NPA 86

Un demi-siècle plus tard, j’ai senti la main du « Maître de Forges » se refermer sur moi...

jeudi 16 décembre 2010 par un militant indigné

Installé par hasard sur Poitiers [1] depuis près d’une vingtaine d’années, je suis originaire du pays haut lorrain. Mon père travaillait dans une usine appelée à ma naissance « Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt » [2], qui devint un élément du groupe Sidélor (créé en 1950) qui d’ailleurs à été absorbé par Wendel en 1968 pour former Sacilor, époque, où en terminale, j’avais bien d’autres choses à faire qu’à m’occuper d’eux...

S’il est convenu de dire qu’Edouard LECLERC a créé le concept du supermarché à Landerneau en 1964, je me souviens que, dans mon enfance (des années 55 à 65), mes parents m’envoyaient faire des courses à la « copet » genre de boutique ou l’on trouvait quasiment de tout : du pain à la viande en passant par les conserves, les chaussures, les vêtements, les ustensiles de cuisine... Cette coopérative appartenait de fait au « Maître des Forges » et avait énormément d’avantages.

L’ouvrier y trouvait, en proximité, de nombreux produits à des prix compatibles avec ses (faibles) moyens et puis il y avait les timbres d’épargne qui permettaient en fin d’année d’entrevoir le "luxe". Il pouvait même y régler ses emplettes en anticipant sur le salaire du mois futur.

Pour le patron c’était une manière de « réguler » la « vie sociale » et de récupérer d’une main ce qu’il avait donné de l’autre. Même que, je vous jure, en période de grève la « copet » faisait crédit. Étonnant non [3] !

J’ai toujours eu idée que les supermarchés étaient une sorte de continuité, d’industrialisation du concept des « copets » de mon enfance. Le capitalisme productif glissant tout doucement vers un capitalisme dit de services ou la grande distribution optimise le « ce que je te donne d’une main », « je m’acharne à te le reprendre de l’autre ».

C’est aujourd’hui tellement, normal, entré dans les mœurs, qu’il est nécessaire de s’arrêter un temps, d’y réfléchir pour s’en rendre compte !

Sur Poitiers (comme partout ailleurs, je vous rassure !) on peut [4] passer le matin chez LEROY-MERLIN pour faire ses emplettes de bricolage et matériaux divers, pendant ce temps, faire entretenir sa voiture chez NOROTAU, voir chez Saint Maclou pour la déco, s’arrêter chez KILOUTOU pour louer le matériel permettant d’installer tout ça, au passage faire un tour chez DECATHLON afin d’acheter les superbes pompes de sport dont nous rêvons, pousser son caddie chez AUCHAN pour y faire les courses de la semaine, prendre son repas en vitesse chez FLUNCH et terminer la journée chez SATURN pour sélectionner l’écran plat que l’on s’offrira pour Noël.

Et là on se dit : « ouf , quel boulot, quelle journée ! »...

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Un magasin SATURN en espagne (photo wikipédia)

Heureusement ! Heureusement me dis-je que SATURN ne fait pas partie de l’« Association Familiale MULLIEZ », je l’ai échappé belle : pour un peu je ressentais à nouveau la main du « Maître de Forges » se refermer sur moi et sur ma famille... Mais rassurez-vous, SATURN est entré (va entrer ?) dans la pléiade des entreprises, enseignes et marques gérées par MULLIEZ.

La « Famille MULLIEZ » ce sont :
17 Milliards d’€ d’actifs en 2006.
11 Milliards d’€ d’actifs en 2003.
50,54 Milliards de Francs Français d’actifs en 2000.
Imaginez pour 2010 (désolé, je n’ai pas trouvé de chiffres plus récents !).

D’après http://fr.transnationale.org/ et wikipédia , (sans garantie de ma part avec certainement des erreurs, des doublons mais aussi des oublis) la « Famille MULLIEZ » a ses mains dans toutes ces affaires, dans toutes ces enseignes...

Acima, Alcampo, Alinea, Amarine, ATAC, Au marché vrac, Auchan, auchandirect.fr, Banque Accord, Casa Café, Chamfrais, Choc Drop, Citta, Mercato, Cityper, Flunch, Génium, Grandos, Grosbill.com, Immochan, In Extenso, International Supermarket ,StoresJardine, JumboKiabi, Mammouth, Oney Banque, Oney.fr, Orsay, Otexo ,Pic Pain, Pimkie, Pizza Pai, Rik & Rok, RobertSabeco, Simply Market, St Erlin, Supermercados, ExpressoTAO, Tape à l’oeil, Team, Vendôme, Vibelle, Xanaka, Phildar, Alcampo, Colmark, Elea, La Rinascente, RT Mart, Expresso, Les halles d’Auchan, Saint Maclou, Cosily, Allied Carpets, Home Market, Essers, Teppichfreund, Norauto, Maxauto, Midas, Brice, Agapes Restauration, Les 3 Brasseurs, So Good, Salad & Co, Boulanger, WebDistrib, SMS Distribution, Electro Dépôt, lokeo, Oxylane (Decathlon), Kiabi, Top Office, Cultura, Milonga Youg’s, Surcouf, La vignery, Pickwick, Kiloutou …


ATTENTION pour ceux qui le peuvent encore, défendez-vous,
faites vos courses de Noël en faisant attention à bien faire jouer la concurrence...





Pourquoi je vous dis tout ça ? En fait, c’est très simple. Notre vieille machine à laver avait quinze années quand elle a rendu l’âme. Nous nous sommes rendus (entre-autres) chez BOULANGER pour en acheter une autre (jusque là rien d’anormal – enfin j’espère -). Quelle ne fut pas ma surprise quand le livreur du dit « BOULANGER », en plus de la machine attendue, m’a offert un petit paquet de chocolats.

Je me suis dit que ça ferait certainement plaisir à ma nièce qui, vraisemblablement [5]dans le cadre de l’opération de rachat de SATURN par « MULLIEZ and c° » vient de se faire licencier avec toute l’équipe DRH de chez « BOULANGER » [6]...

Je me suis dit que ces chocolats étant de marque « Roland Réauté », comme un magasin vient de s’installer à Poitiers : c’était pour « BOULANGER, SATURN, et compagnie » une bonne manière de faire de la pub, pour un frère, un cousin, un copain, un coopté... J’ai cherché mais je n’ai encore rien trouvé sur « Roland Réauté » et sur ses liens suspectés [7] avec nos capitalistes familiaux macrophages. Par contre ça m’a permis de faire le point sur tout le reste et de vous en faire part.

Et ils ont le courage de nous dire qu’il n’y a pas d’argent
pour payer nos retraites !

Et ils ont notre Sécu dans le collimateur…

INDIGNEZ-VOUS !

P.S. : Comme quoi offrir 4 chocolats (d’ailleurs sans commune mesure avec le goût de ceux de Rannou-Métivier, entreprise locale s’il en est) à la livraison d’une machine à laver peut avoir des conséquences inimaginables...

[1] Vous verrez, par la suite que ce fameux hasard a un lien avec la décadence de la sidérurgie lorraine.

[2] Rassurez vous, je ne vous ferai pas un historique complet, ce serait fastidieux, globalement sans intérêt et de toute manière tout ça, c’est mort...

[3] Comme aurait dit Pierre DESPROGES.

[4] A condition d’en avoir les moyens, bien sur.

[5] Je n’aurai de certitude sur ce sujet qu’à Noël, d’où le « certainement ».

[6] « Vivons la Happy-Technologie », c’est parait-il leur slogan.

[7] Suis-je suspicieux !


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