NPA 86

Ecosocialisme ou barbarie ?

dimanche 27 janvier 2013 par redac-npa86

Texte d’Alexandre Raguet, en trois parties écrites de manières simples pour mieux comprendre l’ecosocialisme et ses enjeux.

I- La nécessaire politique écologique.

1. Crises écologique : racines et idées reçues.

Tout le monde semble être conscient que nous vivons une crise écologique importante et qu’il est nécessaire d’engager une alternative politique en ce sens.

Le réchauffement climatique est une réalité et les conséquences qui en résultent se font déjà ressentir. La montée des eaux a commencé. Si certaines prévisions (pas les plus alarmantes) s’avèrent justes, des villes comme Londres, ou l’ensemble des Pays-Bas pourraient se retrouver sous les eaux. La disparition de plusieurs espèces d’animaux aussi ne cesse de s’accroître avec des conséquences de déréglementation sur l’écosystème. L’abeille par exemple est une espèce menacée qui, si elle venait à disparaître, remettrait directement en cause la possibilité naturelle de reproduction végétale. La désertification (la propagation des déserts et l’augmentation des sécheresses) s’amplifie, notamment en Chine, et le Sahara pourrait atteindre la ville de Rome !

Au-delà du ton alarmiste de mes propos dans le premier paragraphe, je souhaite montrer les difficultés à surmonter les crises écologiques qui « s’offrent » à nous. Surtout que la combustion d’énergies fossiles, la création importante d’énergie nucléaire, la coupe de forêts entières, la pêche intensive… tout cela continu de plus belle. En fait, le système capitaliste, basé sur l’accumulation de profits, ne peut vivre sans faire de tout ce qu’il y a sur la planète une valeur marchande, afin de vendre ensuite ces marchandises et d’accumuler des richesses et des profits. Cette idée de l’accumulation de richesses appui sur deux aspects que l’on peut facilement remarquer : la nécessité de produire en masse, d’où le productivisme ; et la nécessité d’innover, de créer de nouvelles choses, d’où l’idée de rendre nécessaire ce qui ne l’est pas (avec la publicité notamment). La voiture fonctionnant au carburant fossile par exemple n’avait rien de nécessaire, elle est aujourd’hui reconnue par tous comme indispensable alors que d’un point de vue rationnel, c’est le moyen de transport qui est indispensable. Il faut comprendre que le capitalisme mène une politique anti-écologiste non parce qu’il est foncièrement mauvais, mais parce qu’il est amoral. Il se fiche de savoir si l’extraction des gaz de schiste est écologiquement désastreuse, ou si la combustion du gasoil est mauvaise pour la santé, puisque son objectif n’est pas le maintien de la vie sur terre, mais l’accumulation de richesses, de marchandises, puis de profits. On constate donc des contradictions évidentes au sein même du système capitaliste ou plutôt dans la logique capitaliste. La première, c’est que vivant essentiellement de l’exploitation de l’homme, du prolétaire (qui ne possède que sa force de travail), il a intérêt à ce qu’il soit en bonne santé pour mieux produire et en plus grande quantité. Or, aujourd’hui, le capitaliste fait travailler l’homme à la constitution de forces que l’on peut qualifier de « destructives », comme le nucléaire par exemple.

Autrement dit, le capitaliste, afin de s’enrichir, prend le risque de porter atteinte à la force qui lui permet de s’enrichir, le prolétariat. Le capitaliste va même plus loin, puisqu’au fond, il remet en cause sa propre existence, si l’on part du principe qu’une catastrophe nucléaire n’éviterait pas, par soucis de conscience de classe, de tuer les capitalistes.

Nous constatons donc que la crise écologique ne peut pas se régler dans le système capitaliste. Ou plutôt, soyons plus exacts, que les capitalistes eux-mêmes n’ont aucuns intérêts capitalistiques à sortir de l’ère productiviste et marchande. Lorsque l’on a compris cela, il faut avoir en tête l’idée que la société écologiste que nous souhaitons ne peut être qu’anticapitaliste. Mais attention à ne pas inverser la phrase dans l’autre sens : la société anticapitaliste que nous souhaitons ne peut être qu’écologiste. C’est l’enchaînement "ne peut être que" qui nous intéresse ici. Il ne faut pas le comprendre comme une question de volonté, car c’est vrai, nous souhaitons un anticapitalisme écologiste, mais comme une nécessité pour l’élaboration de notre anticapitalisme. En effet, des anticapitalistes prônent le productivisme ou la croissance absolue, et défendent le nucléaire et les chantiers de LGV au nom du progrès par exemple. Cela fait-il d’eux des capitalistes ? Bien sûr que non, mais nous nous plaçons en opposition frontale à leur attachement à l’idée de croissance absolue. Pourquoi ? Parce que justement l’anticapitalisme qui défend le productivisme est empreint aux mêmes contradictions que le capitalisme sur la question du maintien de la vie sur Terre. C’est ce qui, historiquement, représente une faiblesse importante dans le mouvement marxiste et ouvrier, et particulièrement en URSS, qui bien que non capitaliste, a mené une politique littéralement anti-écologiste. Parce qu’au fond, la question que l’on doit poser c’est « à quoi bon lutter pour le socialisme si l’on est incapable de le vivre ou si l’on est forcé de le faire avec la maladie ? ». En effet, à quoi bon ? Il faut répondre à cette question, « à rien ! ».

