NPA 86

La démocratie brésilienne en danger.

lundi 15 octobre 2018 par redac-npa86

Depuis Fortaleza au Brésil, par Augusto Nobre.

Le premier tour des élections brésiliennes a fini par maintenir la forte instabilité politique initiée avec le coup d’état parlementaire de 2016, aggravant par la même occasion la crise économique et sociale. Au cours des trois dernières années, les conditions nécessaires à l’émergence d’une candidature d’extrême droite ont été créées, et celle-ci atteint le deuxième tour avec le soutien d’une partie considérable de la classe dominante. L’élection a frappé de plein fouet les partis traditionnels, et l’extrême droite à capitaliser la colère contre le "système". Le parti de Bolsonaro (PSL), par exemple, est passé de 1 député à 52 députés.

Malgré la croissance de l’extrême droite, les partis de centre gauche et de gauche (PT, PDT, PSB et PSOL) ont augmenté le nombre de parlementaires au Congrès national. Le PT (de l’ancien président Lula) a le plus grand nombre élus, avec 56 députés, le Psol est passé de 6 à 11 parlementaires. Les partis de centre droit (PSDB, MDB et DEM) ont perdu près de la moitié des parlementaires. Au nord-est du Brésil, la gauche a gagné en tout 9 états (Gouverneurs et Présidents). En fait, Bolsonaro avait au premier tour environ 30% de tous les électeurs, parce que l’abstention et les votes blancs et nuls étaient très importants. Mais en même temps, l’extrême droite a beaucoup progressée avec un discours fasciste et des menaces d’un coup d’état militaire.

Le second tour est la continuation de la lutte contre le fascisme et le coup d’État. La tâche centrale pour le moment est donc de vaincre Bolsonaro. Sa défaite ouvre la possibilité de bloquer l’agenda initié par Temer (président actuel), de garantir la souveraineté nationale et de réunir les conditions pour continuer à défendre les conquêtes démocratiques contre l’autoritarisme. Lutte contre la réforme des retraites, la réforme du travail, le machisme, le génocide de la population noire et les LGBT. Lutte pour la démarcation de terres des Indiens, légalisation de l’avortement, etc. Lutte pour notre souveraineté énergétique avec la défense de Presalt, Petrobrás et Eletrobrás, dans la perspective d’une transition de la matrice énergétique.

Bolsonaro a été sous-estimé et conduit une vague électorale impressionnante. La majorité de la classe ouvrière brésilienne, le peuple en général, ne se définit pas politiquement comme de gauche ou de droite, comme nos voisins uruguayens ou argentins, plus idéologisés. Le noyau du vote néo-fasciste est la petite bourgeoisie, mais l’audience d’aujourd’hui est beaucoup plus large, parce que 46% des votes valides au premier tour ne sont possibles qu’avec le soutien de dizaines de millions de secteurs populares. Mais l’élection a également révélé qu’une partie des masses populaires, en particulier dans le nord-est du Brésil, conserve une référence dans le lulismo et le PT, en raison du souvenir de certaines avancées sociales au cours des années de croissance économique.

Le candidat d’extrême droite appliquera une attaque encore plus féroce à la classe ouvrière. Il déclare qu’il est nécessaire de mettre fin à divers programmes sociaux, qu’il faut empêcher toute réforme agraire ou urbaine, privatiser tout ce qui est possible. Les fractions les plus larges de la bourgeoisie sont maintenant avec Bolsonaro au deuxième tour. Mais la stratégie de la bourgeoisie est ambiguë, parce qu’ils ont aussi l’intention de pousser Haddad (PT) à assumer la politique économique qui répond à leurs intérêts : ajustement fiscal, réforme des retraites, etc.

Les syndicats, les mouvements populaires et le mouvement des étudiant ont pris la campagne avec force lors de ce second tour. Et les mouvements féministes qui ont construit #elenão sont l’embryon du mouvement antifasciste. Les alliés importants de ce conflit seront les secteurs lucides de l’Église catholique. La CNBB (Confédération Nationale des Évêques du Brésil - catholiques) a publié un manifeste indiquant aux catholiques de voter pour le candidat qui défend la démocratie (indiquant indirectement Haddad). Mais les évangélistes, dirigés par leurs dirigeants, votent en masse pour Bolsonaro, portés par un discours de haine, anti PT et une série de bêtises ridicules, telles que : "PT est un communiste et va confisquer sa maison."

Le Brésil vit un moment politique très difficile et risque de passer au fascisme. Mais il est possible de surmonter les ombres du passé.

Les fascistes ne passeront pas !

Augusto Nobre


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