NPA 86

Le choix de l’internationalisme

vendredi 20 novembre 2015 par redac-npa86

Beaucoup de choses ont été dites sur les attentats de Paris. Condamnons encore 1000 fois ces crimes sanguinaires. Des innocentEs, de différentes origines, opinions et croyances, se sont fait massacrer. Comme le dit un tract du NPA « cette violence meurtrière est d’autant plus révoltante, insupportable que, loin de combattre les États qui font la guerre en Syrie, en Irak ou en Afrique, elle frappe volontairement ici des victimes innocentes, la population, comme en Irak et en Syrie où elle impose la dictature. ».(1) C’est un moyen de diviser les peuples, entre les musulmans et les autres, les « barbares » et les « civilisés ». Alors que ces actes ont été commis par des meurtriers, qui tuent en premier lieu des musulmans. En effet, 80% des victimes de DAECH sont des musulmans(2). Le premier piège dans lequel il ne faut pas tomber, c’est donc celui de l’amalgame. Vous l’avez sans doute déjà lu et entendu, mais il est bon de le rappeler. Ce n’est en effet pas la version dominante dans les médias qui ne cessent de demander « aux musulmans » (qui formeraient donc une communauté homogène) de se « désolidariser » des actes terroristes, comme s’« ils » étaient responsables de quoi que ce soit là-dedans. Le résultat est l’augmentation de stigmatisations – des contrôles aux faciès(3) aux attaques racistes, voire fascistes. DAECH n’a pourtant rien à voir avec les musulmans ou avec l’ISLAM. C’est un groupe sectaire, nihiliste et obscurantiste. DAECH est à l’ISLAM ce que le KU KLUX KLAN est à la religion chrétienne. Comme le rappelle un document interne au NPA, "cette organisation ne vient pas de nulle part. Les États-Unis, avec le royaume saoudien, ont favorisé depuis des décennies les courants intégristes islamiques radicaux dans la lutte contre la gauche dans les pays à majorité musulmane. Ces courants ont longtemps été associés aux États-Unis notamment durant la guerre d’Afghanistan dans les années 1980, lorsqu’ils furent soutenus contre l’occupation soviétique par Washington, les Saoudiens et la dictature pakistanaise. Certaines composantes de ces forces se sont retournées contre la monarchie saoudienne et contre les États-Unis. C’est l’histoire d’Al-Qaïda : ses fondateurs étaient d’abord alliés aux États-Unis et au royaume saoudien dans la lutte contre l’occupation soviétique en Afghanistan... C’est l’administration de Bush père qui a provoqué la volte-face d’Al-Qaïda contre les États-Unis par la première guerre contre l’Irak, et Bush fils a poursuivi la tâche avec l’invasion de l’Irak. Le résultat de l’occupation états-unienne de ce pays a donné une énorme impulsion à Al-Qaïda, lui permettant d’acquérir une base territoriale cruciale au Moyen-Orient, après avoir été restreinte auparavant à l’Afghanistan.

Ce qui aujourd’hui s’appelle « État islamique » en Irak et en Syrie n’est rien d’autre qu’un nouveau développement de ce qui était la branche d’Al-Qaïda en Irak, une organisation qui n’existait pas avant l’invasion de 2003 et qui est née grâce à l’occupation. Elle avait été défaite et marginalisée à partir de 2007, mais elle est parvenue à se reconstituer en Syrie, tirant avantage des conditions créées par la guerre civile dans ce pays et de la brutalité extrême du régime syrien.

Daesh doit être dénoncé en tant que tel pour ce qu’il est, une organisation totalitaire et obscurantiste, animée de la haine de la démocratie et du mouvement ouvrier qui s’étend sur un territoire où il prend de plus en plus les contours d’un État. Une autonomie guerrière anime DAECH. Cette organisation s’est appuyée sur les turpitudes des régimes de Saddam Hussein et Bachar el Assad, sur les soutiens financiers des émirs ultra réactionnaires du Golfe persique et sur la complicité du gouvernement turc d’Erdogan, dans leur logique d’écrasement de tout mouvement de masse progressiste." Mais aujourd’hui, le monstre se retourne aussi contre ses créateurs...