2. L’idée d’une écologie planifiée démocratiquement.

La croissance n’est pas la boussole des éco-socialistes (combinaison du socialisme et de l’écologie). Nous estimons qu’un niveau incroyable de richesses existe déjà et qu’elles doivent préalablement être partagées. Suffisamment de richesses existent par exemple pour nourrir toute la planète. C’est pour cela que nous plaçons au centre de notre projet la question de la satisfaction des besoins des populations. A partir de cela, essayons de comprendre collectivement l’intérêt d’une planification écologique. Pour aller un peu plus loin, il faut intégrer la notion d’économie planifiée. S’il est nécessaire de définir de manière démocratique (avec la participation et la consultation chronique des populations et des travailleurs) les choix économiques de chacun, c’est parce que nous constatons que l’économie libérale n’est pas régulable et qu’il est donc impossible avec elle de mettre en place des choix politiques à moyens et longs termes dans un souci d’efficacité sociale et écologique.

Fixons nous d’abord quelques objectifs logiquement compréhensibles comme prioritaires : d’un côté écologique, la réduction massive des gaz à effet de serre, la sortie du nucléaire ; et d’un côté social, un logement pour tous, une juste distribution des denrées alimentaires (il y a énormément d’autres choses à faire mais il s’agit de donner là quelques exemples concrets). A partir de là, nous nous apercevons qu’il est nécessaire d’avoir un plan politique détaillé et rationnel. Nous ne pouvons pas laisser au hasard du libéralisme économique et à la main invisible d’Adam Smith, le loisir de peut-être un jour (sic !) régler la question de manière positive, alors que l’Histoire nous montre que ce système, par nature, est fait de crises à répétition emmenant parfois à des scènes apocalyptiques comme celle de la Seconde Guerre Mondiale. Nous avons en fait besoin d’un système placé sous l’intervention humaine collective (politique) de manière démocratique. Si nous voulons sortir du nucléaire par exemple, il faut exproprier les grands groupes comme Areva, et cela est contraire au libéralisme et au capitalisme qui refusera un contrôle de l’entreprise par l’Etat ou par les travailleurs du groupe puisque cette idéologie a dans ses gènes la volonté chronique de s’enrichir et prône la disparition de l’Etat pour laisser place à la concurrence libre et non faussée.

Il est essentiel de comprendre que la nature même d’un système économique, social et politique se combine avec les objectifs concrets que l’on se fixe. Il est essentiel, aussi, de comprendre que trois nécessités s’imposent : 1. Le maintien de l’écosystème et de la vie au sens biologique, 2. L’épanouissement de l’individu et de l’humanité au sens collectif, et 3. L’émergence d’un véritable vivre ensemble démocratique. Aucun système de cette graine n’a jamais existé, mis à part peut-être les sociétés primitives, communistes en quelque sorte, mais qui évacuaient la question démocratique. Assumons alors l’idée d’utopie. L’utopie c’est ce qui n’a jamais existé et qui a un caractère positif. Il s’agit dans notre démarche d’expliquer que l’implication des populations dans les démarches politiques est indispensable. Nous pourrions pourtant expliquer, par souci de facilité, ou d’efficacité simpliste, qu’un chef éclairé et radicalement social, détenant le pouvoir absolu, serait en mesure de mener à bien les positions que je défends depuis le début de mon texte. Certains pourraient même penser qu’il est impossible d’élaborer une politique efficace si l’on décide d’intégrer l’ensemble des populations dans les choix qu’il est nécessaire de faire. Ceux-là raisonnent sans une considération éminemment précieuse permettant de comprendre notre positionnement stratégique. Il s’agit de donner l’entier pouvoir aux populations, donc, aussi, le pouvoir de revenir sur ses erreurs. Quel individu, quel peuple, s’infligerait lui-même des tortures ? La stratégie consiste en la détermination d’intérêts communs, et de pouvoirs politiques communs totaux. En fait, avec la logique d’un pouvoir total de décision par les peuples, il est de l’ordre de la rationalité de croire que l’instinct de survie de ceux qui détiennent ce pouvoir, combiné à des besoins et désirs communs, représente la satisfaction de l’intérêt général, de la justice sociale et de l’efficacité à moyen terme. De là, un système de régulation se met en place et si une décision appliquée s’avère mauvaise, elle sera automatiquement modifiée par une autre décision répondant aux nouveaux critères objectifs généraux de la situation, c’est-à-dire en quelque sorte, l’accumulation des subjectifs rassemblés par des dénominateurs sociaux et écologiques communs. En effet, mieux vaut prétendre à l’auto-émancipation collective en misant sur la potentielle erreur humaine rattrapée par l’intérêt collectif, plutôt que de miser sur l’impossible homme ou groupe parfait qui déciderait de tout pour tous en ne se trompant jamais.


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