NPA 86

Les associations de Poitiers doivent-elles être à la botte de la mairie et de la préfecture ?

jeudi 18 novembre 2010 par redac-npa86



Communiqué du "Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux"

Ces jours derniers, la Ville de Poitiers est intervenue auprès du président d’une maison de quartier en lui faisant un chantage aux subventions. Elle lui a reproché non seulement ce qu’elle a appelé un « mélange des genres », à savoir d’être à la fois président d’une maison de quartier et « membre éminent » du Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, mais aussi que la salle municipale gérée pour la Ville par cette maison de quartier ait été réservée pour la tenue d’un Forum antirépression organisé par ce comité le week-end des 13 et 14 novembre. Pour la Ville, si le Forum antirépression avait lieu dans cette salle, la préfecture risquait de supprimer les subventions annuelles de l’Etat à la maison de quartier, soit 60 000 €. Pour finir, la municipalité a proposé que le forum se déroule plutôt dans les Salons de Blossac. Devant un tel chantage aux subventions et pour mettre la maison de quartier à l’abri, son président a démissionné.

Il aurait en effet été peu raisonnable de ne pas prendre au sérieux les menaces évoquées par la Ville, car le secrétaire général de la préfecture, Jean-Philippe Setbon, est coutumier du fait. Pour preuves :

  • il a coulé l’association Sanza en supprimant pendant plusieurs mois les subventions accordées pour sa médiatrice culturelle ;
  • il a carrément torpillé une autre maison de quartier de Poitiers, le Toit du monde. Celle-ci a été « contrainte de licencier six salariés et de réduire le temps de travail de cinq autres sur les dix-sept qu’elle compte », ainsi que de passer de cinq secteurs d’activité à trois1. Elle a « perdu plus de la moitié de ses crédits, soit environ 100 000 €, précise son président Hubert Dujardin. L’an prochain, on s’attend à n’avoir rien du tout2 » ; et ce parce que, selon Jean-Philippe Setbon, elle « offrait des prestations qui allaient bien au-delà des obligations légales et tout ça sur des crédits publics3 » ;
  • il a essayé l’année dernière de supprimer les subventions des maisons de quartier pour le Contrat local d’accompagnement à la scolarité car, à l’appel de trois fédérations, avait été organisée une conférence de presse pour dénoncer les pratiques de la préfecture4 ;
  • quand il était en poste en Seine-Saint-Denis, il a démoli l’association Africa parce qu’elle avait publié un bulletin dans lequel un article « présentait les Etats-Unis comme le “pire régime” qui soit » ; et qu’il avait été trouvé dans ses locaux, « à deux reprises, des “tracts et banderoles violemment antiaméricains” ou “hostiles à l’Etat d’Israël”5 ».

En ce qui concerne la censure exercée par la mairie, pourquoi ne pourrait-on être à la fois président d’une maison de quartier et membre d’un comité antirépression, et pourquoi un forum organisé par ce comité ne pourrait-il pas se tenir dans une salle prêtée par cette maison de quartier ? Le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux n’a pas de buts illégaux et il ne fait l’objet d’aucune interdiction. Le Forum antirépression de l’année dernière a été une réussite. De plus, on a déjà vu des élus faire partie de collectifs aussi mal considérés par la préfecture que le comité antirépression ; et avoir la carte du PS n’empêche pas d’être président de maison de quartier, ni même maire d’ailleurs… Le fond du problème ne serait-il pas, en vérité, que les menaces aux subventions de l’Etat évoquées plus haut sont réelles ?

Quoi qu’il en soit, comment la municipalité peut-elle oser faire à une association un chantage aux subventions ; et intervenir ainsi auprès d’elle alors que, de par l’existence même de son Conseil d’administration, elle est censée jouir d’une indépendance ? De quel droit la Ville se mêle-t-elle des convictions personnelles des présidents d’association, et de les « alerter » sur un supposé « mélange des genres » ? De quel droit, enfin, se permet-elle d’aller à l’encontre de décisions d’un Conseil d’administration qui avait accepté de prêter une salle au Comité antirépression et de la liberté de réunion en décidant qu’une manifestation doit se tenir ici plutôt que là ? N’est-ce pas parce que la municipalité considère que les associations sont à ses ordres ?

On ne peut que dénoncer également ici, une fois encore, le recours à des techniques qui visent, entre autres, à diviser et isoler du reste de la population des groupes et des militants pour pouvoir ensuite les réprimer dans une indifférence quasi générale6.

Enfin, en refusant que le Forum antirépression ait lieu dans la salle d’une maison de quartier très populaire, il s’agissait sans doute d’empêcher la rencontre de deux groupes hautement revendicatifs : la population des cités et les militants politiques. Autrement, on comprend mal pourquoi la municipalité aurait aussi gracieusement offert au comité antirépression de tenir son forum dans les Salons de Blossac.

1 http://www.poitiers.maville.com/act...

2 http://www.poitiers.maville.com/act...

3 http://www.france-terre-asile.org/t...

4 « La préfecture met les associations en colère », Centre-Presse, 23-10-09.

5 http://survivreausida.net/a6055-une... http://www.leparisien.fr/seine-sain... , http://olivier.hammam.free.fr/actua... , et http://olivier.hammam.free.fr/actua...

6 Cf. Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur, La Découverte, 2009.


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