NPA 86

Ni sectarisme, ni populisme : un anticapitalisme ouvert.

lundi 4 avril 2016 par redac-npa86

Je ne vais pas revenir ici sur la situation politique globale en France. Je l’ai déjà fais à la suite des élections régionales dans un article intitulé Fusions d’entre-deux tours et alternative politique.

J’écrivais alors : « Pas besoin de tergiverser. Les élections régionales sont un désastre pour quiconque souhaite encore changer le monde. Le Front National, quoi qu’en disent les médias et les dirigeants des principaux partis, est le grand gagnant des régionales. Le FN gagne 400.000 voix de plus qu’en 2012 (avec Marine Le Pen à la présidentielle), soit 6,8 millions d’électeurs en 2015. Le Pen et consorts obtiennent 358 conseillers régionaux (ce qui assure quasiment au FN les parrainages pour 2017). Presque partout, ils parviennent à augmenter leurs scores entre le premier et le second tour. Le FN progresse et représente un danger mortel...  ». Sur le plan purement politique, peu de choses ont changé. Le FN occupe une place centrale dans le débat politique. Dans le même temps, le président - belliciste et anti-social - Hollande, est au plus bas dans les sondages, la droite est divisée et ne sait plus où donner de la tête, enfin, ce qui nous intéresse le plus, la gauche de gauche est au plus mal.

Pour pousser plus loin le sombre tableau, rappelons que le gouvernement continue de durcir l’État répressif (les violences policières se multiplient) et son côté liberticide en diminuant la démocratie déjà peu présente dans la Vème République. Désormais, le temps de parole entre les candidats à la présidentielle ne sera plus le même ; cela favorisera les plus gros. De plus, des difficultés supplémentaires sont mises en place pour l’obtention des 500 parrainages d’élus nécessaires pour présenter un ou une candidat-e. Il y a une volonté de diminuer le nombre de candidats pour se limiter à des candidatures de « l’extrême-centre ». Alors que le PS promettait des doses de proportionnelle et le droit de vote des étrangers aux élections locales, le président Hollande issu de ses rangs renforce la monarchie présidentielle et se fait le partisan d’un « TINA » libéral-matraqueur.

Heureusement, avec l’arrivée du printemps, les luttes massives, sont elles, aussi apparues. Nous n’avions pas vu depuis des années autant de personnes se mettre en grève, prendre les rues, manifester... Le rejet de la loi travail a permis de mettre en marche une dynamique de lutte et de remettre au centre du débat politique la question sociale. C’est déjà une victoire puisque c’est des luttes sociales, et d’elles seulement, que pourront émerger de nouvelles formes de représentation politique des opprimés et des exploités.

La gauche de gauche doit être attentive, disponible et utile à ce mouvement. Les anticapitalistes dans leur ensemble doivent prendre toute leur place dans la lutte, pour aller vers la massification, la grève générale et la reconduction. Ce sont les seuls moyens de gagner : créer un rapport de force, puis politiser la lutte. Nous devons, dans cette lutte, populariser l’idée qu’un autre monde est possible, tirer le curseur politique le plus à gauche que l’on peut, afin de remettre notre camp social dans le coup en reprenant du poids face au patronat et l’extrême-droite. C’est la tâche principale des militants vraiment de gauche. Pour ce faire, il faut aussi militer pour l’auto-organisation du mouvement, en assemblées générales, en coordinations de luttes, avec des délégué-es élu-es et révocables. Il faut, dans le mouvement, commencer à mettre en place la société que nous voulons (une forme de contre-pouvoir), tout en gardant le cap de la lutte des classes et de l’efficacité qui est requise pour celle-ci. En ce sens, l’émergence d’initiatives du type « Nuits debout » n’est pas sans rappeler le mouvement des Indignés. « Nuits debout » n’est déjà plus un mouvement social mais commence à se transformer en mouvement politique. Comme nous le disons souvent, la politique est partout, et dans la rue, c’est là qu’elle est la plus belle. De là peut émerger du neuf. Les anticapitalistes peuvent construire, avec d’autres, « Nuits debout », car il s’agit de l’émergence d’un mouvement « par en bas » très proche de celui que nous souhaitons depuis des années.

