NPA 86

La question Rrom[1]

jeudi 30 janvier 2014 par redac-npa86

Prenons Parti n°6 Janvier 2014

Les Rroms sont « des populations qui ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation ». Ils ont « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ». Comme vous pouvez ne pas l’imaginer, cette déclaration n’émane pas d’un cacique du Front National mais de Monsieur Valls, ministre de l’intérieur d’un gouvernement socialiste. Le temps où les dirigeants socialistes tentaient – mal -de combattre la haine des autres est définitivement terminé. Voici désormais leur constat : la société Française s’est droitisée, « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde », il est nécessaire de se débarrasser du discours « angélique » et de prendre la question Rrom à bras-le-corps, d’agir résolument pour faire cesser le « problème » Rrom… Cette politique est bel et bien suivie par Monsieur Claeys. Comment ferait-il autrement ? N’est-on pas obligé de reprendre les thèmes et les méthodes de l’extrême droite quand son parti est incapable de résoudre la crise économique, de mettre en œuvre fermement une politique réellement à gauche ? Se prosterner devant le veau d’or capitaliste n’est-ce pas être obligé un jour ou l’autre de mener une politique discriminatoire contre les plus opprimés ?

Les Rroms dans leurs pays d’origine

Il me semble que pour avoir un aperçu de la souffrance de ce peuple, un retour doit être effectué dans leur pays d’origine. Panaït Istrati dans un célèbre passage de Les Chardons du Baragan présente les liens conflictuels entre « un tzigane »[2] et les « Roumâni ». Même lorsque les premiers sont « pricopsit » c’est-à-dire riche jusqu’à posséder « de belles terres fertiles », les seconds, ouvriers agricoles les considèrent toujours comme de « sale moricaud » c’est-à-dire comme un peuple menaçant et sale[3]. Ne nous étonnons donc pas que ce furent avec les juifs, les premiers qui subirent les foudres de la Barbarie fasciste et nazi en Europe de l’est, les humiliations accompagnées de vexations, les déportations suivies des exterminations. La folie meurtrière continua même sous l’époque des dictatures staliniennes et également sous le drapeau de la démocratie libérale. Aujourd’hui encore, par exemple, le parti jobbik, membre de la coalition au pouvoir en Hongrie incite au racisme et à la violence. Il met en œuvre une véritable politique de ghettoïsation de ce peuple, prônant un développement séparé entre les « races », la prétendue « race supérieure » hongroise ne saurait cohabiter avec cette « race inférieure ». Quelqu’un se pose-t-il encore la question de leur volonté d’émigrer ?

Leur politique

En France, un consensus s’est forgé dans la plupart des partis autour de La question Rrom. De la Droite la plus radicale à la gauche dite de gouvernement, un accord minimum se dessine : l’impossibilité de laisser s’implanter la population Rrom puisque ces derniers seraient « inassimilables ». Les mesures proposées varient, évidemment, selon la chapelle mais le résultat recherché est le même : trouver le moyen le plus efficace pour s’en débarrasser. La réponse du parti de la « gôche » Vallsienne est EXPULSION. Et c’est ce que notre Maire s’évertue à faire à Poitiers. En effet, le 23 octobre dernier, 25 hommes et femmes Rroms dont 14 enfants ont été expulsés manu militari d’un squat sur le plateau de Glière à Poitiers. Parallèlement, ces familles devraient être également expulsées du territoire de la République française. Quel est le résultat de leur politique ? Le travail associatif de longue haleine est mutilé, les enfants sont déscolarisés, les biens acquis avec ardeur sont détruits, les familles se retrouvent dehors sans même la protection d’un baraquement de fortune. Encore une fois, ils devront errer à la recherche d’un nouveau squat, d’un nouveau chez eux provisoire. Face à cette détresse, a-t-on régler cette question avec humanité ? Peut-on dire qu’il s’agit d’une politique de gauche ? N’est-ce pas une manière de stigmatiser une population pour tenter d’obtenir des résultats électoraux plus importants ? Cher[E] lecteur[RICE], n’ignorez pas que ces hommes sont conscients que cette politique de la « patate chaude » ne résolvera rien. Ils se dirigent vers cette pente puisqu’il veulent faire supporter aux opprimés leur incurie coupable.

La Nôtre

Bien entendu, la question Rrom ne saurait être réglée par une politique démagogique et raciste comme celle évoquée précédemment. Bien entendu, c’est au niveau national et européen et avec énergie que des fonds considérables devraient être mis en œuvre pour éduquer ces enfants, préserver cette culture millénaire, mettre en place un cadre permettant aux femmes et aux hommes Rroms de s’émanciper. Mais cela ne signifie pas que rien ne peut se faire au plan local. Par la connaissance des problèmes de proximité, les municipalités peuvent agir efficacement en proposant des mesures concrètes telles qu’un accès à l’eau potable, la scolarisation des enfants Rroms, l’attribution d’un logement communal et privé réquisitionné. Voici ce que serait une politique humaine c’est-à-dire une politique de gauche.

Camille Lacombe

[1] « Rom » ["homme" en romani] et c’est par ce terme qu’ils se désignent eux-mêmes -parfois-

[2] En roumain le terme « tsigane » est synonyme d’esclave.

[3] Imaginez donc le sort d’un « tzigane » miséreux.


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