NPA 86

2ème Congrès du NPA : Quel parti et quelle stratégie ?

jeudi 20 décembre 2012 par redac-npa86

Ce texte publique a pour vocation à enrichir le débat au sein comme à l’extérieure du NPA. La première partie sur le bilan du « Nouveau parti » est un constat amer, non une jouissive critique. Pour être tout à fait transparent, je précise que je soutiens, mais de manière critique, la plateforme X soumise au vote du Congrès par la direction sortante et d’autres camarades ralliés depuis.

Du nouveau parti ou parti nouveau.

C’était l’idée de création du NPA, construire un nouveau parti. Pas un nouveau parti au sens d’un parti de plus à gauche, mais un nouveau parti pour expérimenter, pour servir de mutuel à tous les nouveaux et anciens courants anticapitalistes. Un nouveau parti aussi pour être capable de voir le militantisme autrement. Un nouveau parti capable d’accueillir des militants à temps plein et d’autres de manière plus ponctuelle. Un nouveau parti qui soit le reflet de la société que nous souhaitons, qui développe des comportements et une pensée antisexistes, qui permette de sortir des stigmates puissants de la société patriarcale. Mais encore ! Notre projet allait bien plus loin, et c’est toujours le cas pour moi d’ailleurs. Nous souhaitions que le nouveau parti s’implante dans les quartiers populaires, qu’il soit la référence politique de la jeunesse, qu’il soit le fer de lance de toutes les luttes (LGBTI, antifascistes, écologistes, féministes…). En fait, nous souhaitions donner un nouveau parti muni d’un nouveau programme, à la nouvelle période qui s’est ouverte après la chute de l’URSS et des partis communistes traditionnels.

Le NPA n’est aujourd’hui pas le parti que nous souhaitions construire. Nous sommes partiellement parvenus à rassembler différents groupes à la création en 2009, mais les départs de plusieurs centaines de camarades au Front de Gauche - ou dans la nature - qui se sont manifestés depuis, mettent à mal le bilan que l’on peut tirer de nos bientôt quatre années d’existence. Nous sommes enfermés dans un fonctionnement ne nous permettant pas de sortir de la crise paralysante qui nous mange au plus profond de nous-mêmes. Le Nouveau parti n’existe pas, c’est un parti anticapitaliste basique que nous avons construit pour l’instant. Basique… le mot est fort, et sans doute mal approprié, mais il témoigne d’un mal-être certain. Nous ne sommes pas comme les autres et en même temps, nous ne sommes pas vraiment nous-mêmes ! La base politique commune qui devrait consolider notre parti s’effrite encore et toujours, sans doute plus même depuis le départ des camarades de la GA. La confiance n’existe pas dans l’organisation, il n’y fait pas bon vivre entre les différentes plates-formes. Allons plus loin même, sans vouloir jouer au populiste, une fracture existe entre la direction et les militants, entre les anciens de la LCR et les autres. Cela résulte de plusieurs choses, mais la principale est sans doute que nous mélangeons le parti, son rôle, ses bases politiques, son fonctionnement, avec la stratégie qu’il faut mettre en œuvre pour parvenir à réaliser ce qui nous fédère tous au NPA : le renversement du capitalisme.

Un peu de dialectique, du pragmatisme aussi. Voilà sans doute ce qui manque à notre organisation. Sauf qu’aujourd’hui, même si le projet est toujours viable, les militants du NPA ne défendent plus vraiment le parti que nous voulions construire jadis. Poussés dans les retranchements de leurs positionnements politiques bornés, beaucoup de camarades en sont à créer, chaque jour, de nouveaux désaccords qui sont certainement réels mais pas très intéressants dans le projet que nous souhaitons voir aboutir, comme sur la question du marxisme et de l’anarchisme. Mais le plus grave, c’est que certains d’entre nous, par souci de clivages entre plateformes, s’évertuent à défendre des positions différentes que celles qui faisaient consensus auparavant. Alors que nous devrions être à l’avant-garde de la lutte écologique, les directions des courants les plus sectaires de notre organisation y voient une lutte secondaire et préfèrent défendre bec et ongle l’emploi dans l’industrie automobile sans réellement expliquer qu’il faut garantir l’emploi tout en ayant une approche critique de la production d’automobiles afin de permettre un changement des consciences et de faire comprendre, comme sur la question du nucléaire, qu’il ne s’agit pas de défendre les emplois en tant que tel, mais les emplois utiles à la société.

Je donne cet exemple car il faut comprendre que dans la constitution d’une stratégie claire et efficace, il est nécessaire qu’une base politique commune propre à tous existe. Sinon, la confiance n’existe pas puisque sur le fond, nous ne sommes pas d’accords. Cela va au-delà du débat démocratique au sein du NPA qui et parfois houleux. C’est normal que nous ne soyons pas d’accords sur la stratégie, mais à partir du moment où nous sommes d’accords sur le fond. Alors, en partant de ce constat, il faut être capable de s’accorder pour dire que lorsqu’un Congrès est terminé, toutes les plateformes doivent se regrouper derrière la position arrivée en tête et tout faire pour que cette dernière réussisse puisque de toute façon, le but de toutes les différentes stratégies était le même ! Vu notre situation, c’est du rêve… Mais accordons-nous pour dire qu’il s’agit d’un rêve raisonné qui ne devrait pas en être un.

