NPA 86

Débat.- La prison est-elle obsolète ?.- Par Angela Davis

mercredi 19 août 2015 par redac-npa86

Livre écrit par Angela Davis et paru en 2014 aux éditions au diable vauvert.

Angela Davis est née en 1944 en Alabama. C’est une militante du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis et membre des Black Panthers. Elle se revendique du marxisme, du féminisme, de la lutte contre le racisme et l’oppression.

En 1970, elle est accusée de meurtre dans un attentat visant à libérer des prisonniers politiques Afro-américains, les « Soledad Brothers », elle part en cavale et devient l’une des personnes les plus recherchées par le FBI. Jusqu’à être inculpée par l’État de Californie, en janvier 1971, de meurtre, d’enlèvement et de conspiration.

Elle est condamnée à la peine de mort. Grâce à l’ampleur de la mobilisation elle est acquittée le 4 juin 1972 mais a tout de même passé plusieurs mois en prison.

A travers ce livre, à la fois court et très riche, Angela Davis nous livre un point de vue anticarcéral tout en retraçant l’histoire des prisons et dénonçant le système judiciaire actuel.

Le lien entre racisme et incarcération est rapidement fait car nous y apprenons les similitudes entre l’esclavage des noirs aux Etats-Unis et sa forme moderne : l’incarcération institutionnalisée. Dans les prisons américaines, les Noirs et les Latinos sont largement surreprésentés par rapport à leur nombre parmi la population des Etats-Unis. C’est également le cas des personnes originaires du Moyen-Orient et d’Asie du Sud ou de confession musulmane depuis les attentas du 11 septembre 2001.

Tout au fil du livre sont dénoncés le racisme et la répression directement institués par l’Etat.

Le caractère sexiste et homophobe du milieu carcéral est également mis en lumière à travers tout un chapitre. Angela Davis, femme noire, ayant elle-même fait de la prison ne nous cache rien sur les conditions des femmes incarcérées allant même jusqu’à décrire les détails les plus humiliants (fouille au corps, viols etc...). Elle s’oppose également à certains mouvement « féministes » qui demandaient à ce que les femmes aient les mêmes conditions de détentions que les hommes.

Tout au long du livre, Angela Davis apporte une dimension anticapitaliste à la lutte anticarcéral et dénonce le rôle de l’Etat à travers ses institutions racistes et sexistes. Elle dénonce également l’impact des médias qui banalisent la prison afin de nous faire croire qu’un monde sans prison ne peut pas exister. La question de la main d’œuvre formée par les salariés exploités par les grands groupes industriels est elle aussi traitée.

Le dernier chapitre est consacré aux alternatives abolitionnistes, la remise en cause du système judiciaire et des classes sociales. Ces alternatives peuvent voir le jour en prenant le problème à la base. Notamment en rendant meilleur l’accès à l’éducation, à la santé, la culture etc...

En fermant les centres de rétentions et régularisant les sans-papiers. En créant des milliers d’emplois tout en revalorisant les salaires. Voici quelques propositions avancées par l’auteure et qui paraissent indispensables pour de meilleures conditions de vie.

Pour terminer, Angela Davis va même jusqu’à renverser une idée préconçue et nous laisse méditer sur le fait que finalement le « châtiment » n’est pas la suite logique du « crime ».

Voici 2 extraits du livre qui résume bien l’esprit de cette militante anticarcérale :

« Dans l’ensemble, les gens considèrent la prison comme un fait acquis. Ils ont du mal à imaginer un société sans elle. En même temps, nul n’a envie de regarder la réalité carcérale en face, de peur de découvrir ce qui se passe vraiment à l’intérieur de ces lieux. Ainsi la prison est à la fois présente et absente de nos vies. Penser la conjonction présence-absence, c’est commencer à reconnaître comment l’idéologie façonne nos interactions avec notre environnement social. Nous considérons que la prison est indispensable mais nous n’avons pas envie de savoir ce qu’il se passe entre ses murs.[…]

La prison fonctionne donc sur le plan idéologique comme un lieu abstrait où sont déposés les êtres indésirables afin de nous soulager de la responsabilité de penser aux vrais problèmes qui affectent les communautés dont sont largement issus les détenus.

Tel est le travail idéologique accompli par la prison : nous soustraire à la responsabilité qui est la nôtre de réfléchir sérieusement aux problèmes de notre société, notamment ceux liés au racisme et de plus en plus, au capitalisme mondialisé. »

« La réponse abolitionniste consiste à imaginer une constellation de stratégies et d’institutions dont l’objectif serait de faire disparaître la prison du paysage social et idéologique de notre société. Autrement dit, il ne s’agirait pas de rechercher des substituts similaires à la prison mais de réfléchir à un continuum de solutions permettant d’éviter l’incarcération : démilitarisation des écoles, revitalisation de l’éducation à tous les niveaux, mise en place d’un système de santé dispensant des soins médicaux et psychiatriques gratuits et instauration d’un système judiciaire basé sur la réparation et la réconciliation plutôt que sur la rétribution et la vengeance.[…]

C’est pourquoi l’école peut être considérée comme l’alternative la plus efficace au pénitencier. Tant que les établissements scolaires dans les communautés de couleur paupérisées ne seront pas débarrassés des structures de répression qui y ont été mises en place et transformés en lieux qui transmettent véritablement l’envie d’apprendre, ils resteront le plus sûr chemin vers la prison.

L’idée serait donc de transformer l’école en un vecteur de décarcération. Concernant notre système de santé, il est important de souligner le manque flagrant d’institutions accessibles aux personnes pauvres souffrant de troubles émotionnels et mentaux.

On compte actuellement plus de malades mentaux dans les prisons que dans les établissements psychiatriques. »

Manon LABAYE


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