NPA 86

Expulsion d’Israel d’une poitevine : Récit !

jeudi 11 août 2011 par redac-npa86

Voici le récit de Sylvette Rougier, présidente du « Comité poitevin France Palestine », qui vient d’être expulsée d’Israel le 5 août. Nous la remercions de nous autoriser à publier ce récit.









Ça n’arrive pas qu’aux autres !
Récit d’une expulsion.

Tout avait pourtant bien commencé ce vendredi 5 août. A 7 h 15 un ami nous déposait à la gare de Poitiers d’où nous avons pris le train qui nous emmena à Toulouse Matabiau à 11 h 48 comme prévu. Le frère d’Alex et son fils nous ont rejoint 5 minutes plus tard auxquels s’est rajoutée notre nièce et nous sommes allés manger tous les 5 puis faire un faire un tour dans Toulouse avant de rejoindre l’aéroport de Blagnac. Un dernier verre ensemble (il faisait très chaud !) et nous disons adieu aux Toulousains.

L’aéroport de Blagnac n’a rien à voir avec la folle agitation de Roissy et c’est dans le calme que nous embarquons pour Francfort, sans mesure de sécurité particulière, à 18 h 45. Deux heures d’attente à Francfort (aéroport monstrueux) et là encore nous embarquons pour Tel-Aviv sans fouille ni interrogatoire.

 Contrôle à l’aéroport de Tel-Aviv

4 h 30 plus tard (soit à 3 h 30 heure locale), nous voilà à Tel-Aviv. Là encore, tout se passe bien et nous sommes dans les premiers à rejoindre les postes de douanes.

Quand un guichet se libère, nous nous présentons tous les deux comme nous le faisons à chaque fois. Le policier contrôle d’abord Alex. Interrogatoire léger : but du voyage, durée, nom de l’hôtel. Et lui rend son passeport avec le visa de 3 mois.

Quand mon tour arrive, c’est là que cela se gâte. Après un examen assez long de mon passeport, le policier me fait répéter mon nom. Me demande celui de mon père. Çà va, je m’en souviens. Celui de mon grand-père. Trou noir ! Impossible de me souvenir de ce fichu prénom ! Il faut dire que je ne l’ai jamais connu. Voilà qui doit être une grande menace pour Israël car le policier appelle une collègue pour m’emmener à l’écart. Bien que muni du précieux sésame, Alex décide de rester avec moi. Nous voulons croire à une vérification de routine ...

Sans explication et bien sûr sans me redonner mon passeport, on nous fait asseoir dans une salle d’attente où la télé diffuse du sport en continu, et où se trouvent déjà deux autres personnes et où nous rejoindra une dizaine d’autres au rythme des rétentions/admissions.

Commence alors un ballet d’interrogatoires qui débutent tous par "Welcome in Israel !" (Bienvenue en Israël), entrecoupés de longues pauses d’attente. J’ai du mal à croire que l’oubli du prénom de mon grand-père soit la cause de tout ceci ! D’ailleurs je ne vais pas tarder à être fixée.

But de votre voyage ? Tourisme. Hôtel ? New Imperial. Puis-je voir votre réservation ? Je n’en ai pas. Pas de réservation ? Non car je vais d’abord chez une amie qui nous a invités au baptême de ses deux filles. Où ? A Bethleem. En West Bank (Cisjordanie) ? Oui. Son nom ? Juliet. Comment l’avez-vous connue ? Par un étudiant de Poitiers. Quel est le nom de cet étudiant ? Pas fière d’avoir donné celui de Juliet je réponds que je n’en sais rien.

Pendant qu’elle consigne toutes mes réponses sur son ordinateur, je lui demande quel est le problème avec moi.

Elle me répond qu’il ne s’agit que d’une vérification de routine. Puis à brûle pourpoint me demande : Connaissez-vous Ayessem ? Je fais répéter. Ayessem ? Non. Sûre ? Oui. Elle me l’écrit : I.S.M. ? J’en ai entendu parler.

Comment ? Par un documentaire à la télé. Vous êtes membre d’ISM ? Non. Sûre ? Oui ? Vous avez manifesté en Israël ? Non. Vous mentez. Non.

Mené par une jeune femme à l’allure sévère, l’interrogatoire aura duré près d’une demi-heure. Après quoi on me renvoie en salle d’attente. Le moral commence à en prendre un coup car je sens que c’est mal engagé.

