention voulues par l’Etat, ce qui expliquerait qu’ils ne regroupent que 8 % des travailleurs, ou bien sont-ils le moyen irremplacé de défense et d’organisation à la base des salariés ? Tous les syndicalistes sont-ils réductibles à l’apparition médiatique de leurs leaders ? Comment analyser la multiplicité des syndicats en France ?

 Continuer

Comme annoncé, « Raisons d’agir-Poitiers » fera d’autres propositions de débat. Au moins trois thèmes sont retenus : l’institution judiciaire, le contrôle social, les syndicats.
Un programme plus précis sera élaboré.

 Ce compte-rendu n’engage que son auteur. Ni les intervenants, ni « Raisons d’agir-Poitiers » ne sont engagés par ces lignes.


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 261885

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Communiqués, évènements, actions  Suivre la vie du site Débats   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.9 + AHUNTSIC

Creative Commons License

Visiteurs connectés : 354