NPA 86
Une relecture "non technique" du rapport de l’ASN (version 2.1)

Fuite de tritium à la centrale nucléaire de Civaux notre analyse de l’incident

vendredi 27 janvier 2012 par redac-npa86







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Un dessin d’Eneko (voir : http://blogs.20minutos.es/eneko/ )

Avertissement :

Cet article tente de suivre un des dysfonctionnements liés à l’exploitation de la centrale nucléaire de Civaux.

Il se base sur une lecture attentive et active des « rapports » de l’Autorité de Sécurité du Nucléaire, de ses « recommandations » et de ses « mises en demeures ».

Il n’est pas fait par des spécialistes de la technologie nucléaire mais par des citoyens qui tentent de comprendre et mettent à disposition de tous leur réflexion. Leur (absence de) compétence sur le domaine ne leur permettent pas de mettre en cause ce qui affiché tant par EDF (l’exploitant qui effectue les mesures de contrôle) que par l’ASN (autorité de contrôle, rôle éminemment politique !).

Nous leur laissons la responsabilité de leurs dires.

Article mis à jour le 31/01/2012




Un nouvel incident s’est donc produit le 03 janvier 2012 à la centrale de Civaux : "une fuite de tritium dans la nappe phréatique".

Un rapport de l’Agence de Sécurité Nucléaire a été produit le 23/01/2012 suite à une inspection du site le 17/01/2012.




 A- D’abord, une relecture du rapport de l’ASN sur l’incident constaté le 03/01/2012

 A1- En préface un ensemble de remarques générales...

Suite à la découverte d’une présence anormale de tritium dans les eaux souterraines de la centrale de Civaux une inspection sur site menée par l’« Autorité de sûreté nucléaire (ASN) » a eu lieu le 17 janvier 2012. Ensemble lisons son rapport.

Pour les inspecteurs de l’ASN cet événement révèle une attention insuffisante aux risques de contamination par le tritium, tant en ce qui concerne l’état des bacs de rétention des eaux contaminées par le tritium [1] que les programmes de surveillance du génie civil, que le choix des méthodes de mesures employées par le service de prévention des risques et la formation des agents.

 A2- Anomalies sur les bacs de rétention de l’eau titrisée :

Les bacs de rétention en béton de l’eau polluée au tritium [2] sont normalement recouverts d’un revêtement armé à base de résines. Ils comportent des fissures dont certaines ont été rendues « étanches » à l’aide de mastics ou de joints en silicones. Le revêtement armé n’est pas non plus intègre, il présente de nombreux faïençages, écaillages, cloques... Certaines cloques sont percées, révélant la présence de liquide entre le revêtement et le béton qu’il est censé protéger. Il faut savoir que le Le tritium est un produit de petite taille, extrêmement mobile capable de traverser des matériaux divers, dont le béton brut.

Les inspecteurs considèrent donc que la capacité de rétention n’est pas étanche aux fluides ( NDLR  : dangereux pour l’environnement) qu’elle a pour mission de contenir.

 A3- Chronologie des faits ayant détecté l’anomalie, dysfonctionnements dans la chaîne d’alerte...

Dès le 3 janvier 2012, un agent en charge des contrôles a remarqué que les résultats des effluents de la rétention étaient inhabituellement hauts (de l’ordre de 1500 Bequerels par litres) et avait mis en évidence, lors d’une visite sur le terrain, une fissure dans les bacs de rétention de l’eau polluée. Vue la charge de travail des équipes du laboratoires, il n’a pas jugé bon demander une analyse prioritaire.

Le 4 janvier 2012 a donc été effectué un prélèvement, analysé le 9 janvier 2012 avec résultats disponibles le 10 janvier 2012. Cette analyse faisant apparaître un taux de radioactivité anormalement élevé (540 Bequerel par litres). Les opérateurs du laboratoire ont alors mis en doute la validité de la mesure...

