NPA 86

Fusions d’entre-deux tours et alternative politique

mardi 22 décembre 2015 par redac-npa86

Il y a une tristesse ouvrière dont on ne guérit que par la participation politique.

Georges Navel

Pas besoin de tergiverser. Les élections régionales sont un désastre pour quiconque souhaite encore changer le monde. Le Front National, quoi qu’en disent les médias et les dirigeants des principaux partis, est le grand gagnant des régionales. Le FN gagne 400.000 voix de plus qu’en 2012 (avec Marine Le Pen à la présidentielle), soit 6,8 millions d’électeurs en 2015. Le Pen et consorts obtiennent 358 conseillers régionaux (ce qui assure quasiment au FN les parrainages pour 2017). Presque partout, ils parviennent à augmenter leurs scores entre le premier et le second tour. Le FN progresse et représente un danger mortel...

Nous reviendrons sur le FN dans un autre temps de ce texte, afin d’expliquer ce qu’il est, comment il progresse, et comment le combattre. Mais tentons d’abord de cerner le reste du spectre politique.

La droite gagne ces élections. Mais cette victoire a des goûts de défaites pour Sarkozy, coincé entre la poussée du FN qui empêche de faire gagner sa volonté d’affirmer une droite dure, et le PS qui se droitise, lui coupant la route vers une droite « humaniste » ; terrain de toute façon déjà bien occupé par Juppé, NKM ou, encore, les centristes. Le duo Pierre Rousset / François Sabado est déjà revenu là-dessus (1). Pour eux, c’est bien Hollande qui tire son épingle du jeu dans les magouilles politiciennes. Ce dernier tente de piéger Sarkozy en occupant le terrain du sécuritaire et des mesures antisociales (propice à la droite), tout en souhaitant faire rempart au FN (en allant jusqu’à retirer ses listes dans le Nord et le Sud-Est). De ce fait, Hollande et Valls occupent tout l’espace à droite... et paralysent leur gauche... Ils arrivent, de plus, à représenter un semblant d’antifascisme (c’est nous, ou la barbarie). Dans ce tumulte, aucune opposition de gauche au gouvernement n’est audible. Les régionales sont une déroute pour la gauche radicale et écologiste.

Retour sur le recul et la paralysie de la gauche radicale et des écologistes

Le Front de gauche réalise de mauvais résultats et ne parvient même pas à dépasser les 5%. Lutte Ouvrière fidèle à sa politique isolationniste passe à peine les 1%. EELV parvient dans quelques régions à passer les 5%, et aura donc des élus (comme le FDG à quelques endroits) mais réalise une perte considérable de voix par rapport à 2010 où le parti dit écologiste réalisait d’excellents résultats (avant de se vendre au PS). Malheureusement, le NPA n’avait pas les moyens financiers de se présenter. Mais on peut parier que les résultats des anticapitalistes n’auraient pas été glorieux. Par ailleurs, il y avait peu d’enjeux à ajouter de la division à la division, et à amplifier encore plus l’émiettement des listes à la gauche du PS. La situation est bien assez difficile comme ça et notre énergie est plus utile à faire vivre (avec d’autres) les luttes pour sauver le climat, régulariser les sans-papiers, stopper la répression militante et en finir avec l’État d’urgence. C’est bien de ces expériences de luttes que viendront les énergies militantes nécessaires pour créer du neuf.

Et de neuf, nous en avons bien besoin en cette période où toutes les forces de gauche présentes aux régionales ont échoué à représenter une alternative pour demain. EELV et le FDG se sont tués en fusionnant avec le PS. Hollande est parvenu, comme avec la droite, à rendre sa gauche muette dans les mois à venir. C’est ce que souligne à juste titre Laurent Ripart dans un texte qu’il signe sur Mediapart (2). En fusionnant, au nom de la lutte contre la droite et l’extrême-droite (bien que celle-ci soit légitime, nous y reviendrons) le FDG et EELV font passer plusieurs messages qui les tuent politiquement. D’abord, le PS n’est pas de droite (le PCF écrit pourtant que c’est lui la gauche). Mais, pire, que pour battre la droite et le FN, il faut se ranger derrière le PS, en négociant un peu sur le programme... C’est la fin annoncée d’une alternative possible. Dirigeants de EELV et du PCF se trouvent d’ailleurs désormais en toute logique à lancer des appels à l’union de la gauche, ou au retour aux valeurs de 2012 (Sic ! Sic ! Sic !).