 Un nouvel interrogatoire

Deux bonnes heures plus tard, pendant lesquels nos compagnons d’infortune auront obtenu leur visa et d’autres nous aurons rejoints, changement de décor et d’interlocuteurs. Je suis convoquée devant deux responsables de la police des frontières dans un autre bureau. Et c’est reparti pour un tour. On me repose les mêmes questions auxquelles je fais les mêmes réponses avec d’autant plus de facilité que je n’ai rien raconté de faux. Je n’ai pas l’impression de me contredire. Poussant l’interrogatoire sur l’amie qui m’a invitée, il me demande "Est-ce Juliet ?" et tourne vers moi l’écran de son ordinateur. Une fiche écrite en hébreu avec le portrait de Juliet y est affichée !

Et la sentence tombe : "vous avez menti. Je ne vous autorise pas à entrer en Israël cette fois. La prochaine fois que vous voudrez venir, il faudra faire la demande d’un visa spécial à l’ambassade d’Israël à Paris."

Je lui demande de me prouver que j’ai menti. Il me rétorque qu’il n’a pas à se justifier, que j’ai menti puisqu’il le dit et que l’entrée m’est refusée. Point final. Et les deux hommes me font sortir sans me rendre mon passeport.

Je donne la réponse à Alex qui s’énerve aussitôt et demande à être expulsé lui aussi. Le ton jusqu’alors froid mais courtois monte alors entre le fonctionnaire israélien et lui. Il lui demande de signer un papier comme quoi il demande à être expulsé. Je lui dis de refuser afin qu’il n’ait pas à payer son billet de retour. Le ton monte de plus en plus. Finalement, le fonctionnaire lui demande son passeport, raye le visa d’entrée et ajoute un tampon "annulé".

 Une longue attente puis une fouille

On nous reconduit en salle d’attente où les occupants ont encore changé. A partir de ce moment, le ton sera beaucoup plus véhément entre les agents et nous : on nous surveille étroitement, impossible de quitter la salle sans être accompagné, y compris pour aller aux toilettes. On menace l’un après l’autre d’uriner sur place s’ils ne nous laissent pas y aller. Petite vengeance dérisoire au regard du préjudice que nous venons de subir mais nous n’avons pas beaucoup de moyens de montrer notre mépris !

Je téléphone au Consul de Jérusalem qui me donne un numéro "d’urgence" à Tel Aviv. Je l’appelle aussitôt pour me rendre compte qu’en fait il n’a guère de possibilité d’intervention : "vous n’êtes pas les seuls dans ce cas", "c’est shabbat", "je vais essayer de les joindre", "je vous tiens au courant".

Après une nouvelle attente, deux agents viennent nous chercher et nous emmènent à l’autre bout de l’aéroport pour récupérer nos bagages. Puis on nous emmène dans une salle fermée à clé derrière nous où commence une fouille minutieuse. Pas moins de dix personnes seront mobilisées pendant une bonne heure. Toutes nos affaires sont sorties et passées minutieusement à un détecteur (de substances biologiques ?). Nous subissons une fouille corporelle appuyée (mais en conservant néanmoins nos vêtements). La découverte du guide "Palestine et Palestiniens" provoquera une moue de la part des agents, sans autre commentaire.

A la suite de quoi, nous regagnons la salle d’attente précédente qui a encore changé, pour partie, d’occupants. A noter que tous ceux que nous aurons croisés cette nuit-là finiront par obtenir le droit d’entrée. Et nous restons alors un long moment seuls "en transit" dans un aéroport quasi désertique.

Finalement, vers 8 ou 9 heures, trois nouveaux gardiens étiquetés "immigration" sur leur gilet de sécurité viennent nous chercher pour nous conduire en centre de rétention à une dizaine de minutes en minibus.

A ma question, jusqu’à quand allons-nous rester là ?, l’un d’eux me répond, après avoir consulté une liasse de papiers dans laquelle je reconnais nos passeports et ce qui me semble être des billets d’avion électroniques : 16 h 30. Dehors, la chaleur est suffocante malgré l’air. Un peu abrutis par la nuit sans sommeil et l’accueil tout sauf chaleureux, nous nous laissons conduire. Pour ma part, des images de centres de rétention bondés et sales me viennent à l’esprit et je ne peux m’empêcher de penser à ce que vivent les sans-papier chez nous.

 Arrivée au centre de rétention

Arrivés au centre, on nous fait déposer nos affaires dans une salle réservée à cet usage, ne nous laissant prendre avec nous que médicaments, argent et un livre. Pas de crayon, ni de téléphone, ni de vêtement. Mais on nous permet d’appeler le Consul à partir du poste du centre. Ce que nous faisons en pure perte : celui-ci, bien que charmant, n’a visiblement pas la possibilité d’empêcher notre expulsion ni même de faire entendre nos arguments auprès des autorités israéliennes et fait preuve d’un certain fatalisme.

