NPA 86

Sexisme chez les Bitards

lundi 30 mai 2016 par redac-npa86

Le lundi 2 mai dernier une action revendiquée par des féministes a eu lieu sur le campus de Poitiers.

Elles se sont attaquées au symbole de l’ordre des Bitards, un phallus en béton, qu’elles ont recouvert de serviettes hygiéniques imprégnées de ciment ainsi que de messages tels que « Bitards = sexistes, féministes tant qu’il le faudra ! » ou encore « A bas l’état patriarcal ! ».

S’en prendre à ce phallus, c’est s’en prendre à un symbole de la domination masculine et de la société patriarcale.

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Cette action a été plus ou moins bien perçue. Certains ne perçoivent pas en quoi les Bitards seraient sexistes et d’autres disent qu’il y a mieux à faire comme action féministe.

Voici quelques réponses à ces 2 remarques.

La place de la femme chez les Bitards ?

L’ordre du Bitard est une association étudiante poitevine créée en 1922 qui s’inspire de Rabelais (sic !).

L’ordre du Bitard est organisé par une hiérarchie composée du grand Maistre, du grand Bitardier, du grand Chantre, du grand Escriturier, du grand Intendant, du grand Sommelier, et du grand Argentier. Ces gradés ont pour but de surveiller les novices et d’exercer toutes sortes de bizutages dans une logique d’intégration au groupe constitué.

Dans cette association qui existe depuis bientôt un siècle, les femmes ne sont admises que depuis 1980 ! Et en 36 ans seules 2 ont accédé au titre de grand Maistre !

Dans l’ordre des Bitards, les femmes sont nommées chabousses.

Les Chabousses :

« L’invention de la femme étant quelque chose d’extrêmement récent, les scientifiques de l’Ordre du Bitard (L.S.T. !) se posent encore la question de l’avenir réservé à celles-ci. En attendant que la question soit tranchée, ces dernières disposent du statut de Chabousse leur permettant d’observer les événements de l’Ordre en toute sécurité sous la responsabilité du Grand-Maistre. »

chabousse : n.f. Trou laissé dans la terre lorsque l’on en retire une carotte. (source : http://www.ordredubitard.fr/pages/t...)

Admises comme chabouses, les femmes sont minoritaires dans l’ordre du Bitard et occupent plus souvent que les hommes les places les moins importantes et les plus disqualifiées symboliquement. Les deux présidentes sont les exceptions qui confirment une règle qui n’est pas bien différente de celle que l’on retrouve dans d’autres lieux : les entreprises, les administrations, le monde politique, etc...Les bitards ne font finalement, à leur manière, que de renforcer les inégalités quotidiennes subies par les femmes dans la société.

En quoi le programme de la semaine estudiantine des Bitards est-il sexiste ?

Les Bitards organisent chaque année leur semaine estudiantine. Rappelons que cette dernière est subventionnée par la mairie de Poitiers.

Cette année, cette semaine était intitulée « Le deuxième sec par simone de beuverie », allusion au livre Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir.

Déformer le nom d’une féministe pour en faire un jeu de mot sur l’alcool est très maladroit. Et ce n’est pas la seule « maladresse » de l’écriture du programme. On peut également y retrouver «  le petit Robert saute Larousse » ou encore « Elle a un cul de charolaise, vient labourer dans le pré »...

Un autre exemple encore plus frappant : «  Pose tes aiguilles à tricoter » qui fait inévitablement penser aux femmes enceintes qui ne pouvaient pas avorter (et ne peuvent toujours pas dans certains pays) et n’avaient (ou n’ont) comme seule solution de le faire elles-mêmes avec des aiguilles à tricoter (ou de ne pas avorter, n’étant alors pas libre de faire ce qu’elles souhaitent de leurs corps).