Retour sur les causes des reculs de la gauche de la gauche

Avant d’entrer dans le détail, une question peut être posée. Qu’est-ce que la gauche ? Le PS en est-il ? Cela est essentiel pour se situer, mais jugeons-en plutôt à sa politique. Ce parti mène une politique de droite et reprend, depuis quelques temps, les thématiques (et le programme, parfois) du Front National. Il me semble que les causes du recul de la gauche radicale (institutionnelle) se résume en quelques points. En trois points pour être précis. 1. le refus de la rupture avec le capitalisme et ses Institutions. Cela les rend « pro-système » ou même « le système » alors que celui-ci est (à juste titre) rejeté en masse. Le FN capitalise là-dessus alors qu’il symbolise ce que le capitalisme a de pire. 2. le refus de rompre avec la logique du système et les organisations du système (le PS). EELV, PCF, et PG parfois, singent les dominants pour paraître « responsables » (aux yeux de qui, de quoi ?). Cela peut se faire par des choses symboliques (cravates, discours « Rééépublicains », fortes présences d’hommes et de vieux dans la représentation publique...) ou cela peut être lié à du fond politique (cumul des mandats, démocratie interne, rôle des élus, manque de contrôle démocratique, politiciens professionnels...).

Le vote des députés FDG en faveur de l’État d’urgence ou les bisbilles au sein de EELV avec des De Rugy ou autre Placé nuisent forcément à l’image d’une gauche qui se veut alternative. 3. le refus d’assumer la construction d’une alternative politique indépendante, anticapitaliste, radicale et unitaire afin de représenter vraiment les opprimés et d’offrir une nouvelle utopie, un nouveau modèle de société. Le rêve nécessaire à la motivation militante, qui suit l’indignation qui est une mise en route.

Le NPA -contrairement au FDG qui n’a jamais été qu’un cartel – tente (laborieusement) de créer cela. Évidemment celui-ci a pêché en isolationnisme. Encore aujourd’hui, des éléments « sectaires » tentent de détourner le projet initial du NPA pour en faire une petite organisation communiste révolutionnaire pur jus. Mais ce n’est pas la majorité et le projet continue à vivre. Quoi qu’il en soit, le projet est toujours d’actualité. Nous avons besoin d’une organisation qui assume son anticapitalisme. Un parti de militants (autonomes, formés, non-manipulables). Un parti démocratique, c’est essentiel, où l’individu apporte au collectif, et où le collectif est un tout qui apporte à chacun. Il faut donner vie à « l’intelligence collective ». Seul dans le NPA aujourd’hui des militants organisés défendent cela. Il faut renforcer cette dynamique. Je reviendrais là-dessus dans la dernière partie sur « l’alternative », mais il ne s’agit pas de dire que le NPA est la solution à lui seul. Cela serait lunaire, et porterait à rire. Mais nous devons absolument rassembler les anticapitalistes ouverts, disponibles aux réalités sociales, prêts à « ne pas rater le train » d’une aventure politique émancipatrice, à cause d’enjeux d’appareils.

Le cas spécifique du FN et notre politique

Il y a débats pour savoir ce qu’est le FN. Certains disent qu’il est fasciste, d’autres national-socialiste, ou encore national-chauvin, et même de droite-extrême. Pour ma part, ce parti est d’extrême-droite, il est fasciste. Je conseille pour celles et ceux que ça intéresse une excellente analyse de Ugo Palheta sur Contretemps (3) permettant de comprendre en quoi ce parti n’est pas comme les autres.