Nouvelle attente de courte durée pendant laquelle on nous donne un sandwich et un verre de thé (il est environ 11 heures). Puis nous sommes emmenés dans une cellule séparément. Alex avec les hommes. Moi avec les femmes. Cellule 108. A ma surprise, je trouve une salle assez grande occupée par deux fois cinq lits superposés et un lavabo où trônent des savons et des tubes de dentifrice. Huit femmes sont déjà là qui m’accueillent assez gentiment. Malgré le soleil qui entre à flot, il fait plutôt bon : la cellule est climatisée ! Un WC et une douche séparés complètent l’équipement. C’est une vraie cellule de prison. La porte n’a pas de poignée à l’intérieur. Elle est munie d’un hublot carré de 30 ou 40 cm de côté permettant aussi bien de surveiller l’intérieur de la cellule que de voir, à l’extérieur, le couloir où donnent d’autres cellules.

Je m’assoie sur la seule chaise pour finir mon sandwich et boire mon thé. Les femmes parlent russe entre elles.

 Les autres détenues

Les présentations faites, j’apprendrai qu’il y a une Russe, Dania ou Tania, venue voir un ami israélien, six Moldaves et une Roumaine, venues pour travailler. Je n’ai pas compris pourquoi elles sont expulsées. Seule la Russe parlait un peu français. Aucune ne parlait l’anglais. Fichu barrage de la langue qui empêche de se comprendre ! La Russe est là depuis trois jours, les autres depuis six. Je me dis que j’ai de la chance de partir le jour même, je n’aurai pas à coucher là !

Sur les montants des lits, des inscriptions que l’on dirait écrites avec la pâte dentifrice : "Free Palestine" (Palestine libre), "Israel, you are the shame of the Jewish people" (Israël tu es la honte du peuple juif) et une date XX/07/2011. Je ne me souviens plus du jour mais je fais la réflexion que des voyageurs de l’opération "Bienvenue en Palestine" ont du séjourner là avant moi.

Au bout d’une heure ou deux, une femme de ménage, parlant russe également, est venue nettoyer la cellule à grand renfort d’eau de javel. C’était amusant de nous voir toutes assises sur les lits et moi toujours sur la chaise, levant les pieds pour qu’elle puisse passer la serpillière ! Pas fignolé le ménage, mais néanmoins la cellule n’est pas crasseuse comme souvent dans ces endroits de misère. Me voyant m’endormir sur ma chaise, les filles me proposent de m’allonger sur un lit. Les draps, verts, sont propres et je tombe aussitôt dans un profond sommeil d’environ 2 heures. Peu après mon réveil, on nous distribue des plateaux repas (poulet, riz, haricots verts) et de l’eau fraîche.

Vers 13 h 30, les gardiens viennent chercher Dania, c’est l’heure de son avion pour le retour ! Elle nous dit au revoir d’un large sourire et la porte de la cellule se referme derrière elle. Silence. Encore 3 heures d’attente pour moi, et 5 heures pour les autres filles ... Nous sommeillons à nouveau sur nos lits. A quoi pensent-elles ? Moi je suis trop crevée et triste pour penser à autre chose que comment prévenir Juliet que je ne serai pas là demain.

 "Promenade" dans la cour du centre de rétention

La porte de la cellule s’ouvre à nouveau. Deux gardiennes viennent nous chercher pour la promenade. 1⁄4 d’heure de promenade dans une cours grillagée dont le grillage est recouvert de bâches en plastique bleu. On devine les collines de Tel-Aviv à travers les rares espaces entre les bâches. Il fait très chaud dans cette cour. Filles et gardiens s’assoient à l’ombre sur des bancs ou des chaises et fument cigarette sur cigarette.

Moi je fais les 100 pas dans la cour pour me défouler. Le soleil me brûle la peau. Je rêve à Jérusalem, à Juliet, à tous les amis, et à tous ces inconnus que je devais rencontrer et que je ne verrai pas cette fois. Saloperie d’Israéliens. Vingt pas dans un sens, quarante dans l’autre. Je suis en prison et je fais ma promenade ! Le flamboyant rachitique. Les sacs de poubelle et de draps côte à côte sous l’escalier. La maison de poupée en plastique (il y a des enfants dans le centre, j’entends des pleurs), à moitié cassée. Les filles qui me font signe de venir m’asseoir. Je refuse et continue ma marche pour me calmer. Comment résiste-t-on des jours, des semaines, des mois, des années, dans ces conditions ???

Le 1⁄4 d’heure écoulé, nous regagnons notre cellule presque avec plaisir tant la chaleur dehors est écrasante. Il est maintenant environ 15 h. Encore 1 h 30 à attendre. Les minutes sont longues. Les filles les meublent en se racontant des histoires ou en mimant des personnages, ce qui les fait rire. C’est du moins ce que leurs mimiques me laissent comprendre. Nous échangeons les quelques mots de russe et de français que nous connaissons mais la conversation est vite limitée. Nouveau silence d’ennui.

