NPA 86

La situation à la Réunion !

mardi 16 avril 2013 par redac-npa86

L’île de la Réunion est l’un des départements français d’outre mer qui ont arraché ce statut en 1946. Les quatre futurs DOM étaient alors dans une situation sociale épouvantable, mais l’on n’oubliera pas que ce qui avait prévalu était le droit à la dignité et à l’égalité des colonies. Hélas en 2013, ce droit à l’égalité ne s’est toujours pas entièrement réalisé, loin de là !

Quelques rapides rappels :

La Réunion est un pays multiculturel, multiconfessionnel et multicoloré. On insistera sur le fait que, comme en Guadeloupe, les noirs descendants d’esclaves et les indiens descendants d’engagés ont en leur sein les franges les plus défavorisées de la population, et que les métropolitains d’ici ont souvent du mal à comprendre que les « blancs » (yabs) de la Réunion sont des créoles à part entière, et non des européens transplantés là par hasard.

D’autre part, comme les Antilles, la Réunion a souffert de l’obligation d’une monoculture ; ici ce n’est pas la banane comme aux Antilles, mais la canne à sucre. Le sucre, soutenu par l’Europe, permet à une partie de la population de vivre grâce à des subventions, mais il serait bien nécessaire de diversifier la production agricole, à la fois pour l’exportation d’autres produits à valeur ajoutée , , mais surtout pour atteindre un degré convenable d’autosuffisance alimentaire à des prix convenables.

Comme les Antilles encore, et sous l’impulsion de ce vieux réactionnaire qu’était Michel Debré, allié aux grands propriétaires terriens (« les gros blancs », l’équivalent des « békés » martiniquais), la création du BUMIDOM, organisme ouvertement colonialiste, visait à « exporter » en France le maximum du « surplus de population » peu qualifié afin d’occuper les postes subalternes dans la fonction publique française, ou assimilés (postes, hôpitaux etc...).

Comme aux Antilles aussi, les « gros blancs » ont toujours joué de leur influence sur la réaction et la droite pour conserver la mainmise sur ce pays, même si la chose est moins visible qu’en Martinique. Cependant, moins bien organisés que les « békés » martiniquais, ils ont du céder du terrain. Aujourd’hui la première fortune « locale » de la Réunion est celle du groupe béké Hayot (bien connu des Antillais) qui a digéré le groupe Caillé.

On peut dire encore que dans la continuité de 1946, la Réunion est loyaliste, aspect bien connu dans les anciennes colonies françaises, mais avec cette ambivalence et cette contradiction que les Réunionnais souffrent d’être des « français entièrement à part », en même temps qu’ils souffrent que la France n’entende pas grand chose à la culture créole spécifique de la Réunion. D’autant que comme aux Antilles, l’environnement régionale a évolué : là-bas c’est le Brésil, le Vénézuela, Cuba. Ici c’est l’Afrique du Sud post-apartheid, mais aussi l’île Maurice, qui par ses propres forces atteint le meilleur niveau de vie en Afrique (même si les créoles noirs y sont souvent misérables).

La présence massive des français de « métropole » est en apparence harmonieuse et tolérée sans problème majeur par les « indigènes ». C’est une apparence. D’abord parce qu’on a répété pendant des dizaines voire des centaines d’années au Réunionnais que la France était le modèle idéal à atteindre ; que ce qui vient de métropole est par essence « bon » ; que la Réunion est un pays entièrement assisté et que la République française consent des efforts inouïs pour assurer aux Réunionnais un niveau de vie correct et des droits aux aides sociales qui se rapprochent de celles de la France. On a aussi martelé aux Réunionnais qu’ils devaient se méfier des Antillais (on parle là-bas du lobby antillais), comme on a dit juste la même chose là-bas des Réunionnais. Cela s’appelle « diviser pour mieux régner ». Soyons optimistes, peut-être qu’un jour les Réunionnais, les Guyanais, les Martiniquais, les Guadeloupéens se dresseront-ils en même temps contre les inégalités et les injustices ; alors la métropole, la mère patrie, ne saurait plus où donner du CRS.

Pour en revenir aux métropolitains, hormis les installations individuelles de gens qui essaient de trouver un travail ou de la chaleur à la Réunion, ou de monter une micro-entreprise, il est de fait que bien des boîtes de moyenne ou grande importance font venir de métropole des cadres qui ne restent qu’un temps limité à la Réunion. L’État agit de même et le nombre de hautes hauts fonctionnaires réunionnais qui entoure le préfet est très faible.

Il serait indispensable de comparer dans les taux de chômage à la Réunion, le pourcentage des métropolitains à celui des Réunionnais. A cette idée on entend la droite et la sociale-démocratie pousser des cris d’orfraie en dénonçant les dérives racistes ... et cependant (! !!), on verrait que le taux de chômage des Réunionnais proprement dit est encore bien pire que celui des cris décrit ci-après.

Quelques chiffres :

Il y a 850 000 habitants à la Réunion (c’est le double de la Guadeloupe) dont 650 000 à 700 000 Réunionnais. 220 000 Réunionnais vivent à l’étranger, en France notamment.

40% ont moins de 25 ans.

Le nombre de chômeurs a cru ces dernières de 30 % par rapport aux actifs. Le chômage, déjà traditionnellement élevé, a fait un bond de 9,3% en 1 an. Fin février 2013, 138 260 Réunionnais sont inscrits à Pôle Emploi en catégorie A (travailleurs en recherche active d’emplois, disponibles et sans emploi). Si l’on ajoute les chercheurs d’emploi en catégorie B et C (recherche active d’emploi) on arrive au chiffre de 150 510 Réunionnais (+9,7% en 1 an) au chomage. L’augmentation touche majoritairement les hommes (+10,9% en 1 an) contrairement aux femmes (+7,7% en 1 an).

Les tranches d’âges les plus touchées sont les travailleurs de plus de 50 ans, mais également ceux de moins de 25 ans. La tranche 25/49 est concernée d’abord par les hommes.

En février 2013, près de 10 000 Réunionnais demandeurs d’emploi se sont inscrits à Pôle Emploi. Parallèlement, 9 470 demandeurs d’emploi sont sortis des fichiers.

Ce chiffre est à comparer à celui des offres collectées par Pôle Emploi : 2 260 offres. Cette collecte est en diminution de 4,4% par rapport aux 3 mois précédents, et de 15,8% par rapport aux 3 mêmes mois de l’année précédente. Rappelons donc que le nombre de chômeurs était déjà invraisemblablement important l’année dernière. Si l’augmentation sur 1 an est un peu moindre qu’en métropole, elle est tout de même massive. On comprend dans ces conditions le drâme drame que vivent les jeunes Réunionnais sans avenir. La demande de certains d’entre eux de trouver des petits boulots au près des collectivités locales doit être comprise comme une demande d’urgence, certainement pas satisfaisante sur le fond, mais comme unique perspective à court terme. Des perspectives à long terme, il n’y en a guère dans la voie tracée par la France éternelle, gérée aujourd’hui par le ministre Lurel.

Alain Duval

NB : Un espoir : dernièrement est né le mouvement « Rézistans », qui prend en compte à la fois la misère et le manque d’emplois à la Réunion, et la cherté de la vie.


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