Ils ont effectué une seconde puis une troisième mesure sur ces échantillons, dont les résultats ont été concordants et finalement confirmés le 13 janvier 2012.
(NDLR  : d’après l’ASN, on a déjà perdu 10 jours dans la mise en évidence d’un problème !!!).

(NDLR) En attendant, toujours suivant l’ASN, entre le 9 et le 13 janvier, aucune alerte interne à la centrale, aucune information de n’a été effectué pour signaler à la hiérarchie ces valeurs anormalement élevées ni la suspicion de fissure dans un bac...

 A4- Contrôles inopérants de l’absence de contamination des espaces de rétention :

Selon EDF, les zones de rétention que les inspecteurs voulaient visiter ne faisaient l’objet d’aucune contamination et ne présentaient aucun risque. Pas de chance, la présence de tritium n’était pas détectable par les méthodes de mesures employées. D’ailleurs les flaques d’eau stagnantes dans l’espace des bacs de rétention se sont révélé avoir une activité radiologique de 1000 Bequerels par litre d’eau [3].

De même les inspecteurs ont constaté qu’un conteneur mobile était présent à proximité pour recueillir les effluents issus de pompage, ce conteneur contenait donc de l’eau potentiellement radioactive. Il n’était pas bouché. Il ne disposait pas d’un bac de rétention. De plus, le conteneur était situé à proximité immédiate d’un regard de collecte du réseau d’eau pluviale, par chance aucune pollution n’a été mise en évidence a ce niveau.

Les inspecteurs de l’ASN considèrent donc que les mesures de détection de la contamination, de signalisation, d’information des personnels et de prévention des risques sont nettement insuffisantes. Les inspecteurs ont par ailleurs relevé que plusieurs agents EDF présents, issus de services différents, ne connaissaient pas les principales caractéristiques du tritium.

 A5- La Nouvelle Rébublique Vienne nous informe (article du 26/01/2012 05:46)

Citons notamment : La direction de la centrale précisait hier dans un communiqué mis en ligne sur son site internet, que l’eau de cette nappe souterraine, qui communique avec la Vienne, « n’est utilisée ni pour l’eau potable ni pour les besoins agricoles ». Elle rappelait que dès la réception des résultats, la direction de la centrale a informé l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et la préfecture de la Vienne. A la suite de la visite d’inspection, une « lettre de suite », présentant les constats effectués et les demandes d’actions associées, avait été adressée à la direction de la centrale. « Le CNPE de Civaux répondra à l’ensemble des demandes formulées par l’ASN. » Souligne la direction. L’ASN a indiqué qu’elle transmettait au procureur de la République de Poitiers un procès-verbal relatif « à un défaut d’étanchéité de la capacité de rétention susceptible d’avoir entraîné un rejet non autorisé d’effluents radioactifs dans l’environnement ». Dès que le point de fuite a été identifié sur un robinet, le jeudi 19 janvier, un dispositif de collecte a été immédiatement mis en place. Le robinet a été changé hier, après que le contenu du réservoir a été transféré dans un autre réservoir. Les investigations se poursuivent pour vérifier que tous les réservoirs sont bien étanches.

Voir dans la NR l’article cité en référence "Fuite de tritium : les travaux de réparation engagés"

Ce qui précède peut expliquer le schéma que l’ASN met sur son site bordelais et que nous nous permettons de reproduire ici en leur en laissant tant, la paternité, que la responsabilité.

Beaucoup de bruit pour un robinet qui fuit, ne coyez vous pas ???

NDLR : Beaucoup de bruit pour un robinet qui fuit, ne croyez vous pas !!!



 A6- Non respect des règles de sécurité et du cadre réglementaire d’exploitation :

Au passage...

Les prélèvements de produits potentiellement pollués sont effectués en semaine par une société de service. Le week-end s’il y a lieu d’effectuer des prélèvements (ce qui fut le cas ici) les personnels d’EDF s’estiment insuffisamment formés pour effectuer ces opérations. Alors que l’exploitant doit assurer une permanence de compétences permettant l’action : 7 jours sur 7, 24 h sur 24.

