NPA 86

Ecosocialisme ou barbarie ?

dimanche 27 janvier 2013 par redac-npa86

Texte d’Alexandre Raguet, en trois parties écrites de manières simples pour mieux comprendre l’ecosocialisme et ses enjeux.

III- Les différentes réponses politiques aux crises socio-écologiques.

1. La tentation protectionniste.

Nombres d’intellectuels qui travaillent sur la question de l’écologie sombrent dans les eaux peu claires du protectionnisme. Cette vision de la société idéaliste qui se situerait derrière des frontières découle d’une mauvaise lecture de la mondialisation. En effet, ces derniers défendent la thèse que la crise écologique serait le fruit de la mondialisation. Les remèdes protectionnistes, de « démondialisation » ne résolvent rien et sont alors victimes du mauvais diagnostique effectués par nos médecins écolo-chauvins qui prescrivent une chimiothérapie à un séropositif. Disons, pour ne pas trop faire passer les protectionnistes pour des idiots, que notre séropositif a tout de même un cancer… Nous l’avons donc compris, ils ne soignent alors le malade qu’à moitié parce que la mondialisation n’est pas le problème de fond de la crise écologique.

Le problème, c’est que nous mélangeons souvent les termes. La mondialisation est aujourd’hui régie sous la domination capitaliste, ce qui donne à cette dernière une dimension désastreuse puisqu’elle permet au capitalisme de détruire l’ensemble de la planète, jusque dans les territoires les plus reculés des Andes ou de l’Himalaya. Mais la mondialisation ne porte pas la destruction de la planète dans ses gènes, il s’agit plutôt du capitalisme ou tout au moins du productivisme (les systèmes bureaucratiques d’URSS ont aussi mis en place une politique productiviste sans être capitalistes). Nous l’avons déjà démontré, le capitalisme est la véritable cause de la pollution. Mais c’est vrai qu’assemblé à la mondialisation, le capitalisme détériore la planète plus rapidement. Cependant, nous sommes confrontés à une problématique, que défendent les dé-mondialistes ? Un capitalisme national, propre, social, moral, respectueux des autres, tenu à la laisse quoi ? Mais pourtant, nous savons que le système capitaliste n’est ni national, ni propre, ni social, ni respectueux des autres et qu’on ne peut certainement pas le tenir à la laisse ! Les dé-mondialistes défendent alors le socialisme dans un seul pays ? Comme notre bon vieux Joseph qui, comme nous le savons, a créé en URSS un paradis terrestre aussi bien au niveau social qu’au niveau écologique… Et si, au fond, la mondialisation était une solution à la crise écologique ? Nous verrons dans la prochaine partie qu’il y a du vrai dans cette affirmation qu’il faut tout de même nuancer.

Mais essayons quand même de comprendre en quoi le protectionnisme peut avoir un intérêt dans une société écologique. Le principe de mondialisation est intéressant à analyser en écologie. Lorsque l’on parle de mondialiser la démocratie, de mondialiser une planification économico-écologique, nous nous situons dans une démarche d’efficacité. Aujourd’hui, le système despotique qu’est le néo-libéralisme se situe aussi dans une démarche d’efficacité : pour mieux exploiter les travailleurs, plus facilement s’enrichir, polluer, diviser. Mais alors peut-on tout mondialiser ? Doit-on tout mondialiser ? La question est plus juste ainsi. Essayons d’imager la question. Est-il logique que le travailleur du Poitou mange de la viande anglaise alors que les anglais vont manger de la viande poitevine ? Est-il logique de manger des tomates en hiver, en leurs faisant faire des milliers de kilomètres en bateau ou en camion, alors que des légumes de saison existent et sont aussi bons ?

Vous avez compris là où je veux en venir, une certaine forme de protectionnisme est à développer dans le domaine « production/consommation ». Mais plutôt que de parler de protectionnisme, nous pourrions parler de décentralisme et nous revenons de nouveau à l’idée de démocratie au sein d’une économie planifiée. Au niveau mondial, un gouvernement des travailleurs, qui mette en place des objectifs à atteindre, mais qui décentralise les décisions à l’échelle des pays, départements, cantons, communes (qui ne seraient pas nécessairement ceux que l’on connait aujourd’hui). Des assemblées locales décideraient ensuite du nombre de kilos de patates à produire, de combien de professeurs elles ont besoin pour leur territoire propre. Pareil pour le nombre de médecins et de tomates, pour les chaussures et les nourrices. La notion de marché disparait alors, tout est décidé par les populations dans un cadre stratégique définit préalablement au niveau mondial de baisse de la pollution et d’augmentation du bien-être des populations. N’est produit que le strict minimum et ce strict minimum est produit au sein d’un secteur, le plus petit possible, capable de satisfaire l’ensemble des besoins de la population de ce même secteur et de possibles demandes d’autres secteurs proches qui aurait besoin d’un produit spécifique. Que les populations se rassurent, tout le monde aura du poisson, de la viande, du fromage, des livres, des préservatifs, et autres biens nécessaires, mais les déplacements seront beaucoup plus raisonnables. A Limoges on aura du poisson charentais, à Strasbourg du poisson belge ou du nord de la France, et les pétoncles du Pérou cesseront d’être vendus en France sous l’appellation « Coquille St-Jacques » pour le bonheur des péruviens. Une économie cohérente est à construire, mais il est important de toujours lier à la planification économique les populations sans qui le régime deviendrait autoritaire.

