NPA 86

Affaire Dassault : la République bafouée ?

vendredi 17 janvier 2014 par redac-npa86

C’est par un court texte que je souhaite ici interpeller toutes celles et ceux qui, légitimement choqués par l’affaire Dassault, se revendiquent des valeurs républicaines.

Le mercredi 8 janvier 2014, le bureau du Sénat a décidé par 13 voix contre 12 de ne pas lever l’immunité parlementaire de Serge Dassault pourtant soupçonné d’être lié à une affaire de clientélisme mais également à une affaire d’homicide prémédité afin de maintenir son pouvoir mafieux sur la ville de Corbeil-Essonne.

Mais qui est donc Serge Dassault ? Lui-même, au même titre que ses détracteurs, se qualifie de républicain. Ment-il ? Je ne le crois pas. Il est sincèrement républicain, de cette Cinquième République bourgeoise, complètement à la botte du système capitaliste.

La République avec un grand R ?

La République peut être impérialo-coloniale, raciste, bourgeoise, socialiste. Le terme de République avec un grand R n’a pas vraiment de sens. La République française, par exemple, n’est pas franchement la plus humaine et démocratique de toutes. C’est pourquoi il est idiot d’en appeler à un viol de la République vis-à-vis de l’affaire Dassault puisque ce dernier en est justement un des plus grands bénéficiaires (de la République).

Je me revendique personnellement des valeurs du mouvement ouvrier qui ne sont pas celles de la République française. En fait, cette institution, et notamment la Vème République, est clairement un moyen de maintenir les capitalistes au pouvoir. Nous pouvons nous poser la question : Dassault est-il hors la loi lorsqu’il garde son immunité parlementaire grâce au vote du bureau du Sénat ? Non, alors c’est bien la République elle-même qui pose problème ici.

Le vrai drame de l’affaire Dassault est que la morale de la gauche, des travailleurs et de la démocratie est bafouée et que pendant ce temps là, on crie vive la République ! Cette même République qui jugent et condamnent des syndicalistes qui se battent pour leurs emplois. Cette même République qui expulse les sans-papiers. Cette même, chère République, et son Président monarque, qui a le pouvoir d’appuyer à lui seul sur le bouton nucléaire.

Pour une république anticapitaliste et démocratique.

Je ne crois pas en la théorie du compromis social. La République ne peut servir à concilier le bourgeois et le travailleur. Je crois, moi, au pouvoir du plus grand nombre, au pouvoir des travailleurs, au pouvoir des 99%. Je crois en la démocratie. C’est pourquoi une république vraiment démocratique ne peut être que participative et non représentative.

En quoi le Sénat avait-il la légitimité de décider si Serge Dassault pouvait ou non garder son immunité parlementaire ? Cette chambre où les élus le sont par leurs amis élus eux-aussi, avec une moyenne d’âge affolante et où les mandats s’entassent comme des dossiers que l’on ne traitera jamais.

Il est temps d’affronter ce système en face et d’arrêter de faire le jeu de l’intox. Nous devons combattre l’Etat français, sa police, son armée, sa République qui sont des freins à notre émancipation.

Nous devons défendre d’autres perspectives, des choses parfois simples. Un Etat et un gouvernement qui placent au centre de ses objectifs les intérêts du plus grand nombre. Nous souhaitons une assemblée constituante participative qui définisse les règles d’une nouvelle démocratie qui ne serait pas forcément jacobine, qui rémunérerait les élus au niveau du salaire moyen de la population, qui imposerait le retour au travail aux élus après un ou deux mandats, qui permettrait au peuple de révoquer un élu qui ne respecte pas son mandat…

Nous devons souhaiter un Etat qui défende la fraternité et la coopération entre les peuples et non une République de la « Françafrique ».

Nous devons nous battre pour autre chose que pour des concepts. C’est de choses réels que les populations ont besoin, pas de « valeurs républicaines » qui permettent de mieux faire avaler la pilule. Pour ma part, mes valeurs sont celles de la fraternité et de la lutte pour une société éco-socialiste. Si c’est par le mot République que l’on appellera notre société, alors il en sera ainsi. Mais il serait temps de parler des contenus plutôt que des étiquettes. Ou en d’autres termes, de mener véritablement la lutte des classes, pas de peindre en rouge les compromis historiques.

Alexandre Raguet


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