Les impasses de la vieille gauche

Alors que de nouvelles formes de politisations émergent, que les Indignés français commencent à s’organiser, le vieux monde politique est tourné vers l’élection présidentielle. Certes 2017 sera un moment important de la vie politique, j’y reviendrais, mais le sentiment que la classe politique se soucie plus de 2017 que de 2016 continue de dégoûter les gens de « la politique » dans son ensemble. C’est une erreur parce que la politique, comme le pouvoir, ne sont pas l’apanage des seuls politiciens professionnels. Nous pouvons nous approprier tout cela, c’est d’ailleurs ce que nous faisons lorsque nous sommes en grève, lorsque nous occupons des places, que nous manifestons, que nous nous organisons dans une AG, dans un collectif, dans un syndicat de travailleurs, dans un parti de militants. Il n’y a pas de fatalité au pouvoir de ceux d’en haut. En nous organisant, par moult moyens, nous pouvons prendre le pouvoir et le changer. « Faire de la politique autrement », en somme, même si le slogan est usé. Pour approfondir cette réflexion, la lecture du livre Stratégie et Parti, dans sa nouvelle édition, avec la préface et la post-face du duo Salingue-Palheta permet de saisir en quoi la crise politique que nous vivons ne vient pas « de la forme parti » ou « du politique » mais d’un manque de représentation politique de ceux d’en bas, et de l’absence d’un idéal politique ré-inventé.

Revenons-en toutefois à l’élection présidentielle. Nous ne parlerons dans ce texte que de la gauche de gauche. Disons aussi que nous ne parlerons pas - beaucoup - de la primaire, avec ou sans PS. Le seul fait de savoir si le PS peut participer ou non pose questions... De plus la primaire, en soi, relève du pire de la Vème République et de sa personnalisation.

Reste alors quatre possibilités pour les anticapitalistes. Soit rallier la candidature « communiste révolutionnaire » pur jus de Nathalie Arthaud et Lutte Ouvrière. Soit rallier celle de Jean-Luc Mélenchon, populiste républicain. Soit ne pas se présenter et faire campagne contre la Vème République et le système qui va avec. Soit s’associer à celle du NPA et de Philippe Poutou. Désormais, vous comprenez le titre de ce billet « Ni sectarisme, ni populisme : pour un anticapitalisme ouvert ».

La chose intéressante avec le scénario que nous propose 2017, c’est que trois des campagnes proposées se situent totalement dans le vieux monde.

D’abord celle de la primaire, qui, avec un faux aspect « neuf » ne fait qu’assoir l’idée qu’il faut que nous choisissions le candidat qui deviendra président sans remettre en cause le système. Choisir son bourreau, en somme, avec, encore une fois, la logique du moins pire. C’est un premier tour officieux avant le premier tour officiel, en gros. Dans cette logique, des personnes qui défendent des projets antagonistes se retrouvent dans une primaire « des gauches »… car c’est le meilleur tremplin pour le pouvoir. Le pouvoir est alors une idéologie en soi.

Ensuite il y a la candidature de pur témoignage, de Nathalie Arthaud et de Lutte Ouvrière. LO et sa porte-parole se vantent d’être « les seuls communistes ». Leur objectif est de « faire entendre le camp des travailleurs ». En ce sens, ces derniers se limitent à une campagne d’agitation. Ils rôdent un discours qui sera le même du début à la fin. LO ne cherche pas à influer sur la situation réelle mais à faire entendre une voix et à capitaliser des militants pour le jour de la révolution. C’est une vision politique qui me semble dépassée, misant sur l’idée que la classe ouvrière et la jeunesse, une fois en mouvement, se tourneront vers « le parti des travailleurs » qui tient le bon discours depuis toujours. Si nous pouvons être d’accords sur la nécessaire révolution, sur l’irruption de millions de gens sur la scène politique, nous pensons pour notre part que le rôle du parti est d’être dans le mouvement, de le construire, d’être à égalité avec lui, d’y défendre une ligne, mais pas de se mettre devant, ou au-dessus, et de distiller la bonne parole. Le parti-guide est mort...

Enfin la candidature de Mélenchon se situe, elle aussi, dans le vieux monde. (Vous pouvez en ce sens relire mon article, qui avait suscité des réactions assez impressionnantes des mélenchônatres, publié ici même Mélenchon, le Narcisse de la République). Ce qui est fort, c’est qu’il veut faire croire, avec ses fidèles, qu’il produit du neuf… Pourtant, sa logique napoléonienne n’a rien de neuve. Mélenchon dit s’inspirer des mouvements populistes d’Amérique latine. Or, si le populisme a des vertus pour la prise de pouvoir dans le cadre de l’appareil politique en place, celles-ci sont à démontrer pour la mise en place d’une société anticapitaliste. On l’a vu au Vénézuela, notamment. Le populisme porte en lui un problème irréversible : le culte et le rôle du chef. Sans chef, pas de populisme. À ce titre, la mort de Chavez risque de coûter cher à la révolution bolivarienne. Par ailleurs, même si on peut soutenir le peuple vénézuélien face à la droite et l’extrême-droite, et face à l’empire étasunien, il est impossible de faire l’impasse sur la politique du gouvernement chaviste, ses renoncements à s’appuyer sur la classe ouvrière pour tendre vers le socialisme, à travers l’auto-organisation dans les entreprises et dans la société. Ou sur l’écologie : même si le Vénézuela a un ministère de « l’écosocialisme », la réalité est que la première source de revenus du pays est le pétrole… c’est tout de même peu « écosocialiste ».

