NPA 86

La gauche internationaliste doit assumer la sortie de l’Euro

dimanche 19 juillet 2015 par redac-npa86

Copyright : Photothèque Rouge/MILO

Longtemps j’ai considéré l’Euro comme une entité neutre, n’empêchant pas la mise en place d’un programme anticapitaliste. Au contraire, l’idée d’une monnaie unique à plusieurs Nations me plaisait bien : pourquoi ne pas faire de l’instrument monétaire les bribes d’une Europe des peuples, d’une fédération des États-Unis éco-socialistes d’Europe ? C’était une faute. La monnaie n’est pas neutre, l’€ est aujourd’hui un outil à la main des capitalistes ou autres créanciers à la tête de l’Union Européenne, Union de la domination capitaliste qui, à l’aide de différents traités, fait de notre continent un mirage démocratique, et une réalité dystopique. L’exemple grec a fini de me convaincre.

Alors que Syriza a reculé sur le slogan « Pas un sacrifice pour l’€ », afin de vouloir réformer l’Europe de l’intérieur, Tsipras fait la démonstration qu’il n’est pas possible de mettre en place une politique souveraine sans l’accord des « Institutions » (que personne n’a mandaté par le suffrage universel). Il ne s’agit pas de blâmer le « traître » Tsipras, mais de comprendre que seule la voie de la rupture avec l’UE et l’€ peut permettre une autre politique.

Tsipras n’est ni un traître, ni un révolutionnaire. C’est un réformiste de gauche qui a prouvé à la gauche européenne que ses choix ne fonctionnent pas. Il s’agit d’une défaite que je partage, car ma solidarité, vis-à-vis du peuple grec, et de son gouvernement , a, pour ma part, toujours été entière. Il faut alors en tirer les conséquences, se demander : que ferons-nous une fois au pouvoir ? - puisque c’est bien le pouvoir de pouvoir faire une autre politique qui nous anime. Mais aussi, quelle est notre responsabilité politique ? Puisque, dans un premier temps, nous n’avons été aucunement en mesure de créer une solidarité internationale à la hauteur – concrète j’entends, pas seulement « récupératrice ». Et, dans un second temps, nous n’avons pas chercher à étayer un plan B, une autre voie. Les deux failles se nourrissent, car lorsque l’on ne soutient pas entièrement un gouvernement, on ne se sent pas en position d’élaborer avec lui. Se pose alors, nous l’aurons compris, si ce n’est la problématique d’une nouvelle Internationale, au moins celle d’une Européenne des gauches anticapitalistes.

Une sortie de gauche, une lutte antifasciste

La formule « Pas un sacrifice pour l’€ ! » reste la bonne. La sortie de l’Euro, et la rupture avec l’Union européenne, ne doivent pas devenir des revendications. Mais il s’agit tout de même d’assumer que, oui, nous devrons passer par là si nous souhaitons réellement aller au bout de notre programme. Il faut donc le dire. Nous sortirons de l’Euro et de l’UE, et appellerons l’ensemble des peuples d’Europe à en faire autant, pour construire une autre Europe, par la rupture, basée sur la solidarité entre les peuples, le nivellement par le haut des droits sociaux, des services publics européens, avec la nationalisation des banques et un monopôle bancaire public... etc.

En cela, la sortie de l’€ et du carcan institutionnel qui va avec est nécessaire. Mais pas suffisante. Lier cette nécessité à des revendications anticapitalistes peut aussi être un moyen d’endiguer la montée du Front National qui revendique la sortie de l’€ mais pour ne rien en faire pour la vie concrète des gens. Le Pen a un programme « pro-austérité ». Elle a d’ailleurs changé de position sur la Grèce à plusieurs reprises. Une première fois en saluant Tsipras de sa victoire qu’elle jugeait « eurosceptique ». Puis en le condamnant si la Grèce refusait de rembourser sa dette, car les français devraient alors la payer (position on ne peut plus néo-libérale – et fausse de surcroît). Une troisième fois en le félicitant pour le référendum, qui montrait qu’un État peut lutter contre l’Europe. Enfin, une quatrième fois, après la signature du dernier Mémorandum, en l’accusant de céder, et en faisant la démonstration de l’impuissance de la gauche... espérant que cela puisse profiter à l’extrême-droite, ce qui n’est d’ailleurs pas impossible.

Néanmoins, malgré les incohérences de la position frontiste, le FN reste le plus crédible puisqu’il prône la sortie de l’€ et que, de toutes évidences, l’exemple grec renforce cette position, balayant au passage ceux qui parlent d’Europe sociale sans rupture, qui souhaitent réformer de l’intérieur. De fait, donc, une sortie de l’€ anticapitaliste serait une position antifasciste.

L’Europe démocratique comme imposture

Alors qu’à deux reprises en 6 mois, le peuple grec s’est prononcé pour une politique anti-austérité, d’abord en élisant le gouvernement Syriza, puis en votant à près de 62% NON au référendum, son avenir a été décidé à 4 (et plus réellement à 2 même), dans un bureau bruxellois. C’est le couple franco-allemand qui a choisi d’humilier Tsipras et le vote populaire en Grèce et d’imposer un nouveau plan d’austérité. Un coup d’État, en somme. Hollande, qui a joué le rôle du flic gentil, appelait à faire preuve de volonté au gouvernement grec, à faire un pas dans le bon sens, c’est-à-dire à bafouer le mandat populaire, afin de plaire au flic méchant, Merkel, qui souhaitait en finir avec la Grèce dans la zone €, le vilain petit canard de l’Europe qui avait osé dire NON. Ce petit spectacle, simulacre de démocratie, a fonctionné. L’Allemagne en sort gagnante, puisque la Grèce continue de payer la dette, et qu’elle garde un rôle de dureté et de rigueur. La France aussi, pour la même raison, les banques françaises détenant une bonne part de la dette grecque, et Hollande gagnant un statut de modéré, d’homme de cœur... Quel cynisme.

C’est la leçon de Grèce. La gauche de Syriza et d’autres groupes de gauche radicale, dont Antarsya, ont commencé à se rapprocher. C’est une bonne chose, et les camarades défendent peu ou prou cette position. L’Espagne va elle aussi peut-être tomber dans l’escarcelle de la gauche radicale. Mais Podemos pour le moment n’a pas annoncé vouloir rompre ni avec l’UE, ni avec l’€. Il y a donc un débat à mener dans Podemos. En France, maintenant, à nous de prendre le taureau par les cornes, et de lancer, sans sectarisme, une campagne anti-austérité, pour une opposition de gauche unitaire au gouvernement Hollande-Valls, et à l’Union Européenne et son bras armé, l’Euro. Il n’y a rien à attendre du PS et de ses alliés, comme il n’y a rien à attendre du système européen qu’ils défendent. Leur système, c’est la colonisation des États, et donc des peuples (en priorité du Sud de l’Europe) par une mise sous tutelle politique. Leur système, c’est des milliers de morts dans la Méditerranée. Leur système, c’est de faire passer leurs profits bien avant nos vies. Il faut alors le briser.

En prenant en compte ces « préalables », nous pourrons reconstruire.

Alexandre Raguet, militant du NPA

Pour info : La gauche et l’euro, liquider, reconstruire de Frederic Lordon http://blog.mondediplo.net/2015-07-...

Ce texte est une contribution personnelle et n’engage pas tout le NPA, qui n’a pas tranché cette question collectivement.


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