NPA 86

COP21 : ce n’est pas une négociation, c’est un crime

lundi 9 novembre 2015 par redac-npa86

Fausses solutions et vrais reculs

La COP21 va s’ouvrir dans un mois. Cette 21e conférence des Nations unies sur le changement climatique n’est pas, contrairement à ce qu’on nous répète, une négociation pour limiter le réchauffement climatique et ses conséquences...

Ce n’est pas une négociation parce qu’il ne s’agit que d’enregistrer les déclarations de prévision de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les «  contributions prévues déterminées au niveau national  » (INDC en anglais) ne sont en rien des engagements, mais, comme leur nom l’indique, des contributions déterminées et annoncées par chaque pays, sans discussion possible ni prévue, sans mécanisme de révision ni rétorsion en cas de non-respect.

Simples annonces donc, elles sont déjà très insuffisantes. La sommes des «  promesses  », si elles étaient tenues, aboutiraient à un réchauffement moyen autour de 3 °C dans le meilleur des cas. On est loin des 2 °C officiellement visés, et plus encore des 1,5 °C qui seraient nécessaires, en particulier pour les populations les plus vulnérables confrontées pour certaines à la montée des océans et aux inondations, pour d’autres aux terribles sécheresses et aux famines qui les accompagnent, et pour toutes à des conséquences dramatiques sur leur santé et leur vie.

La COP21 n’aboutira pas à limiter le réchauffement, elle ne prendra même pas la peine de limiter ses conséquences en soutenant les pays et les populations les plus démunis, ou en reconnaissant un véritable statut de réfugiés pour les victimes climatiques. Rien de tout cela n’est au programme.

Les 2 °C, ils s’en moquent  !

Prendre au sérieux cette limite imposerait de laisser sous terre les 4/5 des réserves connues de charbon, gaz et pétrole. Or les énergies fossiles ne sont même pas mentionnées dans le projet d’accord.

Pire, le 21 septembre dernier, Ségolène Royal et Emmanuel Macron ont accordé trois nouveaux permis de recherche d’hydro­carbures liquides ou gazeux – Champfolie (Seine-et-Marne), Herbsheim (Bas-Rhin) et Estheria (Marne) – et ils ont décidé d’en prolonger deux autres jusqu’à fin 2018 – Bleue Lorraine (Moselle) et Juan de Nova («  les terres australes et antarctiques françaises  »). Ces permis de recherche visent officiellement des pétrole et gaz conventionnels, mais également non conventionnels, cela malgré la loi d’interdiction de la fracturation hydraulique  ! Et Manuel Valls d’annoncer le début des travaux de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Les actes valent plus que tous les discours...

Le sommet des affaires et du crime climatique  !

La COP21 est inutile pour le climat... mais pas inutile pour tout le monde  ! Ce n’est pas une conférence pour le climat, c’est une concentration des plus grands pollueurs. À voir les vautours capitalistes qui s’agitent autour, on comprend qu’il y ont beaucoup à gagner. Toutes les fausses solutions, pire que le mal, sont taillées sur mesure par et pour les intérêts des groupes industriels et financiers  : géo-­ingénierie, agrocarburants, capture-­séquestration baptisée «  charbon propre  »... et même le nucléaire  !

La formulation «  émissions nettes zéro  » retenue par le projet de texte encourage la compensation carbone à une échelle globale et massive, cela au lieu d’exiger des réductions d’émissions réelles. Cette compensation pourrait mobiliser des milliards d’hectares de forêts et de terres arables pour stocker le carbone issu des émissions de gaz à effet de serre qui ne seraient pas éliminées.

Excluant les communautés de leurs forêts considérées comme puits de carbone, le système REDD (réduction des émission liées à la déforestation et à la dégradations des forêts) s’apparente dans bien des cas à un véritable colonialisme du carbone. Les capitalistes font ainsi coup double  : continuer le plus longtemps possible à faire du profit avec les énergies fossiles, et étendre toujours plus la logique de marché à tous les cycles et fonctions de la planète dans lequel ils peuvent s’insinuer.

Justice sociale et climatique : sauvons-nous nous-mêmes  !

Face à la gravité et à l’extrême urgence de la situation, envisager la mobilisation comme une simple manifestation pour «  peser sur les négociations  » et «  se faire entendre des gouvernants  » ou, autre version, «  dénoncer l’impasse et des dangers du capitalisme  » et «  témoigner de la radicalité et de la justesse de nos réponses  » ne serait pas à la hauteur.