Jean-Luc Mélenchon se situe bien dans cette stratégie. Il a écouté religieusement les vidéos de Pablo Iglesias (Podemos) et essaye de reproduire cela en France. Sauf qu’il part seul, et que le mouvement social arrive après. En Espagne, c’est le mouvement social qui a donné Podemos. De fait, Mélenchon apparaît comme celui qui récupère le mouvement dès qu’il tente d’y intervenir. Par ailleurs, la personnalisation dont il use est dangereuse. Il a beau dire - et ses fans le répéter à l’unisson - qu’il veut débloquer la situation, prendre le pouvoir puis le donner au peuple, rien ne permet de penser qu’il le fera vraiment, mais surtout, qu’il puisse le faire. Changer le système avec le système, on l’a déjà dit, ce n’est pas possible. Et, de toutes façons, il refuse de plus en plus de se situer dans le camp de l’anticapitalisme, expliquant même qu’il est républicain avant d’être de gauche. Le sauveur suprême (ses affiches ne citent que ses initiales et l’idée d’une « France insoumise »…) représente la République, une idée de la gauche autoritaire. Dire que celles et ceux qui, à gauche, défendent une politique horizontale et dénoncent sa logique de Tribun populiste sont des sectaires ne suffit pas à effacer le fait qu’il soit lui-même un mégalomaniaque. Et les faits, là encore, sont têtus.

Pour une gauche anticapitaliste, anti-autoritaire et anti-système

Il reste alors deux logiques anticapitalistes. D’ici 2017, il est peu probable qu’un mouvement de type « Podemos » émerge et ait sa propre expression politique. Restons toutefois attentifs, car une telle candidature « du mouvement social » pourrait être une piste intéressante. Il faudrait alors la soutenir et y mettre nos forces, comme l’on fait les camarades anticapitalistes espagnols. Mais nous n’en sommes pas là.

Nous avons simplement le choix de faire une campagne contre la présidentielle, contre le système en place, en dénonçant cette mascarade qu’est l’élection du Roi, et en appelant à construire un mouvement qui défende cette perspective anti-système, appuyée sur des réseaux qui s’auto-organisent (luttes écologistes, antiracistes, sociales…). Or, pour avoir un minimum d’impact médiatique, le mieux est de se doter d’un ou d’une candidat-e. La campagne du NPA, portée par Philippe Poutou, défend cette idée : un programme écosocialiste, pour la démocratie réelle, un autre partage des richesses, le respect de l’environnement et de l’homme, mais dans une logique collective. Nous ne disons pas « Votez pour nous, on s’occupe du reste ! », ni même « Le bulletin de vote changera la vie ». Au contraire, nous pensons que les élections ne changent pas la vie, et que l’implication directe de la population permettra de changer les choses. Nous considérons que l’élection de 2017 peut être un moyen de rassembler les anticapitalistes. Pas pour faire quelques centaines de milliers de voix, mais pour lancer une dynamique plus large.

En ce sens, partout où cela est possible, il faut lancer des collectifs anticapitalistes permettant d’inclure toutes les personnes se retrouvant peu ou prou dans ces idées rouges/vertes/noires/violettes, mais aussi les militant-es du quotidien orphelins d’une organisation politique (c’est le cas de personnes venant de EELV, du Front de Gauche, du mouvement libertaire, de collectifs, de syndicats).

Nous devons mettre notre énergie ensemble pour construire les mouvements sociaux et s’en inspirer, pour redéfinir un projet utopique et défendre nos idées, pour poser les jalons d’un nouveau mouvement capable de représenter la jeunesse, les salariés et les sans-emplois, celles et ceux d’en bas.

La campagne que propose le NPA et Philippe Poutou peut être utile à cela. Participez-y sans attendre.

Alexandre Raguet,

Poitiers, le 4 avril 2016.

PHILIPPE POUTOU SERA A POITIERS LE 15 AVRIL PROCHAIN - 20H - AUBERGE DE JEUNESSE

Pour prendre contact (où trouver des informations sur notre activité) dans mon département (Vienne - Poitiers) c’est par ici : www.npa86.org

Pour prendre contact dans votre département (s’il est différent) c’est par là : https://npa2009.org/formulaires/contact


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