NPA 86

Renverser l’accusation (Tribune Libé)

samedi 28 mai 2016 par redac-npa86

Voilà deux mois que le gouvernement ne sait plus que faire pour venir à bout d’un mouvement auquel il ne comprend rien. Après avoir usé jusqu’à la lie la rhétorique anti-casseur, il inaugure depuis la semaine dernière une nouvelle stratégie afin d’écraser ce qui lui résiste. Cette stratégie consiste à isoler, sur les suggestions des services de renseignement, des « groupes organisés » constitués policièrement en « associations de malfaiteurs », puis à les accuser de faits dont on exagère la gravité afin de pétrifier tant la population que ceux qui luttent. Ainsi, on annonçait jeudi dernier l’arrestation à Rennes d’un groupe de vingt « casseurs », jeunes « radicalisés » appartenant à la « mouvance anarcho-autonome », une « association de malfaiteurs » qui s’apprêtait à « saboter » le métro de la ville. Renseignements pris, le sabotage en question était une action de blocage économique décidée en assemblée générale interprofessionnelle et menée de concert avec la CGT Route qui bloquait les axes routiers en périphérie de la ville. L’« association de malfaiteurs » se réunissait dans les locaux de Sud-solidaires et s’apprêtait en fait à coller des autocollants sur les composteurs de billets, voire, pour les plus extrémistes, à y introduire de la mousse expansive.

C’est une manœuvre identique qui a été déployée à Paris le 18 mai suite à l’attaque d’une voiture sérigraphiée par des manifestants. Alors que le syndicat de police Alliance privatisait la place de la République et faisait des « selfies » aux côtés de Marion Maréchal-Le Pen, d’Eric Ciotti et de Gilbert Collard, une contre-manifestation repoussée à coups de gaz lacrymogènes s’élançait dans les rues de Paris. C’est dans ces conditions qu’une voiture de police prise dans la circulation a dû essuyer un concentré de cette colère que l’on voit éclater depuis deux mois, à chaque manifestation. Qu’à force de se faire brutaliser, les plus pacifiques des manifestants en soient venus à entonner les slogans « tout le monde déteste la police », « même la police n’aime pas son travail », « que fait la police, ça crève les yeux », devrait à tout le moins interroger. Suite à l’incendie du véhicule, le gouvernement allumait un contre-feu en gonflant l’incident en « tentative d’homicide volontaire ». À cet effet, on occultera opportunément qu’à la vue des premiers manifestants, le policier a sorti son arme de service, qu’il a ensuite manqué les écraser et que ces mêmes manifestants ont aidé la policière à sortir du véhicule ; on transformera le bout de plastique dont se défend le policier en « barre de fer », des manifestants en « association de malfaiteurs » et on ira chercher des coupables présélectionnés par les services de renseignement parmi les militants de l’Action Antifasciste Paris Banlieue, que l’on essayait depuis une bonne semaine d’interdire de manifester. Et tous les médias de reprendre en chœur cette construction grotesque. Qu’importe qu’après deux jours de garde-à-vue, le ministère de l’Intérieur lui-même concède dans les pages duMonde qu’il n’y a en l’état aucun élément permettant de lier ces quatre militants à l’incendie de la voiture.

On comprend mieux à présent le sens de la déclaration de Manuel Valls au Sénat mardi dernier : « Ces Black Bloc, ces amis de monsieur Coupat, toutes ces organisations qui au fond n’aiment pas la démocratie, qui la contestent, qui en contestent les principes, trouveront la plus grande détermination de l’Etat, de la police et de la justice. » Ce qui était alors en préparation, à Rennes comme à Paris, était une manœuvre identique à celle qu’avaient tentée Michèle Alliot-Marie et Alain Bauer à l’époque du raid antiterroriste de Tarnac : cibler sur les conseils des services de renseignement un groupe d’opposants à éliminer, leur imputer des faits controuvés, construire sur cette base une « association de malfaiteurs » et tabler sur le suivisme et la lâcheté médiatiques pour faire passer l’accusation dans l’opinion.