Je regarde ma montre : 15 h 30. "Ils" ne devraient plus tarder. L’impatience monte en moi. Je me force à rester assise. 16 h. Toujours personne en vue. Et si je m’étais trompée ? Si c’était 18 h 30 ou pire, demain ... Une bouffée d’angoisse me saisit à l’idée de longues heures à passer entre ces quatre murs. Je me raisonne : ne pas laisser la panique m’envahir. Je prends une grande inspiration pour retrouver le calme. Finalement bruit dans le couloir. Je lève les yeux vers la lucarne de la porte.

Cliquetis de la clé dans la serrure. La porte de la cellule s’ouvre. On me fait signe de venir. Je bondis de ma chaise.

  Sortie du centre de rétention

Je dis au revoir à mes codétenues et leur souhaite bonne chance, et me voilà dans le couloir. Les gardiens se dirigent vers la cellule où Alex est enfermé et le voilà à son tour dans le couloir. "Çà va ?" "Ca va." C’est tout ce que nous nous dirons sur le moment. On nous emmène récupérer nos bagages. Puis transfert dans le même minibus sur le tarmac de l’aéroport, où on nous dépose directement au pied de la passerelle d’embarquement. Le gardien remet nos passeports à un steward qui nous les tend. Nos places sont au dernier rang de l’énorme Boeing 747 (sans doute pour éviter de contaminer les autres passagers !). Je ne sais pas si le personnel est au courant de notre expulsion mais il n’en laisse rien paraître.

17 heures, l’avion décolle. Nous serons restés 14 heures sur le sol "israélien" sans n’avoir rien vu d’autre que l’aéroport et son centre de rétention, et à peine les collines environnantes noyées dans la brume de chaleur.

Ironie du sort, je lis "Qumran" d’Eliette Abécassis et le passage où j’arrive décrit le retour du héros à Jérusalem, sa pierre dorée, ses murailles, la coupole du Dôme du Roc. Mon cœur se serre à l’idée de ses merveilles qui me sont refusées. Israël pense-t-il améliorer de cette façon son image à l’extérieur ???

Le transit à Francfort se fait sans problème : pas de "comité d’accueil", pas de policiers suspicieux à notre égard.

Nous embarquons pour Toulouse où nous atterrissons à 23 h 45. Epuisés et un peu hébétés, nous sommes accueillis par le frère et le neveu d’Alex que nous avions appelés lors de l’escale à Francfort, et nous terminons la nuit chez eux. Après une douche réparatrice, nous nous écroulons dans le lit, non sans nous être promis de ne pas en rester là et de nous renseigner pour porter plainte.

Ainsi s’achève notre périple Toulouse - Tel-Aviv, aller retour en 48 heures.

 Plusieurs remarques pour ne pas finir

Au-delà de ce récit purement descriptif, plusieurs remarques sont à faire :

  • Le motif de mon interdiction d’entrée ne m’a pas été communiqué de façon officielle. A ce jour je ne peux que supputer les causes de cette grave entorse à la liberté de circulation. Mes documents sont en règle. Il n’existe aucune interdiction formelle d’entrée en Israël. Le fait que j’aurais menti (sur qui ? sur quoi ? Rien ne m’a été notifié de façon verbale ou écrite. "Nous n’avons rien à vous communiquer" a déclaré l’agent du ministère de l’intérieur), ne peut être retenu puisque c’est bien avant mon interrogatoire que j’étais déjà suspecte.
  • Pourquoi m’a-t-on refusé l’entrée et pas à Alex ? Nous faisons partie du même Comité et avons en gros les mêmes activités.
  • Le policier dans sa cabine a-t-il repéré mon nom sur une éventuelle liste ? Établie par qui ?
  • L’oubli du prénom de mon grand-père a-t-il été interprété comme voulant masquer un prénom à consonance arabe ? Le pauvre s’appelait Charles, ça m’est revenu plus tard.
  • Ma participation de quelques jours aux activités d’ISM en novembre 2009 a-t-elle été repérée par Israël ? Ce qui signifierait qu’ISM, dont les témoignages sur place sont remarquables et essentiels, est particulièrement surveillé par les Israéliens ou des indics ? C’est en effet la seule chose qui me différencie d’Alex et qui a été mise en avant dans mon interrogatoire.
  • L’obligation qui m’a été notifiée verbalement de faire une demande préalable à l’ambassade d’Israël pour un prochain voyage permettra-t-elle de lever toutes ces incertitudes et interrogations ? L’interdiction assortie d’un refus motivé permettra-t-elle d’y voir plus clair ?

Et pendant ce temps, l’occupation illégale continue : des centaines de logements supplémentaires vont être construits dans les colonies autour de Jérusalem ...

Sylvette

Poitiers le 11 août 2011.


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