NPA 86

De la volonté d’interdiction du recours à la psychanalyse dans le système de santé

dimanche 4 mars 2012 par Un militant intéressé







 Interdire la psychanalyse dans le système de santé comme à l’université...

Dans quelques semaines des élections législatives auront lieu, à la suite des élections présidentielles. Un député UMP, Daniel Fasquelle, est pressé de légiférer. Pour lui, l’enjeu est que la représentation nationale interdise la psychanalyse dans le système de santé comme à l’université.

Chacun peut consulter le blog de cet honorable parlementaire pour vérifier cette assertion. Le 20 janvier 2012, il a déposé un projet de loi exigeant que « les pratiques psychanalytiques, sous toutes leurs formes » soient « abandonnées dans l’accompagnement des personnes autistes ». Partout, dans le service public de psychiatrie, dans le secteur associatif, toute référence à la psychanalyse (« sous toutes ses formes ») devrait être exclue sur injonction de l’État. Fort de cette logique, autoritaire s’il en est, le susnommé Fasquelle a écrit aux Présidents d’université pour leur demander de « tourner le dos définitivement à l’approche psychanalytique dans l’enseignement et dans la recherche ».

 Éradiquer la psychanalyse est la mission que s’est assignée ce député...

Éradiquer la psychanalyse est la mission que s’est assignée ce député. Et la Haute autorité de santé, institution publique et censée être consensuelle, para-étatique, s’apprête à aller dans cette funeste direction, dans sa prochaine annonce au public du 6 mars prochain, comme Libération nous en a informés le 13 février.

Éliminer la psychanalyse au profit d’approches éducatives et comportementalistes est le but affiché. Exclure la psychanalyse revient ici à exiger que la psychiatrie infanto-juvénile, les équipes du secteur public et des institutions associatives soient réorganisées totalement, tout financement public étant refusé à qui se réclame de la psychanalyse sous l’une ou l’autre de ses formes. Or, à lire les soutiens de ce député, cette influence de la psychanalyse serait constatée partout (ce qui est fort contestable). Des associations de parents autistes ont fait de ce combat contre la psychanalyse leur signe de ralliement depuis des années. Ces associations ont réussi à ce que le Premier Ministre Fillon déclare l’autisme « grande cause nationale 2012 ». Un groupe parlementaire sur l’autisme a été créé ; son président est le député Fasquelle dont nous venons de parler.

Les écoles de psychanalystes ont rejeté ce projet de loi, bien sûr. Il en fut de même de la députée UMP et pédiatre Edwige Antier ou encore du PCF. L’association « Pas de 0 de conduite » [1] a protesté contre une plainte de ce même lobby de « parents d’autistes » contre deux professeurs de psychiatrie infanto-juvénile accusées d’utiliser des méthodes de « tortionnaires » issues de la psychanalyse (le packing) avec les enfants autistes.

 D’une volonté d’interdire la psychanalyse dans le champ public à une attaque idéologique...

Cette volonté d’interdire la psychanalyse dans le champ public est avérée et vérifiable. L’analyse politique de cette guerre totale livrée à la psychanalyse que je propose est plus hypothétique. Il s’agit, selon moi, d’une offensive idéologique, celle portant une conception du monde et de l’être humain selon les néolibéraux. Une conception qui se veut ennemie des lecteurs de « La princesse de Clèves », comme des « élites » comme on l’entend à nouveau, élites signifiant ici exclusivement élites intellectuelles, tant l’amour sincère des gouvernants pour les élites économiques n’est plus à prouver. Le candidat Sarkozy avait affirmé, il y a 5 ans, dans le magazine « Philosophie », face à Onfray (encore convenable en cette époque antique), que les maladies mentales étaient innées. Il le savait, sans le démontrer (et nul ne peut le démontrer). Cette affirmation ahurissante a eu quelque prolongement : il plaça la psychiatrie dans son dispositif sécuritaire.

Exclure les « malades mentaux » , les Roms, les immigrés sans papiers (mais non sans enfant né en France), procède d’une même logique d’exclusion assumée et affirmée. Définir arbitrairement et continûment des êtres humains à exclure, stigmatisés comme dangereux, est une politique à l’œuvre à nouveau, nécessaire pour tenter de créer un ersatz de consensus social par temps mauvais.

L’être humain est selon la doxa du néolibéralisme un être conscient de tous ses déterminants et calculateur à tous les moments de sa vie, en fonction des ses intérêts à court terme et de nul autre paramètre. Cette conception chère à Sarkozy comme elle le fut à madame Thatcher ou à Reagan et Blair, est incompatible avec celle, portée par la psychanalyse, par les psychanalyses, et pas seulement, où l’homme, être parlant, peut-être soigné par la seule parole incarnée.

A l’être de raison toute calculatrice et évaluatrice, s’oppose l’ être parlant qui , au bout du compte, au bout de tous les comptes et décomptes possibles, gardera une part obscure et inanalysable (le refoulement primaire de Freud), qui est sa singularité irréductible.

Aussi défendre le droit d’expression de la psychanalyse est, aujourd’hui et maintenant, une urgente nécessité. C’est une liberté, certes pas la seule, qui est actuellement et très violemment attaquée.

Une pétition est en ligne pour défendre la psychanalyse

Bibliographie  :
Les articles du site « Lacan Quotidien », ceux d’ Éric Laurent, Jean-Claude Maleval, François Ansermet, Laurent Ottavi, et d’autres.
Les articles d’Eric Favereau dans Libération du 13 février,
celui de Catherine Vincent dans « Le Monde » du 16 février,
Le site du « collectif des 39 contre la nuit sécuritaire ».
Celui de « pasde0de conduite ».
Le site de l’Inserm, de la Haute autorité de santé.
Le blog du député Daniel Fasquelle et celui d’Autisme france.
Les articles de l’édition « contes de la folie ordinaire » de Mediapart avec les textes : « L’autisme, grande cause nationale ? » d’Yves Gigou,
« La psychanalyse en ligne de mire » de Paul Machto.
Ce texte est originalement paru sur : http://www.100jours2012.org/

[1] « Pas de 0 de conduite » est l’association, fédérant de nombreux professionnels de la petite enfance, qui a mis en échec la volonté de ficher dès l’âge de 3 ans les enfants pour y détecter les futurs délinquants selon les vœux du gouvernement et du principal syndicat de commissaires de police. Face à cette volonté de faire taire la psychanalyse, plusieurs initiatives ont été prises.


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