NPA 86

« Affinités révolutionnaires. Nos étoiles rouges et noires ».

jeudi 28 août 2014 par redac-npa86

C’est le dernier bouquin des deux militants anticapitalistes Michaël Löwy et Olivier Besancenot.

Plus exactement de deux communistes révolutionnaires à la sensibilité libertaire.

L’objectif de cet essai est de montrer que la famille révolutionnaire, extrêmement divisée sur la forme entre noirs et rouges, est pourtant portée par le même espoir de changement anticapitaliste, féministe, antiraciste, anti-autoritaire et démocratique.

Ce livre est coupé en quatre étapes. Dans un premier temps, les auteurs reviennent sur les convergences entre le mouvement marxiste et anarchiste. De la Commune de Paris (1871) à la naissance du mouvement altermondialiste. En passant bien entendu par les lieux communs aux révolutionnaires que sont les syndicats.

Le rappel historique se poursuit ensuite par des portraits de révolutionnaires marxistes et anarchistes, là encore pour montrer les concordances souvent inavouées. Les incontournables Louise Michel et Rosa Luxemburg sont à l’honneur, mais l’on découvre également le Sous-commandant Marcos, , Pierre Monatte, ou l’espagnol Buenaventura Durruti. Michaël Löwy nous offre de sa plume une lettre fictive à Benjamin Péret. Olivier Besancenot, lui, utilise l’art épistolaire en direction de Louise Michel, l’anarchiste dont lui parlait sa grand-mère lorsqu’il était enfant.

Après ce passage sur les personnalités, avec de belles photos les illustrants, le déroulement du livre nous mène aux conflits historiques qui ont secoué les deux courants. Les trois principaux sont sans conteste la Révolution Russe d’Octobre 1917, puis Le conflit de Kronstadt en 1921, et enfin le Conflit avec Makhno de 1918 et à 1921.

Bien qu’issus d’un courant trotskyste, les deux auteurs, qui mettent d’abord sur le papier les différentes positions des conflits et les différentes analyses, ne prennent pas nécessairement le parti des bolcheviks. Au moins sur le conflit de Kronstadt où ils écrivent : « L’écrasement des marins de Kronstadt n’était pas « une tragique nécessité », mais une erreur et une faute. ». Propos importants pour qui ne souhaitent pas « refaire l’histoire » mais « tirer les conséquences de cet événement pour préparer l’avenir ». De bon augure pour la construction d’une alternative anticapitaliste.

La fin du bouquin reste tout de même la partie la plus exaltante.

Dans la troisième partie, nous avons droit à la présentation de trois auteurs jugés « marxistes libertaires ». Il s’agit de Walter Benjamin, d’André Breton et de Daniel Guérin. Tous les trois représentent, chacun à leur manière, à la fois l’anarchisme et le communisme. Ces passages apportent des options, qu’il est nécessaire d’approfondir. Michäel Löwy l’a fait, surtout sur Walter Benjamin dans son livre « Juifs hétérodoxes » qui analyse les intellectuels juifs en Europe centrale au XXe siècle.

Enfin la quatrième et dernière partie pose quelques questions politiques mais surtout apporte quelques réponses. Notamment sur le fédéralisme. Où il est question d’un monde où la démocratie se joue sur les lieux de travail et d’habitation. Ces lieux de vie démocratique, loin d’être autarciques, seraient liés par un fédéralisme régional, continental et mondial nécessaire, par exemple pour régler la question écologique. C’est un vision internationaliste défaite du centralisme. D’où le besoin, tout de même, d’une « planification démocratique de l’économie  », en opposition à la liberté des marchés et à la « planification bureaucratique » de la vie. Ce point fait débat entre anarchistes et marxistes, les premiers voyant dans une planification l’émergence d’un totalitarisme. Mais, défendre une perspective commune à tous, basée sur les démocraties permanentes, n’est-ce pas justement un positionnement communiste libertaire ?

Les questions tournent ensuite sur l’autogestion et le pouvoir, les syndicats et les partis, mais aussi sur l’écologie. Michaël Löwy et Olivier Besancenot défendant une perspective écosocialiste, libertaire car démocratique, et ne reniant pas l’importance de l’individu dans la société à construire, et donc de la liberté.

La conclusion logique se trouve dans la volonté de rassembler les familles rouges et noires, pour emmêler nos étoiles de liberté et d’égalité.

L’auteur de ce billet se trouve justement être marxiste libertaire, du moins le croit, à la lecture de cette pensée de Benjamin (reprise dans le bouquin) qui voit les différences entre marxistes et libertaires comme deux morceaux qui ne font qu’un, c’est-à-dire « l’ivresse libertaire » et « la sobriété marxiste ».

AR.

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