Et encore...

Les inspecteurs ont constaté que, contrairement aux règlements en vigueur, l’ensemble des services de contrôle de l’État n’a pas été informé de la découverte de valeurs anormalement élevées d’activité volumique en tritium dans les eaux souterraines.

 A7- De plus, ils n’ont pas pu taire ce qu’ils ont constaté de visu même si ceci n’est pas directement lié à ce problème...

Les inspecteurs ont constaté que la plupart des coffrets électriques du système de traçage électrique des tuyauteries, destinés à les protéger contre le gel, sont fortement marqués par la rouille.

Le site a subi une période d’étiage et de sécheresse prolongée en 2011, ce qui a entraîné la saturation des volumes d’entreposage dans les réservoirs KER, du fait de l’impossibilité de rejeter ces effluents dans la Vienne dans le respect des débits minimaux fixés par règlement. Trois emplacements sont encore disponibles dans la capacité de rétention pour mettre en place des réservoirs supplémentaires. EDF a indiqué aux inspecteurs avoir initié la demande d’une telle modification auprès de vos services centraux mais actuellement rien n’est en cours de réalisation.

Etc. etc. …

 A8- Conclusion de l’ASN sur cet incident :

L’ASN a noté que, d’après l’analyse menée par les services centraux d’EDF sur l’hydrogéologie du site, que le sens d’écoulement de la nappe d’eau souterraine concernée par la pollution est orienté vers la Vienne, où elle subit une forte dilution et qu’il n’y a aucun captage et usage de cette eau souterraine entre la source supposée de l’eau titriée et la Vienne [4]

NDLR Il est dit quelque part dans ce dossier que les mesures attendues au niveau de ces eaux souterraines sont normalement inférieures à 8 Becquerels par litres, les eaux contaminées sont donc passées à "de l’ordre de 540 Becquerels par litre". Malgré la dilution dans la nappe phréatique (semble-t-il, ce n’est pas clair...) on a multiplié par près de 70 la concentration de cette eau en produits radioactifs. Il n’est dit nulle part que l’on effectuera un suivi de cette pollution. En attendant, la nature encaisse !!!. ((mise à jour du 31/01/2012 à partir de la réflexion d’un membre du "comité anti-nucléaire 86")) De plus, est on sur de la nature exacte et détaillée du liquide qui s’est écoulé ? Ces effluents ne contenaient-il que du tritium ? Ces effluents sont issus, nous semblent-il, du liquide du circuit primaire, ils sont donc chargés d’acide borique ainsi que d’autres radionucléides, quels sont-ils, en quelle quantité ? Là commence réellement l’opacité. Ce dont on est sur, c’est ce que les châtelleraudais avalent tout ça !!!

 A9- Le 25 Janvier 2012 l’ASN met EDF, exploitant de Civaux en demeure de respecter la réglementation...

A la suite d’un rejet non maîtrisé de tritium dans l’environnement sur le site de Civaux, l’ASN a mis en demeure EDF de respecter la réglementation relative aux fluides radioactifs.

Rejet de tritium à la centrale nucléaire de Civaux (Vienne) : L’ASN met en demeure EDF de restaurer l’étanchéité de la capacité de rétention des réservoirs d’entreposage des effluents issus de l’îlot nucléaire => à voir sur leur site

 B- Notre analyse : Ce rapport, très factuel, est effarant, terrifiant même !

Ce rapport repose essentiellement sur les "dires" d’EDF exploitant du site et sur la manière de présenter les choses par l’autorité de contrôle, l’ASN : ses conclusions sont donc soumises à la réelle transparence de l’exploitant qui effectue lui-même les mesures. Le rapport fait aussi des constats sur des dysfonctionnements matériels et organisationnels périphériques à l’incident en question. Il rapporte aussi l’état de "bricolage" des solutions apportées aux problèmes antérieurs.

Dans ces conditions donc, même si l’impact réel est minimisé dans la conclusion du rapport de l’ASN , c’est sur le fond que la lecture de celui-ci est édifiante.