Rien à voir avec la religion de la grande majorité des croyants, donc. C’est bien de politique dont il s’agit.

Bien que n’étant pas croyants, nous savons que la religion musulmane, comme de nombreuses religions, portent des messages de paix, d’amour... et de solidarité. Malgré ses divers noms, la « Fraternité » n’est donc ni l’apanage de la république laïque ni de la culture occidentale mais la base de notre humanité à tous et à toutes. Il n’est pas lieu ici de discuter des rapports souvent rétrogrades aux femmes ou aux LGBTI des religions, car il existe aussi des défenseurs de l’égalité des droits pour toutes et tous chez les croyants. C’est dangereusement flirter avec le racisme et l’islamophobie que d’essentialiser des croyants : de « tous les musulmans sont réactionnaires » à « tous les musulmans sont des islamistes, de potentiels terroristes » la frontière est mince. Et si on ajoute à cette paranoïa sa corollaire absurde qui veut que toutes les personnes qui auraient l’air « d’origine maghrébine » soient musulmanes, cela devient extrêmement nauséabond et dangereux. C’est pourquoi la lutte contre l’amalgame est prioritaire. Nous sommes malheureusement victimes, en France, d’une vision ethnocentrée de la culture et de la laïcité... Les religions y sont souvent méprisées, et tout particulièrement l’Islam qui serait antagoniste à ce que certains nomment « notre civilisation ». Cette rhétorique du « choc des civilisations » héritée du colonialisme repose sur l’idée éhontée que celle de l’Occident serait supérieure à toutes « les autres », car plus « avancée » et plus « humaine », moins « barbare » grâce à des valeurs héritée du Judéo-christianisme. C’est au mieux faire preuve d’ignorance. Car, comme la « Fraternité », la « Liberté » et l’« Égalité » ne sont pas des exceptions françaises mais des valeurs universelles auxquelles tous les peuples aspirent, et ont droit. Mais il est vrai que nous avons une méconnaissance de ce qu’il se passe ailleurs. Est-ce dû seulement au manque d’information intrinsèque à la difficulté du journalisme en zones de conflits armés ? Nous savons pourtant que depuis mars 2011, 250 000 syriens ont péri. Certes les attentats de Paris ont touché les françaisES, franciliens ou non, de près : tous y ont au moins un proche ou une connaissance... quand ils n’étaient pas sur place à subir l’horreur de plein fouet. Le deuil pour les proches des victimes ; ne céder ni à la peur ni à la haine aveugle ; continuer à danser, à rire... À vivre. Tout ceci est primordial.

Mais de cette affreuse soirée ne devrait-on pas au moins prendre conscience de ce que subissent d’autres peuples ? Il est vrai que le traitement médiatique déséquilibré et les discours paternalistes et simplistes (voire racistes) qui vont de paire ne nous aident pas. Mais en Syrie, c’est le 13 novembre depuis plus de quatre ans : 150 personnes qui y périssent chaque jour... et cela explique, notamment, pourquoi des milliers de personnes, les migrants, fuient ce pays. Fermer nos frontières aujourd’hui est un acte ignoble : nous ne pouvons plus prétendre à l’ignorance. Nous devons donc les ouvrir grandes pour permettre aux maximum de personnes d’être en sécurité. C’est la base de l’Humanisme. Un pays qui revendique la paternité des droits de l’Homme se doit d’en faire preuve.

***

Non à l’union nationale qui alimente l’extrême-droite et les politiques sécuritaires.