Le week-end des 28-29 novembre, nous commencerons par réussir les «  marches pour le climat  » ou «  marches pour la justice climatique  » qui se tiendront dans les différentes capitales du monde et dans les villes françaises  : Rennes, Lyon, Chambéry, Rouen, Limoges, Caen... le samedi 28, et Paris, Lille, Strasbourg, Marseille, Bordeaux... le dimanche 29.

Montrer notre force et notre détermination

Certains des organisateurs s’accrochent, avec plus ou moins d’illusions, à l’idée de faire pression sur la conférence avant son ouverture. C’est une marque de fabrique de la Coalition climat qui s’est mise en place pour coordonner les mobilisations que de chercher à réunir toutes les forces, des ONG environnementalistes aux syndicats, des groupes de foi aux organisations syndicales, des associations de solidarité internationale aux altermondialistes, féministes et scientifiques, Alternatiba, celles et ceux qui combattent le nucléaire, les gaz de schiste et les différents projets destructeurs à Bure ou à Notre-Dame-des-Landes (qui organisent un convoi des luttes de territoire arrivant le 28 à Paris)... Sous la pression des syndicats, les partis ne sont pas en tant que tels membres de la coalition. Cela n’empêchera pas les anticapitalistes de mobiliser, de se mobiliser et d’être massivement présents.

L’ ébullition militante se poursuivra pendant les deux semaines qui suivront ce premier week-end. Les 5 et 6 décembre, à Montreuil (93), le Sommet citoyen pour le climat rassemblera le Climat Forum  : conférences, débats, expositions, Village mondial des alternatives, ainsi qu’un Marché paysan organisé par la Confédération paysanne.

Puis du 7 au 11 décembre, la Zone d’action pour le climat occupera le Centquatre (5 rue Curial, Paris 19e), un lieu ouvert d’information, avec aussi une AG quotidienne pour préparer des actions concrètes....

Enfin le 12 décembre, l’ambition est d’organiser la plus grande action de masse pour la justice climatique à Paris, une mobilisation nationale et internationale avec des participations collectives et unitaires en provenances des régions et pays. Différentes formes d’action sont prévues pour permettre à toutes les forces d’y trouver leur place  : rassemblement de masse à partir de 12 heures et actions dites de «  désobéissance civile  », avec en particulier la perspective d’encercler le Bourget (93) au moment où s’y clôturera la COP.

Le jour d’après

Que l’on ait mis ou non des espoirs dans la COP, au-delà du slogan «  retrouvons-nous pour avoir le dernier mot  !  », l’enjeu sera de poser les jalons d’un mouvement de masse durable pour la justice climatique. Pas question de se retrouver, comme après Copenhague en 2009, écrasés par la déception. Notre référence est plutôt Seattle, le 30 novembre 1999, l’acte de naissance du mouvement altermondialiste.

Le défi est de construire un mouvement international, radical et unitaire, de faire converger les résistances aux projets inutiles, destructeurs, extractivistes et les alternatives créatrices  ; de réussir une véritable conversion du mouvement social et syndical vers une radicalité à la fois sociale et écologique.

Face à la crise globale, à l’impasse historique du capitalisme, les anticapitalistes sont mis au défi d’avancer un projet de société non productiviste, rompant avec le système, alliant émancipation sociale et réparation des dégâts écologiques. Ils sont aussi mis au défi de développer des pratiques, des revendications, et des formes d’organisation permettant de le mettre en œuvre.

Nucléaire  : la fuite en avant vers la catastrophe

À quelques jours d’intervalle fin octobre, EDF, par la voix de son PDG Jean-Bernard Lévy, a annoncé coup sur coup une alliance avec la Chine pour construire deux EPR au Royaume-Uni et un renouvellement du parc nucléaire par des EPR «  nouveau modèle  » à compter des années 2030 jusqu’à 2050-55.

À quelques semaines de l’ouverture de la COP21, ces deux communications viennent en appui de l’extraordinaire et coûteuse opération publicitaire engagée par l’entreprise avec comme objectif de présenter le nucléaire civil comme un – sinon le – remède au réchauffement climatique.

Une énergie sûre et bon marché  ?

La publication – difficile car bloquée par le gouvernement – du dernier rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), rapport démontrant qu’en France le 100 % renouvelable est possible à condition de baisser la consommation électrique, impose donc à EDF une communication hâtive concernant l’EPR anglais, et non maîtrisée à propos du renouvellement du parc français... Alors que les deux réacteurs actuellement en construction par EDF et Areva sont durablement enlisés, comment un EPR soi-disant «  nouveau modèle  », qui n’existe encore que sur le papier, est-il censé se développer aussi vite  ?