En effet, le FN ce n’est pas le PS. Même s’il a des liens avec la droite traditionnelle, le FN n’est pas tout à fait équivalent aux Républicains. C’est un parti à part, une option politique raciste qui peut permettre, à un moment ou un autre, si les puissances économiques du pays le jugent utiles, de ramener l’ordre, de sauver le capitalisme avec toute la barbarie que l’on connaît. Or, la bourgeoise française (puisque c’est son nom) ne souhaite pas de victoire du FN pour le moment. On l’a vu dans l’entre-deux tours. La faculté de mobilisation des médias et des puissants (jusqu’au MEDEF) a permis que 10% de personnes en plus se mobilisent et empêchent au FN d’avoir la moindre Région... On peut toutefois noter que le FN n’a pas perdu de voix et que le fait de ne pas gérer de Région peut lui donner un élan encore plus puissant. D’autant que cette mobilisation accentue l’effet « victimisation » sur lequel joue le FN depuis toujours. Autre point, la crise politique qui secoue tout l’échiquier politique peut donner au FN une chance de l’emporter. Bien que limité par l’appui des puissants (financièrement par exemple, le FN est obligé d’emprunter en Russie, voire les articles de Mediapart (4)), le FN fait déjà pression idéologiquement sur les autres forces politiques et son programme alimente aussi bien la droite que le PS au pouvoir. Il faut donc le combattre.

Mais comment lutter contre le FN ? Faut-il le faire dans l’urgence ou sur le long terme ? Faire barrage au FN lors du deuxième tour des élections ne l’alimente-t-il pas ? N’est-ce pas reculer pour mieux sauter ? Nous en venons alors à un problème épineux pour la gauche « radicale » : les fusions avec le PS.

EELV et le FDG, partout où ils ont pu le faire, ont fusionné avec le PS pour battre la droite et l’extrême-droite. Toutes les fusions ne sont pas les mêmes sur le fond. Fusionner pour battre le FN et fusionner sur des bases programmatiques ne relèvent pas de la même logique. Mais pour le commun des mortels, une fusion est une fusion. Et une fusion avec un parti de gouvernement qui mène la vie dure à la population et qui n’a de « socialiste » que le nom n’aide pas à faire passer un message clair d’opposition de gauche. Cela par ailleurs accentue l’effet « magouille » que représente « les politiques ». Cela alimente aussi le « tous pourris ». Je pense en effet que les fusions sont mortifères pour nous tous puisque le FN tire son épingle du jeu : il est le seul parti (audible) hors des « copinages » même lorsqu’il ne s’agit pas de « copinages ». C’est la dure loi de la politique, c’est celle des choix. Pas besoin d’être un anticapitaliste pour assumer le fait que le barrage dit « républicain » au FN alimente ce dernier. Edwy Plenel, de Mediapart toujours, l’explique aussi (5) avec ses mots dans un billet prenant pourtant largement en compte la nécessité de lutter contre l’extrême-droite, y compris dans l’urgence.

Les fusions politiques réalisées entre le PS et EELV, le PCF et le PG dans l’entre-deux tours des régionales sont de deux ordres jumeaux. La volonté d’avoir des places pour faire bouger les lignes de l’intérieur (EELV et PCF). Le soucis de faire perdre la droite (le PG et le PCF). Cécile Duflot n’a pas attendu longtemps pour demander à Hollande de revenir à « l’esprit de 2012 » (?) afin de créer une nouvelle alliance politique. Pierre Laurent (PCF), lui, n’est pas hostile à une candidature unique à gauche en 2017... Dans le même temps, Mélenchon est parti, seul, pour la présidentielle. Ce dernier, par sa mégalomanie est au moins aussi destructeur que ses camarades du PC et de EELV. Ses sorties récentes sur « l’indépendantisme français » ou sur la Corse (et hier sur les bretons, les tibétains et bien sûr les allemands), ont fini d’en faire, à mes yeux, un vulgaire social-chauvin, idiot utile de la République bourgeoise.

De son côté, Eric Coquerel, co-président du PG, a « trahi » la base militante du PG. En effet, en fusionnant avec le PS, Coquerel n’exécute pas le mandat que lui ont donné les militants de son parti. D’où, là encore, l’importance de la démocratie interne.

