NPA 86

Le féminisme et l’antiracisme comme composantes nécessaires pour la construction d’un Plan B en Europe

vendredi 13 mai 2016 par redac-npa86

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Une camarade du NPA de Poitiers, Ilaria, était présente à Rome le 8 mai dernier pour une rencontre internationaliste dans le cadre du mouvement pour un plan B en Europe. A l’instar de Philippe Poutou, elle est allée donner un éclairage sur ce qui se passe en France, avec les Nuits debout et les grèves contre la Loi travail. La discussion a très vite tourné en interrogation : comment construire un mouvement anticapitaliste européen ? Voici son récit.

A la suite de la conférence européenne “Un plan B pour l’Europe” qui a eu lieu à Madrid les 19, 20 et 21 février derniers, le 8 mai s’est tenue à Rome une journée d’assemblée d’organisation pour l’élaboration italienne d’une alternative politique contre les mesures d’austérité perpétrées par l’UE.

J’ai eu la chance d’assister et de participer aux débats, invitée par les camarades de Sinistra Anticapitalista afin d’articuler une réflexion sur le rapport entre Loi Travail et Job’s Act, sur le thème de la démocratie participative soutenue par le mouvement Nuit Debout et l’urgence de la convergence des luttes qui rend cette expérience ouverte à toute sorte d’internationalisme, qui souligne une possibilité de construction d’un mouvement permanent en Europe et ailleurs.

L’initiative de Global Debout prévue pour le 15 mai a été bien accueilli par l’Italie. A l’occasion de cette journée internationale les places seront lieux d’occupation et l’adhésion du collectif des référendum sociaux montre déjà la première étincelle néonatale d’une éventuelle convergence.

De toute façon, un vrai climat de désobéissance civile a caractérisé l’assemblée romane qui a vu s’alterner des figures importantes du milieu anticapitaliste européen.

Après avoir tracé le scénario d’une Europe qui accueille les paradis fiscaux, négocie en sécret les accords de libre échange (ex : TTIP ou TISA) et sponsorise les coups financiers, en réduisant les droits des travailleurs en vue d’une logique de compétitivité néoliberale, Miguel Urban, eurodeputé de Podemos, a affirmé : “nous, on ne veut pas l’Union Européen. Nous, on veut l’Europe” soulignant la nécessité d’un Plan B de solidarité entre les peuples contre le capitalisme sauvage, l’appauvrissement, la xénophobie et le nationalisme toujours plus croissant (idée tout à fait partagée par Marina Albiol d’Izquierda Unida). Le Plan A, en fait, est celui qui a vu la Grèce imploser sous la pression de l’austérité et qui continue à se perpétuer avec l’accord de Tsipras du Troisième Mémorandum, comme Sotiris Martalis, dirigeant d’Unité Populaire et syndicaliste d’ADEDY, nous l’a expliqué. « Au delà des protestations des ministres de Syriza qui ne veulent aucune mesure, au delà des larmes pour la privatisation de ports, aéroports et trains, ils continuent les mêmes politiques des gouvernements précédents et au soutien de leurs actions il y a toujours le même argument : celui du TINA (There Is No Alternative)  », qui légitime les coups économiques sociales et les mesures profondément antidémocratiques appliquées.

Le gouvernement grec, afin de contenter le FMI qui exige la consigne de 3,6 milliards d’euro, se doit de voter trois lois : celle sur le coupe des retraites, celle sur l’introduction d’impôts additionnels et celle sur l’augmentation des impôts en vigueur.

Sotiris souligne comment le mouvement ouvrier n’a pas cessé la résistance contre ces politiques : les grève générales et le manifestations en place Syntagme se succèdent rapidement et continuent en permanence.

Syriza, qui avait cultivé au début l’espoir des luttes du mouvement grec à partir du 2010, en modifiant profondément le règlement politique et sa direction, a trahi le peuple grec avec la faillite délibérée d’un plan A qui avait pourtant proclamé la fin de l’austérité dans l’Eurozone et la possibilité d’un compromis convenable avec la Troïka. Cette crise politique n’a pas épargné la France avec la politique de droite du PS. « A cause de la précarité, du chômage et de la pauvreté les liens sociaux sont plus faibles, la solidarité s’affaiblit, les opprimés sont divisés par des préjugés racistes, sexistes et homophobes » ajoute notre camarade Philippe Poutou. Les luttes sociales ont été nombreuses : contre l’aéroport de NDDL, le barrage de Sivens, le travail dominical, la réforme des retraités, les Goodyear et la dénonciation de part des travailleurs d’Air France des restrictions occupationnelles. La faiblesse de ces mobilisations réside dans le manque d’une coordination solide et dans une perte toujours plus diffuse de la conscience de classe. « Dans ces conditions, le mouvement contre la Loi Travail qu’on vit depuis deux mois a été une bonne surprise. » La convergence des luttes s’est présentée forte, mais non pas sans obstacles avec des organisations syndicales au début très peu mobilisées et un état d’urgence qui menace toujours plus le débat démocratique. La nécessité d’un mouvement globale entre les anticapitalistes européens est donc forte et partagée et Yago Alvarez Barba, économiste de la Plataforma de la Auditoria Ciudadana de la Deuda, a reconnu que « l’Europe a besoin d’un mouvement contre la tyrannie de la dette, qui doit donner un réponse unitaire et solidaire aux institutions antidémocratiques européennes qui essayent d’écraser les peuples ».

