NPA 86

De l’inégalité des existences

dimanche 11 octobre 2015 par redac-npa86

Il s’appelait Christian Herrero. Nombre de passants du centre-ville l’ont déjà aperçu. D’autres le connaissaient par son surnom : Morgoth. En ce mois de Juillet, la presse locale[1] lui rend un dernier hommage après à son décès intervenu subitement. Si nous résumons le portrait dressé : Morgoth était en quelque sorte « bien à sa place ». Nous y apprenons ainsi qu’il facilitait l’intégration locale des SDF, que les commerçants louaient ses qualités de médiateur, qu’une bénévole du SAMU sociale était tombée sous son charme. Selon sa sœur, les policiers le définissait comme un « marginal mais dans le bon sens du terme. » Il est présenté comme une personne qui vivait sa vie de SDF avec romantisme : le « sirop de la rue coulait dans ses veines », une rue où il avait « élu domicile » car il « aimait y vivre », lieu où il demandait avec humour une « petite pièce ou même juste un sourire ». La lecture de ces articles donne l’impression que cette relation à l’espace public était joyeuse pour cet « homme libre ». Nous apprenons enfin que « l’usure de la rue » aura eu raison de lui », le décès intervenant à 48 ans de manière « naturelle » selon l’autopsie réalisée.

Pourtant, les études existantes permettent de voir au-delà d’une histoire individuelle et de l’aspect dit « naturel » d’une mort. Ainsi, l’association Les enfants de Don Quichotte évaluait l’espérance de vie d’un SDF à 43 ans en 2006[2]. Ce chiffre est à comparer avec l’espérance de vie moyenne en France en 2015, estimée à 82,3 ans (79,4 ans pour les hommes)[3]. Entre salariés il y a également de fortes inégalités : l’INSEE[4] montre qu’un ouvrier de 35 ans a une espérance de vie de 76 ans, inférieure de 6 ans à celle d’un cadre du même âge (82 ans). De plus, l’écart d’espérance de vie à 35 ans sans incapacité entre cadres supérieurs et ouvriers est plus élevé que l’écart existant en espérance de vie totale entre ces deux classes sociales[5]. Autrement dit : les cadres vivent plus longtemps, mais vieillissent aussi en meilleure santé. L’inégalité sociale face à la mort est sans doute l’un des aspects plus insidieux mais néanmoins une des conséquences les plus brutales de la domination des 1% les plus riches sur nos vies.

Il y a donc le développement d’un sentiment d’indignation. Tout d’abord, par rapport à la persistance de cette vision romantique et erronée du SDF qui serait « libre » : comme si la relation à la rue était seulement la résultante d’un choix personnel, alors que cette relation est construite, qu’elle est la conséquence d’un processus social plus large de marginalisation des membres les plus fragilisés de notre société par la loi du marché. Nous ne pouvons nous empêcher aussi de penser aux pouvoirs publics qui n’ont pas éradiqué la misère depuis plus de 30 ans. Ils ne l’ont pas fait disparaitre, ils l’ont même institutionnalisée : en créant notamment le RMI en 1988 avec le gouvernement Rocard, devenu depuis RSA. Nous exprimons l’incapacité de nos élus à être à la hauteur des enjeux posés en matière de cohésion sociale et aussi cette forme de cécité individuelle et collective, volontaire ou pas[6] qui s’exerce à tous niveaux de la société vis-à-vis de ses membres les plus paupérisés[7].

Mais l’indignation doit laisser place à la révolte. Il s’agit d’aller dans le sens inverse des décisions qui sont prises depuis plus de 30 ans par les gouvernements PS et UMP qui se succèdent : leurs mesures dites de « pragmatisme » ne sont que la mise en place des utopies du MEDEF et des puissants qui régissent notre planète. Ce monde, nous le connaissons : la loi du plus fort et du chacun pour soi règne, les multinationales et les banques imposent leurs visions du monde aux élus, une partie du monde meurt de faim et l’autre est mal nourrie (OGM, produits agroalimentaires), l’écologie de notre planète se détériore inexorablement, le tout sur fond de course au profit.