Au mieux cette phrase montre la méconnaissance de la lutte féministe de la part des Bitards, au pire elle est sexiste…

Dans ce programme il y a également de nombreuses références au sexe masculin, qui apparaît comme le sexe fort…

Cette semaine des Bitards est également placée sous le signe de l’alcool à outrance, ce qui en soi n’est pas sexiste mais qui favorise les comportements virilistes, les insultes, et le désir de sexe qui se traduit parfois par des viols. Tout ceci est bien évidemment accentué par le phénomène de groupe, les logiques de domination et de concurrence qui s’exercent entre les personnes.

Le cocktail alcool-sexe que les Bitards prônent dans leur programme de festivité, ou symbolisé par leur phallus en béton (pouvant faire office de fontaine à vin pour les grandes occasions) n’est en soit pas novateur lorsqu’il s’agit de se pencher sur le fonctionnement des groupes d’intégration étudiants. Ici, il est surtout explicite. Nous le retrouvons également dans d’autres ordres étudiants, celui des Faluchards par exemple.

En effet, dans l’article XII du code national de la faluche nous pouvons y lire que :

Tout étudiant ayant, au cours de sortie, repas, ou soirée, tiré un coup en bonne et due forme, devra mettre à l’intérieur de sa faluche :

  • une carotte, signe de son acte valeureux et digne du grand baisouillard qu’il est ;
  • un poireau pour une pipe dûment accomplie ;
  • un navet pour l’enculage ;

Ceci sous l’oeil attentif des anciens, dignes contrôleurs des actes accomplis.Pour tout dépucelage, il aura droit, suivant l’endroit, à deux légumes placés en X. En espérant voir les faluches se transformer durant les années estudiantines, en de véritables potagers... »

(source : http://corpomedtours.fr/faluche/cod...)

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Enfin, pour celles et ceux qui doutaient encore du sexisme des Bitards, nous conclurons sur une publication sur la page facebook de leur fanfare (Les chiures de mouches) :

"Le féminisme est à l’image de la femme, ça n’a ni queue ni tête !"

Si les Bitards justifient ces paroles et actes au nom des "traditions" estudiantines : ils sont rétrogrades. S’ils ont un humour : il est sexiste.

Féministes tant qu’il le faudra !

Les articles parus suite à cette action sur le campus ont déclenché une vague de commentaires (masculins comme féminins) réactionnaires soutenant ce folklore étudiant au nom : de la tradition "rabelaisienne" ou encore de la libération sexuelle, comme si un phallus en érection était un symbole incontournable de la libération sexuelle pour les femmes. Les réactions critiques ont replacé souvent la femme à son rang social actuel de soumission au patriarcat : "inférieure" à l’homme car ne voulant pas «  sortir les poubelles, changer une ampoule » par exemple.

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Par le simple fait qu’il y ait eu deux femmes présidentes de cet ordre étudiant en presque 100 ans, ils n’ont bien-sûr pas manqué d’ajouter que les féministes étaient incapables d’évoluer, qu’elles n’avaient pas d’humour, sous entendant implicitement qu’elles étaient coincées du cul en recommandant "de se remémorer le plaisir d’une bite en érections" (voir les autres messages facebook dans le portfolio en bas de l’article)...

D’autres commentaires étaient moins critiques sur le fond mais donneurs de leçon sur la forme, car, selon eux, «  il y a mieux à faire comme actions féministes » Certes, ce n’est "que" la dégradation d’un symbole, celui d’une domination de l’homme sur la femme, phallus gisant sur le campus au mépris de ce que pourrait ressentir, en passant devant, une femme violée un soir de soirée étudiante arrosée... Mais nous aimerions voir plus souvent ces commentateurs dans les combats féministes que nous menons : jusqu’à maintenant, nous n’en n’avons croisé aucun !

Les féministes n’ont pas attendu ces pères et mères la morale pour mener des combats importants quotidiens et ce depuis des années, pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes.

A chaque instant, des femmes sont victimes de violences verbales, psychologiques, physiques, sexuelles, institutionnelles (répression, contrôle de l’Etat, école, protection sociale, etc...), interpersonnelles (mutilation, prostitution forcée, etc...).