Si, à l’époque, cette manœuvre a fini par piteusement échouer, c’est parce que nombreux furent celles et ceux qui, derrière le discours policier et gouvernemental, devinaient l’opération politique. Ce qui se prépare en ce moment, ce sont des « affaires de Tarnac » en série. C’est pourquoi nous appelons à soutenir les mis en examen de Rennes ou de Paris, ainsi que les lycéens, étudiants et manifestants mis en examen et qui parfois attendent en préventive leur comparution. Nous appelons à déjouer toute tentative de les isoler et de les instrumentaliser et à lutter pour l’abandon des charges extravagantes pesant sur eux, bref : à renverser l’accusation

Premier.e.s signataires

Jean-Claude Amara (Droits devant !), Loïc Artiaga (maître de conférences), Ludivine Bantigny (historienne), Emmanuel Barot (philosophe), Nicolas Bautès (universitaire), Daniel Blondet (militant anti-impérialiste), Christophe Bonneuil (historien), Simon Borja (chercheur en science politique), Ali Boulayoune (sociologue), Jérôme Bourdieu (économiste), Houria Bouteldja (militante politique), Jean-Pierre Bouyxou (écrivain, journaliste), Eric Brun (sociologue), Joël Cabalion (sociologue), Vanessa R. Caru (chercheuse CNRS), Manuel Cervera-Marzal (sociologue), Grégoire Chamayou (philosophe), Déborah Cohen (historienne), Dominique Connan (chercheur), Simon Cottin-Marx (co-rédacteur en chef de la revue Mouvements), François Cusset (historien et écrivain), Christian Delacroix (historien), Christine Delphy (sociologue féministe), Gérard Delteil (écrivain), Emmanuel Deronne (enseignant-chercheur), Nathalie Desquenes (journaliste), Béatrice Dezy (enseignante), Paul Dirkx (sociologue), Elsa Dorlin (philosophe), Joss Dray (photographe), Julien Dufour (doctorant en sociologie), Cédric Durand (économiste), Annie Ernaux (écrivaine), Jean-Baptiste Eyraud (militant associatif), Samantha Faubert (hispaniste), Alain Frappier (illustrateur), Désirée Frappier (scénariste), Bernard Friot (sociologue et économiste), Franck Gaudichaud (politologue), Vincent Gay (syndicaliste enseignant), François Gèze (éditeur), Pierre-Henri Gouyon (professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle), Nacira Guénif (sociologue et anthropologue), Nicolas Haeringer (militant associatif), Hugo Harari-Kermadec (économiste), Eric Hazan (éditeur), Odile Henry (chercheuse), Thomas Hippler (philosophe), Odile Horn (maître de conférences), Hervé Huntzinger (historien), Nicolas Jaoul (chercheur CNRS), François Jarrige (historien), Francis Juchereau (responsable associatif), Leslie Kaplan (écrivaine), Razmig Keucheyan (sociologue), Stathis Kouvelakis (philosophe), Jean-Sébastien Kroll-Rabotin (enseignant chercheur en école d’ingénieurs), Rose-Marie Lagrave (sociologue), Patrice Lardeux (militant CGT), Mathilde Larrère (historienne), Michelle Lecolle (linguiste), Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire), Marius Loris (historien et poète), Michael Lowy (sociologue), Pascal Maillard (universitaire et militant), Philippe Marlière (politiste), Guillaume Mazeau (historien), Daniel Mermet (journaliste et écrivain), Fabienne Messica (consultante), Bénédicte Monville-De Cecco (conseillère régionale IDF (EELV)), Olivier Neveux (historien d’art), Nicolas Oppenchaim (sociologue), Yves Pagès (écrivain et éditeur), Ugo Palheta (sociologue), Eugénia Palieraki (historienne), Luca Paltrinieri (philosophe), Willy Pelletier (sociologue), Irène Pereira (sociologue), Christine Poupin (porte-parole du NPA), Serge Quadruppani (écrivain), Thierry Ramadier (directeur de recherches au CNRS), Manuel Rebuschi (enseignant-chercheur en philosophie), Marie Rivière (comédienne), Olivier Roueff (chercheur en sociologie CNRS), Alexandre Rosenstein (étudiant en sociologie), Kristin Ross (historienne et professeure de littérature comparée), Catherine Samary (économiste), Pierre Sauvêtre (chercheur en sociologie), Guillaume Sibertin-Blanc (philosophe), Jacques Testart (biologiste), Sylvie Tissot (sociologue), Marc Tomczak (enseignant-chercheur), Rémy Toulouse (éditeur), Enzo Traverso (historien), Eleni Varikas (universitaire), Patrick Vassort (sociologue), Anne-Laure Vernet (enseignante-chercheure arts plastiques), Nicolas Vieillescazes (éditeur), Olivier Vinay (agrégé de biologie, vétérinaire), Sophie Wahnich (directrice de recherches CNRS), Willem (dessinateur), Philippe Zarka (astrophysicien)


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