Si l’on est capable de comprendre la logique qui découle du décentralisme, ou du « protectionnisme écologique et démocratique », l’on ne peut la défendre que dans un cadre internationaliste. Certes, le développement de circuits courts entre le lieu de travail et l’habitation, entre le lieu de production et le lieu de consommation est à développer grâce à une politique d’investissement public exceptionnel et créateur d’emplois (ferroutage, transports en commun gratuits…). Mais ce développement doit être nécessairement le fruit d’une coopération internationale, démocratique, qui permette à l’ensemble de la planète de vivre mieux en sortant des crises écologiques, le préalable pour une autre société.

2. L’objectif internationaliste de l’éco-socialisme.

L’éco-socialisme dans un seul pays n’est pas un souhait possible. La dimension socialiste de l’éco-socialisme implique le « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Autrement dit, au vu des crises économique, sociale, écologiques, humaine… c’est éco-socialisme ou barbarie ! La formule est facile, mais malheureusement juste, parce que lorsque l’on regarde de près la question écologique, on s’aperçoit que si un changement de politique radical qui aille dans le sens de l’éco-socialisme, ou tout au moins de l’anti-productiviste, ne se profile pas, alors aucun autre système ne sera possible, puisque la vie sur Terre à terme serait alors remise en cause.

C’est ce qui fait dire aux éco-socialistes que la question internationale est indispensable. Mais au-delà, puisque nous avons déjà consacré du temps à cette question, il faut essayer de voir l’intérêt social d’une société internationalisée, écologique, et socialiste. « Répondre aux besoins des populations ». Voici le slogan éco-socialiste, automatiquement anticapitaliste. Dans la deuxième partie de mon essai, c’est de cette question que je parle, en expliquant d’abord les différences entre les pays, puis au sein de ces pays, entre les classes, qui elles n’ont pas de pays. Une étude plus profonde est à faire sur la question de la « nation », intéressante dans la lutte contre la pauvreté, notamment celle de masse provoquée par le colonialisme et le néo-colonialisme. Mais sans partir sur cette discussion, nous pouvons déjà regarder de plus près en quoi l’écologie serait bénéfique aux populations.

Déjà, nous l’avons expliqué, le premier point bénéfique pour les populations serait la démocratie permanente, qui permettrait que les choix politiques pris directement par la population fassent que cette dernière puisse revenir sur ces potentielles (et très probables) erreurs. Mais d’autres questions sont mises en jeu.

Le développement massif d’une agriculture biologique par exemple permettrait de créer plus d’emplois que l’agriculture industrialisée, et permettrait, dans un même temps, d’améliorer la santé des hommes.

La suppression de la publicité empêcherait la pollution visuelle au sein de nos villes, empêcherait aussi dans une certaine mesure la déforestation, arrêterait de faire des humains des machines à acheter continuellement et permettrait de ne produire que le strict nécessaire.

La sortie du nucléaire donnerait la possibilité d’investir dans la recherche de nouvelles énergies propres ce qui serait pour les jeunes cerveaux de tous les pays un moyen de mettre en commun leurs savoir-faire dans un seul but : l’amélioration de la vie de tous. La sortie du nucléaire créera aussi des emplois pour le démantèlement des centrales. Et en plus, pour une fois, les travailleurs pourront se dire que leur travail sert à la population et ne pollue pas. Chacun serait donc nécessaire à l’autre ce qui implique un respect de chacun envers tous. C’est aussi le cheval de bataille des éco-socialistes, permettre l’épanouissement individuel. Ce dernier passe souvent par la réussite, le travail, les études, l’amour. Ce dernier point semble difficile à cerner, d’ailleurs il ne s’agit d’en cerner aucun. La vie publique et la vie privée doivent être complètement distinct (il ne s’agit pas de créer une police d’Etat qui aille surveiller les habitants jusque dans leurs foyers), mais la vie publique doit permettre à la vie privée de s’épanouir, tout comme la vie privée doit donner à la vie publique un plus, par le bénévolat, le travail, le militantisme, l’art...

L’activité au sein de la cité dans une société éco-socialiste, - anticapitaliste -, serait encore plus importante qu’aujourd’hui. La notion de « délégation de pouvoir » devant automatiquement disparaitre pour laisser place à la notion de « pouvoir aux citoyens ». Percevoir cette nuance permet de comprendre qu’une sortie du capitalisme implique une prise de conscience massive des populations qui aille bien au-delà du simple vote et qui permette une irruption citoyenne sur la scène publique, c’est-à-dire politique. Croire que les cadres « démocratiques » des bourgeoisies occidentales seront suffisants pour faire tomber l’Etat bourgeois, c’est un peu comme croire que le Père Noël emmène vraiment les cadeaux sous les sapins des gentils enfants le soir du 24 Décembre. Imageons encore une fois alors, et disons qu’il faudrait mettre le fusil sur la tempe du capitalisme, et contrairement à ce que l’on peut croire, il faudra appuyer sur la détente, car l’on ne peut pas négocier avec un système comme celui-là ; le point de départ d’une possible alternative, c’est de l’abattre.


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