NPA 86

La grande tragédie et la misérable farce.

dimanche 10 novembre 2013 par redac-npa86

« Hegel note quelque part que tous les grands événements et personnages historiques surviennent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : une fois comme grande tragédie et la fois d’après comme misérable farce »

Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Karl Marx, 1852

1. Le deuxième président social-démocrate de la Ve République, François Hollande, a lancé, ce jeudi 7 novembre 2013, l’année du centenaire de la première guerre mondiale.

Lors d’une allocution solennelle, François Hollande a souligné « l’impérieuse nécessité de faire bloc si nous voulons gagner les batailles qui, aujourd’hui, ne sont plus militaires mais économiques, et qui mettent en jeu notre destin et notre place dans le monde ».

Ce plaidoyer en faveur de l’unité de tous les français rappellent les heures les plus sombres de l’histoire du mouvement socialiste. Car près d’un siècle après la faillite de la S.F.I.O.[1], le P.S. lève le masque d’une nouvelle trahison.

2. Tout au long de notre scolarité, nous avons appris que la 1ère guerre mondiale a été déclenchée en raison de la fièvre nationaliste en Europe, des appétits économiques et coloniaux des divers Etats impérialistes ainsi que de l’assassinat du prince héritier de l’Empire d’Autriche-Hongrie à Sarajevo le 28 juin 1914 par un étudiant, Gravilo Princip. Soupçonnant la Serbie d’être la véritable instigatrice de cet acte, le 23 juillet, l’Autriche-Hongrie lui lance un ultimatum. 5 jours après c’est-à-dire le 28 juillet 1914, l’Autriche-Hongrie déclara la guerre au Royaume de Serbie.

Jean Jaurès dans son discours de Vaise du 25 Juillet 1914 a pu synthétiser les conséquences que pourraient causer une guerre entre ces deux pays eu égard au système d’Alliance militaire tissée dans toute l’Europe. Lisons le attentivement :

« Si l’Autriche envahit le territoire slave, si les Germains, si la race germanique d’Autriche fait violence à ces Serbes qui sont une partie du monde slave et pour lesquels les Slaves de Russie éprouvent une sympathie profonde, il y a à craindre que la Russie entrera dans le conflit ; et si la Russie intervient pour défendre contre l’Autriche la Serbie, l’Autriche ayant devant elle deux adversaires, la Serbie et la Russie, invoquera le traité d’alliance qui l’unit à l’Allemagne et l’Allemagne fait savoir par ses ambassadeurs auprès de toutes les puissances qu’elle se solidariserait avec l’Autriche. Et si le conflit ne restait pas entre l’Autriche et la Serbie, si la Russie s’en mêlait, l’Autriche verra l’Allemagne prendre place sur les champs de bataille à ses côtés. Mais alors, ce n’est plus seulement le traité d’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne qui entre en jeu, c’est le traité secret mais dont on connaît les clauses essentielles, qui lie la Russie et la France, et la Russie dira à la France : J’ai contre moi deux adversaires, l’Allemagne et l’Autriche, j’ai le droit d’invoquer le traité qui nous lie, il faut que la France vienne prendre places à mes côtés  ».

Malheureusement, ces prédictions se sont parfaitement réalisées. Le 29 juillet, la Russie déclara la guerre à l’Autriche-Hongrie et la constellation des alliances se mit en œuvre jusqu’à l’entrée en guerre de la République française le 1er août 1914.

3. Le parti socialiste adhéra automatiquement à l’idée de « défense nationale  », vota avec empressement les crédits de guerre et - trahison suprême-, participa à un gouvernement d’« union sacrée ».

Il en est définitivement terminé de l’internationalisme prolétarien. Edouard Vaillant, un important dirigeant, proclama qu’« en présence de [la prétendue] agression, les socialistes accompliront tout leur devoir pour la patrie, pour la République et pour la Révolution [sic] ».

Pourtant, lors du congrès tenu à Paris du 14 au 16 juillet 1914, la S.F.I.O. s’était prononcée pour une grève générale simultanément et ouvrièrement organisée en cas de conflit. Plutôt l’insurrection que la guerre disaient les congressistes.

Aussi, Jean Jaurès - assassiné le 30 juillet 1914 sans pouvoir arrêter l’incendie – avait tonné que :

« il n’y a plus au moment où nous sommes menacés de meurtre et de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères et que tous les prolétaires Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et nous demandons à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar ».

4. En effet, si guerre il y avait, elle aurait opposée les classes ouvrières et paysannes de tous les pays d’Europe pour la défense des antagonismes de leur bourgeoisie mondiale.

Les idées d’unité nationale, d’« union sacrée », de « défense nationale » ont toujours été le foulard pour empêcher le peuple d’intervenir de manière indépendante. Cette idéologie de l’unionisme permet à la Bourgeoise de se draper dans un rôle de dirigeant de la Patrie et par ce biais de dominer le peuple et de faire primer ses intérêts.

Ainsi, la politique d’union de toutes les forces du pays pendant la première guerre mondiale fut la parfaite illustration de la conduite de l’ensemble du peuple à l’abattoir[2].

De même, François Hollande aimerait ressusciter ces idées, instituer un « bloc » nationale pour mener le peuple à la boucherie sociale, pour que les classes populaires se battent pour la compétitivité, des meilleurs profits pour leur patron autrement dit pour que ultralibéralisme devienne son drapeau rouge.

Hollande aimerait que les classes populaires acceptent sans broncher le traité budgétaire de Merkozy instituant la « règle d’or », l’Accord National Interprofessionnel détruisant le Code du travail, le « C.I.C.E. »[3] baissant les impôts des entreprises sur trois années et financé par une augmentation substantielle de la T.V.A. en 2014[4], l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites etc…

Non, Monsieur Hollande, le peuple ne fera pas « bloc » avec sa bourgeoisie pour se tirer une balle dans le pied ! Non, Monsieur Hollande la tragédie de la première guerre mondiale ne se renouvèlera pas en une misérable farce !

Camille Lacombe

[1] Section Française de l’Internationale Ouvrière

[2] 1,4 millions de morts sur 8 millions de mobilisés

[3] Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi

[4] Le taux normal, qui concerne la majorité des biens et services, passera de 19,6 % à 20 %, ce qui doit rapporter 2,6 milliards. Le taux intermédiaire à 7 % passera à 10 %. Le taux le plus faible descendra de 5,5 % à 5 %.


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