Pourtant, dans un communiqué intitulé L’état d’urgence permanent suite à l’intervention de François Hollande, le NPA nous informe que « pendant 45 minutes, il a développé une politique du tout sécuritaire, de restrictions des droits démocratiques et de va-t-en-guerre. Il propose ainsi de prolonger et d’amplifier ce qui n’a pas marché. En proposant par exemple une coalition avec Obama et Poutine pour amplifier les bombardements en Syrie. ». Puis, « il propose de prolonger et d’amplifier, l’état d’urgence durant trois mois puis de le normaliser et de le banaliser en proposant une révision de la Constitution. Reprenant à son compte, dans l’esprit de l’union nationale, les propositions de la droite et de l’extrême droite, il propose la déchéance de nationalité, des expulsions plus rapides et plus expéditives et enfin sous couvert de légitime défense, il banalise le libre usage des armes par la police. Il amplifie le tout sécuritaire avec le recrutement de 5000 policiers et gendarmes en deux ans, et propose la mise en place d’une garde nationale de réservistes. ».(4) Ils voudraient nous faire croire en un monde manichéen, avec d’un côté les "gentils" de l’autre les "méchants" comme dans les contes de notre enfance. Sauf que la réalité n’est pas aussi simple, et les morts n’y sont pas fictifs.

Hollande et son gouvernement font donc le choix de reprendre les idées de la droite et de l’extrême-droite.(5) Cela a pour effet premier de limiter drastiquement les libertés des citoyens et militants que nous sommes, et d’aller jusqu’à violer les libertés individuelles. Dans un communiqué du NPA 86, nous alertions : «  Les autorités politiques françaises peuvent désormais interdire des réunions publiques et contrôler la presse... et même certaines manifestations culturelles comme les projections cinématographiques ! Et il est à craindre que dans les jours à venir la Loi renseignement – jumelle française du Patriot Act qui a rendu les États-Unis ultra sécuritaires et liberticides – se voit renforcée.  »(6).

La preuve en image.

En bons stratèges du choc, ils surenchérissent sur la peur et en profitent pour museler la société : leur cynisme n’a d’égal que leur opportunisme.

L’union nationale a été entérinée par un vote à la quasi unanimité du prolongement de l’état d’urgence. L’Etat d’urgence permanent, en somme. Seuls 6 députés ont voté contre (ils sont au PS ou dans le groupe écologiste mais sont ultra-minoritaires dans leurs groupes politiques), véritable déni des libertés fondamentales et de la vie démocratique. Pour protéger la population de terroristes qui ne l’auraient attaquée que parce que son mode de vie est fait de libertés, on l’en prive donc. On peut affirmer très clairement que le Front de Gauche, et la gauche en générale, est à la ramasse idéologique. Mais heureusement, cela ne passe pas forcément bien chez les militants à la base. Par exemple, les manifestations organisées pour sauver le climat en changeant le système, interdites par le gouvernement, vont se tenir tout de même dans un grand nombre de villes. C’est ce chemin-là qu’il faut prendre. Espérons qu’il soit celui de la résistance généralisée.

***

Faire de la politique, lutter pour nos libertés et pour la paix et la solidarité entre les peuples

Cela est primordial. Notre émotion, légitime, ne doit pas nous empêcher de raisonner, de faire de la politique. C’est le seul moyen si nous voulons qu’un jour ces atrocités cessent. « Ne pas rire, ne pas pleurer, mais comprendre ». C’est le sens du texte publié par trois camarades du NPA Attentats : pourquoi il faut agir et parler politique(7) ou, dans un autre registre, celui de Julien Salingue Vos guerres, nos morts(8). Extrait :

« Oui, Daech fait de la politique. Ce sont des assassins, mais ils font de la politique.

Et hier soir ils ont frappé fort, très fort.

Aveuglément ? Oui et non.

Oui, parce qu’ils s’en sont pris à des gens qui ne sont pas directement impliqués dans cette guerre, des gens dont le seul crime était d’être là, des gens qui auraient pu être ailleurs et être encore parmi nous aujourd’hui.

Non, parce que frapper de la sorte, c’est lancer un message : « Votre pays est en guerre contre nous, et tant que cette guerre durera, aucun d’entre vous ne sera en sécurité ».

Ils font de la politique. Détestable, mais de la politique.

Nous vivons dans un monde en guerre. La Russie, la France et les États-Unis bombardent la Syrie. L’Arabie Saoudite bombarde le Yémen. Les « opérations » françaises se poursuivent au Mali. Obama a annoncé que ses troupes ne quitteraient pas l’Afghanistan. ».