Lévy reconnaît qu’en construisant le parc nucléaire civil dans les années 70 et 80, l’État et EDF n’ont jamais anticipé – et donc budgété – son remplacement. Alors que les 2/3 de nos centrales ont déjà atteint leurs trente années de fonctionnement, il prévoit de les maintenir jusqu’à «  2050-2055  »... le temps de construire des EPR de remplacement. Lorsqu’on connaît le coût exorbitant de mise à niveau des réacteurs pour les pousser jusqu’à 40 ans d’activité, on laisse imaginer la facture qui s’ajouterait à celle de la construction des EPR. Et peut-on sérieusement envisager de pousser nos réacteurs jusqu’à 60 ou 70 ans d’activité sans mettre en danger les populations et les travailleurEs du nucléaire  ?

Une nouvelle démonstration, s’il en était besoin, qu’on nous ment depuis 50 ans, en disant que le nucléaire est une énergie bon marché...

Une vision du siècle dernier

L’entreprise connaît déjà une situation critique  : 37,5 milliards d’euros de dettes, rachat prévu des activités réacteur d’Areva, dépense de 55 milliards au minimum à prévoir pour le «  Grand carénage  », explosion du coût de l’EPR de Flamanville... Comment compte-t-elle trouver les financements nécessaires sans appeler l’État au secours... et donc répercuter les surcoûts sur la facture des populations  ?

Seule réponse d’EDF qui met en avant l’accord avec la Chine  : se placer dans une situation de dépendance en recourant à d’autres investisseurs. Mais ce schéma n’est pas aussi simple que le laisse entendre Lévy. Dans cet accord, EDF va devoir financer l’investissement sur fonds propres «  au moins dans une première étape  », a annoncé le PDG. Ce qui signifie qu’il va devoir mobiliser des capitaux financiers supplémentaires. «  Cela implique des cessions  », a-t-il reconnu après le retrait d’Areva et de potentiels investisseurs de pays du Golfe.

Cette vision, digne du siècle dernier, comme le relève le réseau Sortir du nucléaire, passe outre la loi qui vient d’être votée de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité. C’est la véritable fuite en avant d’une industrie chère et dangereuse qui compte, une nouvelle fois, passer en force comme elle le fait depuis 50 ans.

À l’inverse, profitons plutôt du vieillissement de nos centrales pour les fermer définitivement, et engager dès maintenant une politique de baisse de la consommation d’électricité et le développement des énergies renouvelables.

«  Un accord pour brûler la planète  »

Entretien. Militant bolivien, Pablo Solon a participé au côté d’Evo Morales à l’accession de ce dernier à la présidence. Il a été membre du gouvernement bolivien, puis ambassadeur de la Bolivie auprès des Nations unies. Directeur exécutif de 2012 à 2015 de Focus on the global south, groupe de réflexion basé à Bangkok, il est investi depuis toujours dans les luttes pour les droits des peuples indigènes, dans la déclaration de l’International Mother Earth, et a participé à la Conférence sur le changement climatique de Cochabamba en 2010, aux COP15 de Copenhague, COP16 de Cancun, et COP17 de Durban.

Pablo Solon dirige aujourd’hui la fondation Solon, qu’il a créée en hommage à son père, le muraliste Walter Solon, fondation impliquée notamment dans les luttes climatiques, culturelles et sociales en Bolivie.

Dans le cadre d’une tournée de rencontres en Europe autour de la question du climat, il est intervenu à Paris le mardi 27 octobre et a bien voulu répondre à nos questions.

Pourquoi t’es-tu éloigné d’Evo Morales dont tu étais un des très proches  ?

Notre rupture politique est consécutive à des décisions de son gouvernement que je rejette. D’abord la volonté de construire une route à travers le Parc national de Tipnis, un des 22 parcs boliviens. Cette route non seulement aurait conduit à détruire la forêt, modifiant son écosystème et recréant automatiquement des cultures et de l’habitat dans des zones préservées, mais, de plus, aucune concertation ni information des peuples autochtones concernés n’avaient été faites. C’était une décision régalienne dans le cadre d’une stratégie sous influence de groupes économiques privés.

Ensuite, je me suis engagé contre les projets de grands barrages, coûteux et destructeurs de la nature. La Bolivie est un pays qui a un ensoleillement exceptionnel sur les hauts plateaux  : on pourrait y développer la production d’énergie solaire, remplaçant à la fois les barrages et la déforestation.