Rappelons quelques chiffres édifiants :

  • 10% des femmes sont victimes de violences conjugales
  • 86000 femmes sont victimes de viol chaque année
  • 1 femme décède tous les 2,7 jours sous les coups de son conjoint
  • Le salaire des femmes est 27% inférieur à celui des hommes
  • 83% des emplois à temps partiels sont occupés par des femmes

On pourrait en citer beaucoup d’autres...

De plus, les féministes luttent contre la difficulté pour obtenir une contraception, contre la fermeture des centres d’IVG et des maternités, contre l’excision, pour faire en sorte que la prostitution disparaisse et que les femmes ne soient plus des esclaves sexuelles, etc...

A Poitiers, comme dans d’autres villes, les prostituées sont souvent sans-papiers. Si leur situation était régularisée, elles pourraient avoir un emploi, un salaire et être indépendantes. Pour toutes les autres prostituées la question sociale est également la clé du problème. S’il y avait moins de chômage, si les salaires étaient plus élevés, si les étudiantes avaient un revenu minimum pour assurer leurs études, alors il n’y aurait plus de prostitution forcée (ou contrainte) et les femmes feraient ce qu’elles veulent de leurs corps. Nous voyons ici clairement que le combat féministe ne se limite pas à une lutte pour le droit des femmes au sens strict : il embrasse plus largement les autres combats que nous menons, par exemple : contre la précarité ou encore pour la régularisation de tous les sans-papiers.

La représentation des femmes en politique :

  • parlement européen : 43,2%
  • assemblée nationale : 26,9%
  • sénat : 22,3%
  • maire : 16%

Sans oublier toutes lois arrivées très tard :

  • 1943 : ouvrir un compte bancaire sans l’accord de son mari
  • 1944 : droit de vote
  • 1975 : loi Veil autorisant l’avortement, qui sera remboursé qu’à partir de 1982
  • 1992 : premier procès pour viol conjugal
  • 1996 : le viol des femmes en temps de guerre devient un crime contre l’humanité.

Des luttes victorieuses ont fait avancer les droits des femmes, mais ceux-ci sont en permanence menacés. Les inégalités entre les hommes et les femmes sont toujours alarmantes en 2016.

C’est pourquoi une association comme les Bitards qui reproduit en partie ce mode de domination à l’oeuvre ne nous amuse pas. Lorsque nous serons dans une société égalitaire, débarrassée du patriarcat, nous retrouverons peut-être le sens de l’humour.

Pour finir, être une femme ne veut pas forcément dire être féministe.

En effet, beaucoup de femmes sont misogynes, comme le sont beaucoup d’hommes. Tout comme ces derniers, elles ont une vision rétrograde de la "femme" qui devrait, selon elles, n’avoir que pour fonction de mettre au monde des enfants, les éduquer, surtout ne pas avorter, rester enfermée à la maison : pour faire le ménage et la cuisine, etc....

C’est la conception, en partie, de femmes de droite voire d’extrême droite (Morano, Le Pen et compagnie, la Manif pour tous…), mais également du PS qui a créé, il y a peu, un « ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes ». Autrement dit il y a une conception unilatérale, figée et réactionnaire de la "femme" et de "l’homme", des relations et des rôles sociaux qu’ils sont censés entretenir. Nous avons vu que cette conception est dominante actuellement au sein de notre société.

Les féministes conséquents ne sont pas que des femmes et prônent l’égalité entre les sexes et non une domination de la femme comme ces détracteurs les caricaturent régulièrement ! Comme actuellement il y a une domination patriarcale, il est nécessaire de s’attaquer à ce système qui opprime les femmes, celui qui les enferme dans ces rôles dégradants, dits "féminins" et qui, au contraire, conforte les hommes et leurs prétendues qualités dites « masculines » dans un statut viriliste, ressort justifiant les comportements les plus dominateurs, rétrogrades et aussi les plus violents.

Nous faisons ainsi nôtre le slogan de Louise Michel : « la femme de demain ne voudra ni dominer ni être dominée ».


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