Le rapport de l’ASN révèle un ensemble systémique de dysfonctionnements. Par exemple dans  :

  • les programmes de surveillance, d’entretien et de réparation des installations vitales de génie civil,
  • le choix des méthodes de mesures de radioactivité employées par le service de prévention des risques qui ne mettent pas en évidence l’ensemble du spectre de l’activité radiologique générée,
  • la formation (voire l’information !) des agents de l’exploitant et de ses sous-traitants même sur les dangers des produits dérivés de l’activité nucléaire qu’ils manipulent,
  • la permanence des compétences nécessaires permettant d’assurer des tâches de sécurité vitales,
  • la surcharge de travail du laboratoire de contrôle des produits susceptibles d’être pollués,
  • la mise en "alerte" de l’arbre hiérarchique sur des dangers potentiels,
  • le temps de réponse global du système d’alerte,
  • la transmission rapide des "alertes" à l’ensemble des services de l’État suivant ce qui est défini réglementairement,
  • la difficulté à anticiper la résolution des problèmes par une incapacité locale a effectuer les investissements nécessaires,
  • le ...
  • la ...

Le risque que nous font courir nos dirigeants et leur exploitant dans la logique capitaliste est sans commune mesure avec les autres menaces industrielles. C’est la vie même qui est menacée dans des régions, voire des pays entiers. Nous sommes donc sans ambiguïté pour la sortie la plus rapide possible de cette énergie meurtrière et nous proposons un plan pour y parvenir en moins de dix ans.

 C- En attendant l’arrêt de la centrale de Civaux, nous demandons donc :


A la vue de ce rapport, en attendant la fermeture définitive de la centrale (c’est au programme du NPA), nous demandons la mise en place d’une « Cellule de Contrôle Citoyenne » dotée des moyens lui permettant de contrôler et de minimiser les risques liés au fonctionnement de la centrale nucléaire de Civaux.

 D- De la documentation officielle est disponible ici...

Le rapport de l’ASN cité en référence est disponible là =>

Voir aussi l’article de l’ASN Bordeaux =>

[1] D’après Wikipédia, le tritium est un isotope (nucléide) radioactif. Il émet un rayonnement bêta (β-) de faible énergie en se transformant en hélium 3. Sa période ou demi-vie est de 12,32 ans.

Il est relativement rare a l’état naturel, mais est émis dans l’environnement par l’industrie nucléaire : dans le fonctionnement normal des réacteurs nucléaires, et lors du traitement des éléments combustibles. L’ASN estime que « le développement de projets de nouvelles installations (EPR, ITER) et l’évolution des modes de gestion des combustibles nucléaires (...) conduisent tous deux à une augmentation des rejets en tritium de l’industrie nucléaire ».

[2] Bacs constitués de plusieurs dalles de béton armées, entourées d’un mur d’enceinte d’environ 2 mètres de haut, recouverte d’un revêtement armé à base de résines sur une hauteur d’environ 1,2 mètres.

[3] Les inspecteurs de l’ASN seraient donc entrés dans un bassin de rétention dont on ne pouvait s’assurer de l’innocuité puisque les appareils de mesure étaient inadaptés... Étonnant, non !

[4] Sur Wikipédia il est noté que concernant la potabilité : une telle eau n’est pas très toxique, mais est « non potable ». Les recommandations de l’OMS sur les critères de potabilité de l’eau de boisson sont que la dose reçue du fait de la présence d’un radionucléide dans l’eau de boisson ne dépasse pas 0.1 mSv/an. Cette dose pourrait être atteinte chez l’adulte par la consommation quotidienne de deux litres d’eau tritiée à hauteur de 7.8 kBq/l (valeur guide de l’OMS pour ce radioélément). La réglementation française retient la limite de 10 kBq/l (soit 10 MBq/m3) comme seuil de potabilité. Les doses mises en évidence par l’exploitant sont donc bien en dessous de ces normes, mais une fois encore : là n’est pas le problème).


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