En ce qui concerne Ensemble !, ils ont eux aussi fusionné avec le PS. Mais le discours est différent. Il s’agit de fusions dites « techniques ». Bien que personne n’y comprenne rien, et que l’utilité de telles fusions reste à prouver, il est important de souligner la différence pour ne pas tomber dans la bêtise et insulter les militants de cette organisation (dont nous sommes proches) de « traîtres ». Mais il est toutefois important de souligner nos désaccords. Techniques ou non, ces fusions donnent un boulevard au FN. Et ce ne sont pas les appels à Trotsky qui régleront le problème. Certes, le Vieux disait à l’époque des années 30 en Allemagne que les communistes devaient s’allier à la social-démocratie pour faire barrage aux Nazis. Il avait raison. Puisque la social-démocratie de l’époque en Allemagne représentait, malgré toutes ses trahisons, un énorme parti ouvrier, totalement implanté dans la société, et porteur, malgré tout, d’un vague projet de changement révolutionnaire de la société. Au même titre que la SFIO en France, par exemple. Le PS aujourd’hui, comme la social-démocratie en Allemagne, ne sont pas des organisations « ouvrières ». Au contraire. Il s’agit de partis d’élus, de permanents, ne vivant que par les avantages du système. S’allier à ceux-ci peut être mortel. Et, même si une politique de front unique de toutes les forces progressistes est nécessaire pour lutter contre le FN, dans la rue, parfois dans les urnes, il n’en demeure pas moins vrai que c’est par l’émergence d’une alternative politique crédible à gauche que notre anti-fascisme pourra compter réellement. Une des choses qu’auront permis ces élections, c’est de clarifier la situation. On ne part pas de rien, « pas du début, mais du milieu » (Bensaïd aimait répéter cette phrase de Deleuze). Et des organisations ou alliances paralysées et paralysantes comme EELV et le FDG n’ont plus d’avenir, en l’état, pour cela.

L’alternative à construire

Je l’ai déjà dis plus haut, mais je le répète : le NPA n’est pas une alternative à lui seul. Nous n’en avons d’ailleurs pas l’ambition. Nous voulons rassembler les anticapitalistes qui souhaitent construire une alternative. Cette alternative ne se fera pas sans « le peuple », les gens d’en bas. C’est pourquoi il est nécessaire de construire une organisation qui soit l’expression des opprimés. Une organisation forte, implantée dans les quartiers, les réseaux écologistes, la jeunesse, les lieux de travail. Une organisation démocratique. Renforcer le NPA c’est renforcer l’idée d’une alternative anticapitaliste. Nous continuerons d’y défendre une conception unitaire, ouverte et concrète, idéologique aussi, pour qu’enfin dans la société les gens se sentent représentés.

Le NPA n’est donc pas « l’alternative ». Certes. Mais c’est le seul lieu où des militants organisés dans un cadre démocratique veulent tout reconstruire en s’inspirant prioritairement des expériences de lutte, en particulier des luttes écologistes et climatiques, créatrices de nouveaux leviers et de nouvelles pratiques, et affirmant de plus en plus l’idée d’antagonisme capital/nature menant à dire : éco-socialisme ou barbarie. Pas d’écologisme sans sortir du capitalisme.

Mais pour reconstruire du neuf, en plus de la participation et de la construction des luttes, il faut regrouper celles et ceux qui veulent en finir avec le capitalisme, ce système injuste, pollueur, qui nous empêche d’agir ; pour faire émerger une intelligence collective puissante qui influence le cours des choses.

C’est le moment de prendre nos affaires en main.

Organisons-nous, faisons régner le beau, le rêve et l’amour : le meilleur moyen d’envoyer le laid, l’horreur et la haine aux abîmes.

Alexandre Raguet.

(1) : Lien vers le texte Rousset/Sabado sur ESSF : http://www.europe-solidaire.org/spi...

(2) : Lien vers le texte de Laurent Ripart sur Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/laurent-...

(3) : Lien vers le texte de Ugo Palheta sur ContreTemps : http://www.contretemps.eu/intervent...

(4) : Lien vers les articles sur le financement du FN sur Mediapart : https://www.mediapart.fr/journal/fr...

(5) : Lien vers le billet d’Edwy Plenel de Mediapart sur le deuxième tour des régionales : https://www.mediapart.fr/journal/fr...


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