Tendre vers un monde plus juste et humain, signifie la mise en place de mesures d’urgences sociales. Pour notre part, nous proposons aussi des mesures « réalistes » : la réquisition des logements vides et la construction de nouveaux habitats pour faire baisser les prix des loyers et répondre à la pénurie de logements, un strict encadrement de ces derniers et la mise en place de mesures veillant à ce que le coût de celui-ci ne dépasse pas 20% du revenu de chacun[8]. Parallèlement, nous mettrons en place un revenu universel d’existence (appelé aussi revenu de base) de 1700 euros pour tous les individus vivant sur notre territoire et indexé sur l’inflation. Les salaires des travailleurs seront également revalorisés. L’Etat encadrera les prix pour les produits alimentaires de première nécessité. Nous nous répartirons le travail plus équitablement en réduisant drastiquement sa durée légale hebdomadaire et nous partagerons également les profits entre nous tous. Les entreprises qui licencient en faisant des profits seront nationalisées, puis rendues aux travailleurs qui les géreront en coopératives. Les grands groupes auront leurs exonérations fiscales supprimées. Nous réduirons l’âge du départ de la retraite de façon significative : 50 ans ou 40 voire moins. Nous vivifierons radicalement notre système démocratique en favorisant la participation de tous à la vie publique : non cumul des mandats et limite de leurs nombres, révocabilité des élus à tout moment notamment.

Ces quelques mesures ne représentent pas une finalité pour nous. Elles seraient seulement un point de départ pour que chacun puisse reprendre en main son existence. A terme, il s’agira de muter notre système capitaliste en société écosocialiste : les dichotomies du monde ancien auront disparues. Il n’y aura plus de cadre et d’ouvrier, de Français et d’Étrangers, de salariés et de chômeurs, ect. Nous produirons dans le respect de l’écosystème de notre planète, de chaque être humain vivant sur terre, pour faire en sorte que notre (court) passage sur terre soit rempli de joie, de rires, de petits et de grands bonheurs, d’amour, de fraternité et de tendresse. Dans ce monde-là, les hommes et les femmes seront réellement libres de vivre leurs existences comme ils l’entendent.

Morgoth, reposes en paix ! Salutations fraternelles et révolutionnaires !

Bertrand Henri La-vie. Grand intellectuel connu et reconnu.

[1] Nous citons en italique des extraits tirés de ces trois liens : http://www.lanouvellerepublique.fr/... ,http://www.lanouvellerepublique.fr/..., http://www.lanouvellerepublique.fr/...

[2] Source : « L’espérance de vie d’un SDF ? 43 ans. », Hubert Prolongeau, Nouvel observateur p. 67 no 2200 4 janvier 2007cité in https://fr.wikipedia.org/wiki/Sans_... Ce qui fait ainsi dire à Martin Hirsch que « l’espérance de vie des plus pauvres en France est plus proche de l’espérance de vie au Sierra Leone (34 ans), pays qui a l’une des espérances de vie les plus courtes au monde, que de l’espérance de vie de l’ensemble de la population française. Autrefois, la pauvreté tuait brutalement. Aujourd’hui, elle tue tout aussi sûrement, mais plus lentement. » source : http://www.invs.sante.fr/beh/2007/0... cité in https://fr.wikipedia.org/wiki/Sans_... https://fr.wikipedia.org/wiki/Sans_...

[3] ]https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste...

[4] http://www.insee.fr/fr/ffc/ipweb/ip...

[5] : L’espérance de vie à 35 ans des cadres sans problèmes sensoriels et physiques est de 34 ans, contre 24 ans chez les ouvriers http://www.inegalites.fr/spip.php?a...

[6] Car pris dans notre quotidien de travailleur précaire, qui doit aussi mener de front une vie familiale et sociale.

[7] Quand ce n‘est pas de la stigmatisation, comme le font certaines mairies qui pratiquent des arrêtés anti mendicité.

[8] Une promesse portée par Parti Socialiste aux présidentielle de 2007 mais abandonnée en 2012 : le bouclier logement. Une expérience en la matière existe à Orléans. http://www.larep.fr/loiret/actualit... ou encore https://www.atd-quartmonde.fr/a-orl...

Il s’agit de la version longue de l’édito du Journal "Prenons Parti".


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