NPA 86

Invitation à la culture.- Mon pays étranger.- Sandrine Charlemagne

mardi 27 mai 2014 par redac-npa86

Etrange méditerranée, qui charrie tous les rêves. Il faut d’abord, c’est le premier mouvement du texte, la traverser, la franchir, quitter le pays du nord pour trouver le rivage sud, l’Algérie. Dès les premières pages, dès cette découverte du port et du bateau, la narratrice s’est mise à voir : visages, corps, regards, blessures, silences. Si quelque chose accompagne et traverse le texte, c’est bien cette qualité sensuelle de la rencontre, cette gourmandise de l’autre jamais assouvie. et avec ces yeux-là, aller voir de l’autre côté, tenter de se souvenir ou de se réconcilier avec un passé dont, finalement, on ignore tout. Ce voyage est un retour parce qu’il est chargé de mémoire, parce qu’il est la figure d’une quête infinie de l’enracinement et l’expression d’une question lancinante à l’adresse du père, enterré là-bas.

Mais c’est surtout une découverte, celle d’un pays inconnu, d’une population qui s’arrange comme elle peut pour survivre, d’une détresse que rien ne dissimule, mais aussi d’une richesse humaine qui affleure chaque fois, qui laisse jouer des possibles à la marge de chaque rencontre. tout chemin est une bifurcation, alors, et jusqu’au dernier moment il est une qui reste suspendue : aller, ou ne pas aller au cimetière voir la tombe d’un père qui reste une énigme. Ces routes qui ne sont pas toutes tracées sèment des visages, des paroles, et la chaleur d’un accueil véritable : puisqu’il est question de racines, il est aussi question de la manière dont on forme une famille, moins par le sang que par l’authenticité du dialogue.

Comme une enfant curieuse de tout, dévorant tout l’inconnu des yeux, la narratrice nous invite à « entrer en Algérie », à sentir de l’intérieur la fragilité d’un peuple qui se lasse de souffrir mais qui tient disponibles l’humanité et l’intelligence, comme aussi la mémoire politique des luttes du passé. Les assassinats font les deuils impossibles, les menaces provoquent l’exil et le désespoir, certains n’ont que le départ pour seule chance et tous s’accomodent des interdits, les contournent et les sapent parfois, moquant l’hypocrisie de l’ordre moral, la cruauté des religieux.

Et ce qui demeure, toujours, dans ce texte, c’est la réalité des rencontres, jamais truquées, jamais factices : l’être de chacun se tient là tout entier, dans les mouvements de colère ou de tristesse, mais dans une sincérité que rien ne semble pouvoir entamer. Ainsi, même dans les pires situations politiques, même dans la misère accablante, il y a bien une richesse commune qui demeure, l’humanité tremblante de tous et de toutes, cette union et cette solidarité qu’elle seule rend possibles.

Mon pays étranger, de Sandrine Charlemagne (éditions de la différence) Acheter le livre en cliquant ICI


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