Le thème de la dette est, en faite, celui qui a permis aux les gouvernements en Grèce, en Italie et en Espagne de légitimer les politiques d’austérité comme une conséquence naturelle de celui-ci.

Le PACD, la Plataforma Ciudadana de la Deuda, nous explique Yago Alvarez, a justement le rôle d’organiser des « journées de travail, débats, tables rondes, cours de formation » afin que la population espagnole puisse acquérir la conscience nécessaire à la compréhension de ce que le thème de la dette révèle. La PACD est, concrètement, un mouvement né à l’occasion de la percée des Indignados, en mai 2011.

Le concepts clé développés par celui-ci sont :

  • la dette illégitime, c’est-à-dire celle qui a été créée par les États pour accorder une faveur aux élites, en soutenant des dépenses publiques envers lesquelles les citoyens n’ont exprimé aucun consensus ;
  • l’audit de la dette organisé par les citoyens, qui prévoit des cours de formation, lequel ayant pour but d’informer les gens sur les processus de création de la dette et donner les outils nécessaires à comprendre ce qu’on doit réellement payer ou pas.

En Espagne les villes de Madrid, Zaragoza et Cadice ont adhéré à l’initiative de la PACD en sensibilisant la citoyenneté au thème de la dette. Ce projet permet d’accéder aux informations sur les dépenses publiques au niveau local, mais cela a, en vérité, le but de sensibiliser en vue d’une prise de conscience générale. Les citoyens, en fait, arrivent à exiger un audit citoyen de la dette nationale.

« Récupérer la souveraineté populaire signifie se rapproprier le droit de décider : décider si, comment et quand payer la dette. »

Mais si on parle de souveraineté populaire, alors même la souveraineté monétaire prend sa place. Paolo Maddalena, ex juge constitutionnel, critique le monopole privé de la création monétaire et nous invite à un usage de la Constitution comme moyen contre le néolibéralisme. « Notre salut est dans la Constitution. Contraster le néo-libéralisme, la concentration de richesses et la forte compétitivité discutée par Friedman dans les années ’30 selon la notion : le faible doit crever.  ». Et c’est exactement la politique du plus fort qui tue le plus faible qui nécessite l’intervention de l’argument féministe contre un système hiérarchisant et de soumission patriarcal : un féminisme capable de remettre en discussion les structures du système dominante, en faveur d’une reconstruction plus solidaire et égalitaire des relations sociales. «  Le Plan B doit être féministe », explique Cristina Quintavalla du Plan B Italie, « ou il n’aura pas lieu », car il faut créer une rupture radicale avec un modèle économique néo-libérale qui impose « le paradigme de l’homme-patron, blanc, bourgeois, dominateur, va-t-en-guerre  » et qui utilise la vie humaine comme moyen d’accumulation des richesses.

Même Guido Viale et Laura Cima du collectif Primalepersone, qui s’occupe des aides aux migrants, invitent à une solidarité internationaliste à travers un changement de direction au niveau politique. Il faut donc construire « une économie horizontale, fondé sur des mécanismes collectifs de réappropriation des richesses et avoir des formes de responsabilités collectives et partagées.  ».

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? « Ou on reconstruit nous mêmes à travers les luttes ou on est destinés à être les supporters des autres mouvements », dit le dirigeant de Sinistra Anticapitalista. Le point de départ est toujours là : la désobéissance civile et l’auto-organisation des luttes. Le Plan B sera alors internationaliste, féministe, écologiste, antiraciste. Et sa réponse est celle d’un dur et profond anticapitalisme.

NB

Autres intervenants : collectif d’enquête Clash City Workers, Anna Riviera activiste antiraciste, ouvrier Fiat-Melf, EleonoraForenza de L’Autre Europe


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