Aujourd’hui je lutte pour l’objectif de zéro déforestation en 2020, pour le développement d’une énergie solaire produite par les consommateurs eux-mêmes – et non pour des champs de panneaux entre les mains du privé – et pour une participation sociale de toutes les communautés, notamment les peuples autochtones.

La déforestation est un des problèmes majeurs de l’Amérique latine  ?

Oui, non seulement la déforestation détruit la forêt primaire (160 000 hectares par an en Bolivie), spolie les peuples indigènes, essentiellement pour planter du maïs pour l’exportation, mais, de plus, les brûlis et leur enfouissement sont responsables de 24 % des émissions de CO2.

La déforestation est un de mes points de désaccord avec le gouvernement actuel qui développe une stratégie de développement fondée sur «  la croissance  », non respectueuse des droits des peuples et sous influence des multinationales.

Comment analyses-tu la succession des COP successives, et leur impossibilité à agir vraiment  ?

Pour résumer le processus, on peut dire qu’il y a eu d’abord en 1992 la Convention de l’ONU sur le climat, UNFCCC, première étape d’une volonté internationale de comprendre et de lutter contre la dégradation du climat. Ensuite il y a eu deux accords  : Kyoto, portant sur la période 2000-2012 et Cancun, portant sur la période 2013-2020. Et il y aura Paris pour la période 2021-2030...

Chacun de ces accords est une version affaiblie des précédents. Kyoto engageait les États qui l’avaient signé (ce qui n’incluaient pas notamment les États-Unis et le Canada). Cancun a été un échec car pour limiter la croissance de la température à 2 °C, l’accord prévoyait de limiter les émissions de CO2 à 44 gigatonnes et d’atteindre 35 GT en 2030. En réalité les émissions ont atteint 53 GT en 2013, et vont atteindre 56 GT en 2020 et 60 GT en 2030  ! Il devait y avoir en 2014 une «  picking year  », année où la tendance s’inversait, mais en réalité, la croissance des émissions continue.

Paris est encore pire  : l’accord annoncé est encore plus faible, il n’imposera aucun engagement aux signataires et les États-Unis ont déjà indiqué qu’ils ne le proposeraient pas à la ratification du congrès. La raison de cet échec annoncé est simple  : au début, les négociateurs venaient des mouvements environnementaux, mais aujourd’hui, ils viennent du business, des multinationales. C’est un accord pour brûler la planète  !

Le projet d’accord tel qu’il a été annoncé ne fait pas référence à la limitation des énergies fossiles. Or, ce sont ces dernières qui en Bolivie sont responsables de 60 % des émissions de CO2, et 24 % du CO2 est dû à la déforestation qui produit aussi beaucoup de méthane.

Cet accord ouvre en fait sans le dire la porte à toutes les expériences de capture du carbone et à la géo-ingénierie. C’est un accord qui n’est bon que du point de vue des entreprises.

Qu’est il prévu au sujet des États du Sud et des financements  ?

Les accords précédents avaient prévu de débloquer 100 milliards de dollars d’ici à 2020 pour soutenir les pays du Sud et leur permettre d’éviter les voies empruntées au Nord. Mais depuis Copenhague en 2009, les pays les plus riches n’ont pas versé ces fonds et essaient de mobiliser des financements privés.

Hormis quelques exceptions comme les États insulaires menacés de disparition, les États du Sud eux-mêmes ne font pas d’efforts. Ils considèrent qu’ils ne sont pas responsables de la situation, attendent d’éventuels financement pour agir, et sont dans le même processus de «  croissance  » imposé par les grandes entreprises auxquelles ils ont lié leur destin.

La COP va renforcer le processus de crime climatique, légaliser le crime contre le climat, contre les migrants climatiques, contre les peuples indigènes des zones rurales et des pays insulaires.

Comment pouvons-nous réagir  ?

Pendant la COP, il va y avoir d’importants rassemblements, mais il est à redouter qu’ils soient détournés et récupérés par le gouvernement français et les États participants à la COP en leur faveur.

Un tribunal international des droits de la nature va se réunir le vendredi 4 décembre pour juger le crime contre la nature et la biodiversité1. Et après le 12 décembre nous devrons mettre au point des stratégies locales pour affronter le crime climatique.

Nous allons devoir donner l’exemple, développer des actions locales et concrètes, telles celles qui ont déjà fait leurs preuves en Bolivie quand les habitants ont réussi à évincer le groupe Suez de la gestion de l’eau en bloquant les rues. Chacun doit prendre sa part.

1. À partir de 9 h à la Maison des métallos, 94 rue Jean-Pierre-Timbaud, Paris 11e.


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