NPA 86

Poitiers : le faux problème des « casseurs ».

mardi 31 mai 2016 par redac-npa86

Une petite musique virevolte dans les rues poitevines depuis quelques temps. Elle passe des oreilles militantes jusqu’à celles de journalistes, en passant par celles des flics. Cette musique c’est celle des « éléments violents » qui se faufileraient dans les cortèges syndicaux.

Ayant pourtant l’air d’une légende urbaine – ils viennent de Rennes, de Nantes ! - l’idée se cristallise jusque dans la presse, à travers la voix du secrétaire départemental de FO, mais aussi, en partie, par celle de la direction de la CGT. Lire l’article de la Nouvelle République sur le sujet.

Cet article de presse pose un certain nombre de questions essentielles pour le mouvement ouvrier poitevin. En réalité, disons-le, il n’y a pas eu de violences à Poitiers depuis le début du mouvement contre la loi travail. Pas d’affrontements, pas de casses… Au-delà du fait de condamner ou de soutenir de tels actes, encore faut-il qu’ils existent…

Malgré ça, le débat a lieu. On parle du loup blanc. On regarde le doigt alors que l’on nous montre la lune… Cette dispersion n’apporte que divisions et perte de temps.

Revenons, toutefois, rapidement sur le sujet pour comprendre d’où il vient, et pour permettre d’en sortir au plus vite.

Le moment de crispation a été mis en avant lors du blocage – de moins de 2h - des voies ferrées à Poitiers le jeudi 19 mai par la manifestation unitaire. FO a alors refusé de suivre le cortège (pas de « casseurs », la majorité des manifestants sont allés sur les voies, CGT et Solidaires compris…) expliquant que la manifestation, depuis le mardi 17 mai, était noyautée par des éléments inconnus, aux visages masqués, sans doute violents…

En gros, FO avait peur que ça parte en conflit violent avec la police. Admettons qu’ils aient eu cette crainte. Mais cela ne s’est pas produit.

Fin de la polémique, donc, la lutte continue ! Pas tout à fait...

Aujourd’hui, on nous sert à nouveau la soupe : « Attention, des éléments violents trainent dans les manifs, ça va mal se terminer. ». Jusqu’à ce que cela arrive et que l’on nous explique, la main sur le coeur : « On vous l’avait dit ! ». On se demande bien pourquoi, alors, ces éléments violents ne sont pas allés au carton lorsque l’on était sur les voies ferrées ? C’était le moment ou jamais, non ? Bref…

Ce qui est bien dommage dans cette polémique, c’est qu’il n’y a plus de manifestations intersyndicales jusqu’à nouvel ordre. « Mieux vaut prévenir que guérir » écrit le journaliste. C’est tout de même grave alors que la mobilisation s’amplifie, se durcie et que le moment n’est certainement pas à lâcher prise. Surtout que, rappelons-le, les « craintes » des dirigeants syndicaux sont basées sur des suppositions : il n’y a pas eu de « violences ». D’ailleurs, les propos tenus par le secrétaire départemental de FO sont relativement flous. Soit il en dit trop, soit pas assez… Qui est cette troisième force syndicale qui a des liens avec « les inconnus » supposés « casseurs » ? On pense lire qu’il s’agit de Solidaires… dont les cortèges, sur les dernières manifs, sont bien plus fournis, jeunes et dynamiques que ceux de FO qui n’attirent pas grand monde.

Mais allons plus loin. Car tout ceci est bien plus grave. En fait, ce que l’on cherche à cacher, ce sont des dérives sectaires des directions syndicales, qui ne parviennent pas à se mettre d’accords sur un parcours de manif, qui ne supportent pas ne pas pouvoir tout contrôler du début à la fin du cortège, des slogans au trajet, jusqu’aux discours et aux médias.

Les syndicats, et en particulier la CGT, font un travail d’une importance cruciale dans les entreprises (l’auteur de ce texte est d’ailleurs membre de la CGT). La CGT, Solidaires, et les autres syndicats, ont un rôle évident à jouer dans la lutte que nous vivons. Personne - ou quelques individus marginaux - ne remet en cause « les syndicats ». En revanche, la division syndicale à l’oeuvre met tout le mouvement – qui dépasse les syndicats – dans une situation de blocage. Jeudi 26, par exemple, il y avait grève, mais pas de rendez-vous unitaire pour faire entendre nos revendications. Juste un appel de la CGT à un rassemblement… et un autre de Nuit debout à 18h. Cela n’est pas possible, car c’est totalement insuffisant si l’on veut gagner.

Enfin, le dernier point, et non des moindres, qui rend cet article de la NR incompréhensible, c’est qu’il fait le jeu du gouvernement. Il y aurait les bons manifestants d’un côté et les mauvais de l’autre. Il y aurait d’un côté les syndicalistes honnêtes et de l’autre les méchants casseurs. Pas un mot n’est dit contre les violences policières - elles bien réelles - alors qu’un photographe est actuellement entre la vie et la mort. Pas un mot n’est dit contre les arrestations arbitraires qui ont lieu pendant ou après les manifs, même à Poitiers, contre des jeunes qui ne font que manifester.

Il est grand temps de retrouver le sens des priorités. De se retrouver toutes et tous ensemble contre la loi travail, pour le retrait pur et simple de cette loi scélérate. Il est temps de faire preuve de solidarité entre nous contre les coups de celles et ceux d’en-haut, malgré nos différences. Il est temps d’aller vers un vrai front syndical, politique et citoyen, qui pourrait, par exemple, converger au sein des Nuits debout. La division n’apporte rien de bon. Nous voulons pouvoir, malgré nos chemins différents, frapper ensemble sur le même clou. Cela peut passer par un appel unitaire, la construction d’une inter-orga. C’est une urgence puisque c’est dans la rue que ça se passe, pas dans les « négociations  ». Alors retrouvons la rue, vite !

A.R.

(Ce texte n’engage que son auteur).


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 267982

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Nos publications  Suivre la vie du site Documents   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.1.9 + AHUNTSIC

Creative Commons License

Visiteurs connectés : 173