NPA 86

Invitation à la culture. - « Une seule injure à l’humanité, une seule injure à la justice, (…) un seul crime suffit à rompre tout le pacte social » (Charles Peguy)

samedi 27 juin 2015 par redac-npa86

C’est toujours un événement quand Edwy Plenel signe un nouveau livre. Un événement jamais sans plaisir. Plaisir qui revient souvent ces derniers temps puisque c’est le 5ème livre qu’il signe depuis 2011.

La troisième équipe. Souvenirs de l’affaire Greenpeace, revient sur l’affaire qui a rendu célèbre ce jeune journaliste du Monde, tout droit venu de Rouge.

Le crime d’État du 10 juillet 1985 dans le port d’Auckland en Nouvelle-Zélande par le sabotage à l’aide d’explosifs, ayant fait un mort, du « Raimbow Warrior », le bateau de l’association écologiste Greenpeace, par les services secrets français. Ce livre de 140 pages se déguste rapidement. Mais mieux vaut le lire deux fois, minimum, pour comprendre les mécanismes et les subtilités, à la fois de l’auteur, qui ne lésine pas sur les références philosophiques et historiques, mais aussi sur celles, crapuleuses, de l’État profond, des services secrets, des chefs des armées et autres gradés... ; et l’État médiatique, la partie publique, c’est-à-dire le président de l’époque, Mitterrand, et son Ministre de la Défense, Charles Hernu...

Avant d’entrer dans sa démonstration, le président du journal Mediapart convoque Charles Peguy, pour nous faire part de son état d’esprit. Ce qu’il veut nous dire, c’est que rien ne peut arrêter la vérité. Surtout pas au prétexte de respecter les Armées et la Nation, pas en rampant devant « la raison d’État ». Comme Peguy, Plenel ne veut pas rendre les innocents coupables même sous la menace de rompre le « contrat social », la « République Une et Indivisible ». Dreyfus en son temps fût la victime d’une République à ne pas affaiblir devant le mensonge, une République qui pourtant sert de maquillage au pouvoir bourgeois, à la domination capitaliste, à ses affaires et autres truanderies menant aux pires crimes. Si la République Sociale peut encore être un idéal, le départ pour l’An I, alors ses meilleurs défenseurs seront les subversifs, celles et ceux qui pensent, comme Lénine, que « seule la vérité est révolutionnaire ».

Cette escapade n’en est pas vraiment une. Elle est le ciment de l’ouvrage et de la pensée d’Edwy Plenel. La fin ne justifie pas les moyens, il y a des règles morales à toutes luttes pour l’émancipation humaine.

Il est toutefois nécessaire de revenir sur quelques points du livre, pour montrer comment il peut être utile de nos jours. Pas tant sur le travail journalistique, bien qu’il recoupe très clairement la question démocratique, les mensonges et le manque absolu de transparence ; et qu’il s’agit d’informations vigoureusement intéressantes. Mais plutôt sur deux autres aspects. D’abord, sur l’inféodation totale du PS à l’appareil d’État et au présidentialisme, aux pires travers de ce système « démocratique » malade, vestige mort-vivant de la Monarchie française. Et, de fait, de la mutation quasi-complète du PS au capitalisme, et aux logiques néo-libérales. Les références, même purement symboliques, au mouvement ouvrier, disparaissent. L’exercice de l’État n’y est sans doute pas pour rien. C’est ce que Plenel dit, d’ailleurs, en comparant le crime de 85 à l’assassinat l’an dernier de Rémi Fraisse, le jeune zadiste tué à Sivens par les forces de l’ordre.

C’est le second point passionnant du bouquin, qui montre la paralysie de l’esprit des socialistes au pouvoir face à des jeunes qui luttent pacifiquement pour le droit à l’environnement. Pas seulement parce qu’ils sont a-écologiques mais aussi parce que la raison d’État, pour le pouvoir, passe avant tout. Or, sous un système capitaliste, la raison d’État, c’est la raison et les intérêts capitalistes. Tous ceux qui s’opposent à ces injustices de l’État sont alors contre la République, contre l’intérêt général... Plenel, à l’époque, a d’abord été qualifié de « trotskard », et « d’espion du KGB » puis de « la CIA »... Les zadistes aujourd’hui sont nommés « djihadistes verts » et les militants qui soutiennent les sans-papiers sont « des manipulateurs d’extrême-gauche ». Toujours la même rengaine, et ce livre est précieux pour lutter contre le rouleau compresseur médiatique et politique qui avance au nom, toujours, du bien collectif, de la République, mais, officieusement, pour servir les intérêts capitalistes, à l’aide de l’État et ses relais, ce mensonge institutionnalisé et armé, qu’il est temps de briser pour reconstruire une autre société.

Alexandre Raguet

La troisième équipe. Souvenirs de l’affaire Greenpeace, Edwy Plenel, juin 2015, éditions Don Quichotte.


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