Pourtant, le projet qui nous a tant emballés à la création du NPA est toujours d’actualité. Nous avons besoin de ce parti, jeune, démocratique, capable d’avoir sa propre expression, capable d’être, par son indépendance et son unité, à l’origine de toutes les luttes unitaires. Le Congrès doit donner un nouveau souffle à notre projet, nous devons reconstruire notre parti.

Vous avez dit opposition de gauche ?

Un parti indépendant ne signifie pas un parti isolé. Il semblerait que le NPA ait évolué sur cette question et le texte de la majorité sortante propose à toute la gauche non-gouvernementale de construire une opposition de gauche au gouvernement. Olivier Besancenot en appelait lui aussi à cette opposition de gauche dans son dernier ouvrage « On a voté et puis après ? ». Mais cherchons alors à comprendre qu’est-ce qu’il faudrait mettre derrière la formule opposition de gauche.

Cette formule a au moins le mérite d’exister, elle est rejetée par les autres plateformes du NPA qui mises sur des campagnes fortes du parti (notamment pour l’interdiction des licenciements) et sur une politique d’auto-affirmation de notre statut de révolutionnaires. Si ces plateformes devenaient majoritaires, le NPA s’agenouillerait au rang d’une LO bis, rang que la LCR a historiquement su évitée par un travail massif dans les cadres unitaires.

Mais tout de même, donnons un peu de contenu à cette possible opposition de gauche. Le texte de la direction sortante (et même plus largement puisque cette plateforme a aussi vocation à rassembler le parti et c’est tout à son honneur) ne va pas suffisamment loin, ce qui laisse planer le doute sur ce que pourrait véritablement être cette opposition. S’agit-il de dire que le NPA est l’opposition de gauche, tout seul, comme un grand ? S’agit-il de concrètement interpeller les autres formations qui ne participent pas au gouvernement pour leur faire la claire proposition de constituer des listes unitaires aux prochaines Municipales et aux prochaines Européennes ? S’agit-il de simplement en appeler à l’action unitaire ? Il semblerait que ce débat ne soit pas tranché. Mais il ne l’est nulle part. Le Front de Gauche ne veut peut-être pas de nous de son côté. Mais alors, justement, c’est plus que jamais à nous de proposer la construction d’un front social et politique. Trois points très clivant peuvent servir de pilier à la construction de cette opposition. Le premier, c’est l’opposition à l’austérité. Le deuxième, l’opposition à la Droite et l’extrême-droite. Le troisième, l’opposition à la politique du gouvernement. A partir de ces trois points, nous pouvons imaginer la création d’une opposition de gauche qui aurait vocation à être majoritaire. L’intérêt de définir de tels points est de nous mettre en ordre de bataille pour les prochaines luttes à venir. Nous avons besoin d’une sortie politique crédible à nos luttes, cette crédibilité pourrait se gagner avec une telle opposition de gauche.

Pourquoi faut-il défendre une telle perspective ? Non parce que le débat réforme ou révolution n’existe plus, mais parce qu’il faut le regarder avec de nouvelles lunettes. Nous avons des désaccords avec les forces réformistes potentiellement participantes de cette opposition de gauche (principalement le PCF, le PG, voir la gauche des Verts), mais dans cette période de reflue des luttes et de montée de l’extrême-droite, ne faudrait-il pas s’allier avec les réformistes de gauche qui, qu’on le veuille ou non, se situent dans une forme d’opposition au gouvernement ?

Mais allons encore plus loin et prenons l’exemple de la Grèce. Des luttes monumentales ont trouvé en Syriza la possibilité d’une issue politique à la hauteur des revendications de la rue. Cela conduit Syriza à être la principale force du pays. Qui nous dit que de telles luttes ne vont pas se produire en France ? Si c’est le cas, qui nous dit qu’une coalition NPA, Front de Gauche, gauche des Verts, etc., ne pourrait pas être majoritaire et ainsi mettre en place un gouvernement qui mènerait une politique pour les jeunes et les travailleurs ? Rien ne nous le dit, mais rien ne nous dit le contraire. Il ne s’agit pas de tirer des plans sur la comète mais de nous préparer à d’éventuelles crises politiques dans lesquelles nous devrons être acteurs. Nous serions tout de même plus à même de mettre en avant nos revendications révolutionnaires et anticapitalistes sous un gouvernement qui mène une politique de gauche qui fasse respirer la classe ouvrière, non ? Nous n’avons pas perdu de vue qu’une révolution ne saurait être un plagia ? Et si, en fait, une crise révolutionnaire pouvait être provoquée par une élection ? L’élection ne peut pas permettre la révolution, c’est notre désaccord avec les réformistes, mais une élection peut créer une crise révolutionnaire. Je l’accorde, cela ne peut arriver que, si et seulement si, des luttes profondes secouent l’Europe toute entière et fassent trembler les banquiers et les patrons de toutes nationalités. Mais ça vaut le coup d’essayer. Il semblerait qu’un espace s’ouvre à la gauche du PS, il faut se jeter dans cette espace. Alors, camarades, vive l’opposition de gauche ?

Alexandre Raguet.


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