Quoi de plus vrai ? Ces meurtriers font de la politique. Il faut donc répondre politiquement. Répondre uniquement militairement, c’est tomber dans le piège. Mais, pire, c’est tuer des milliers d’innocents syriens. Qui peut sincèrement croire que des bombardements sur une ville de 200.000 habitants comme Raqqa ne tuent que des combattants de DAECH ? Or, c’est la réponse de la France aux attentats (9). Ajouter du sang au sang, des morts aux morts. Pourtant, de ces morts, nous n’en entendons pas parler dans nos médias. Une vie syrienne ne vaut-elle pas autant qu’une vie française ? Pas de l’avis de Hollande et de ceux qui soutiennent sa logique guerrière et ses interventions en Afrique et au Proche et Moyen-Orient. D’autant plus que ces bombardements, ils ne datent pas d’hier... cela fait des semaines que l’armée française bombarde la Syrie. Et jusqu’à preuve du contraire, une bombe ne fait pas de différence entre unE djihadiste et unE innocentE. Quoi de mieux pour alimenter DAECH ? On imagine aisément comment les salafistes djihadistes utilisent ces faits pour leur endoctrinement. Le fameux « c’est lui qui a commencé ». Et à voir certaines réactions nauséabondes islamophobes aux attentats de Paris, le bombardement de villes syriennes par la France risque d’augmenter les « postulants » terroristes. Si on y ajoute à cela les ventes d’armes record de la France pour l’année 2015, on a bien la preuve que la barbarie impérialiste et la barbarie islamiste s’alimentent mutuellement dans un même mépris de la vie humaine au service de leurs intérêts politico-économiques.

En militants pour la paix, nous ne pouvons pas cautionner une intervention française belliqueuse, meurtrière et inefficace. Même si une coalition se met en place, cela ne fait qu’ajouter des protagonistes à la barbarie. Nous pensons au contraire qu’il faut mobiliser, faire de la politique, expliquer que c’est l’union et la paix entre les peuples qu’il nous faut, par delà les frontières, pour faire tomber ensemble les dictateurs et le système capitaliste en crise.

Cela peut passer par un mouvement de rue unitaire pour la paix, et par un soutien inconditionnel à celles et ceux qui luttent sur le terrain pour leur vie et leur liberté, c’est-à-dire les kurdes, et les révolutionnaires syriens (ASL), victimes à la fois de DAECH et du dictateur Assad. La solidarité avec peuple palestinien est également cruciale puisque l’État d’Israël tente de mettre un pied d’égalité entre ce peuple et DAECH. Il faut stopper tout commerce avec les pays qui soutiennent DAECH, c’est le cas des monarchies du Golfe, et de la Turquie, qui préfère bombarder les kurdes que de combattre l’État islamique. Nous demandons que la lumière soit faite sur qui achète le pétrole de DAECH ?

Et, ici en France, nous appelons, et nous agirons, pour que la vie continue. La vie, c’est aussi les luttes, nos luttes. Le "risque terroriste" (prétexte à l’état d’urgence permanent et à la privation des libertés) ne nous empêchera pas de marcher pour sauver le climat, de défendre les syndicalistes attaqués, de nous battre pour les droits des migrants, des femmes, de s’indigner et se lever contre le racisme et l’injustice, de défendre nos droits face à un gouvernement qui, lui, n’arrête pas de faire de la politique, sa politique. Opposons-lui notre force collective.

En une phrase, nous faisons le choix de l’Internationalisme, seul véritable Humanisme.

Manue S. et Alexandre Raguet

(1) : http://npa2009.org/agir/internation...

(2) : http://www.lemonde.fr/proche-orient...

(3) : Ce n’est qu’un exemple puisque de nombreux exemples existent, comme après les attentats de Charlie Hebdo : http://www.leparisien.fr/actualite-...

(4) : http://npa2009.org/communique/letat...

(5) : http://www.lemonde.fr/politique/art...

(6) : http://www.npa86.org/spip.php?artic...

(7) : http://npa2009.org/actualite/intern...

(8) : http://resisteralairdutemps.blogspo...

(9) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Racca


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