NPA 86

La dialectique, l’Histoire et la tactique.

jeudi 17 septembre 2015 par redac-npa86

« Celui qui ne connaît pas l’Histoire est condamné à la revivre » Karl Marx

« Pendant quarante-trois ans de ma vie consciente, je suis resté un révolutionnaire ; pendant quarante-deux de ces années, j’ai lutté sous la bannière du marxisme. Si j’avais à recommencer tout, j’essaierais certes d’éviter telle ou telle erreur, mais le cours général de ma vie resterait inchangé. Je mourrai révolutionnaire prolétarien, marxiste, matérialiste dialectique, et par conséquent athée intraitable. Ma foi dans l’avenir communiste de l’humanité n’est pas moins ardente, bien au contraire, elle est plus ferme qu’au temps de ma jeunesse.

Natacha vient juste de venir à la fenêtre de la cour et de l’ouvrir plus largement pour que l’air puisse entrer plus librement dans ma chambre. Je peux voir la large bande d’herbe verte le long du mur et le ciel bleu clair au-dessus du mur, et la lumière du soleil sur le tout. La vie est belle. Que les générations futures la nettoient de tout mal, de toute oppression et de toute violence et en jouissent pleinement. » Léon Trotsky

Publié dans notre journal local « Prenons Parti », mon texte (1), sur la nécessité de reconstruire un outil politique à gauche du PS fait débat. En effet, sur le site de l’organisation « Ensemble !86 » (membre du Front de Gauche), Pascal Canaud, militant poitevin, apporte une analyse (2) différente de la mienne, notamment sur les rapports au Parti communiste français.

Le camarade dit rejoindre mon analyse globale de la situation. C’est-à-dire un recule de la conscience de classe, la décomposition du mouvement ouvrier organisé, le retard dans la course de vitesse idéologique engagée avec le FN, l’absence de luttes significatives et la volonté de tout reconstruire. C’est un bon point de départ puisque, de là, la discussion peut se mettre en place. Néanmoins, Pascal C. ne partage pas un point de vue essentiel de mon analyse : celle du Parti communiste mais, plus globalement, des vieux appareils politiques du mouvement ouvrier.

Je vais tâcher, dans ce texte, de polémiquer sur le fond avec Pascal, un camarade avec qui, au quotidien, je milite depuis des années dans moult luttes. Mais, avec qui j’ai, politiquement, des désaccords qui me paraissent radicaux, 1. sur l’analyse des vieux appareils politiques et 2. sur l’approche tactique qu’est l’unité, que l’on nomme dans notre jargon « FUO » (front unique ouvrier).

Avant toute chose, quand même, il est important que je revienne sur quelques affirmations du camarade qui sont erronées, non sur l’analyse, mais sur le sens donné à mes propos. En effet, mon article, publié dans un journal au format papier est confronté à un problème délicat : celui du nombre de signes... C’est la raison pour laquelle je ne fais pas une analyse d’EELV. Mais à la page précédant l’article dont nous discutons là, il y a un autre billet (3), faisant référence à l’expérience « Osons Poitiers » et mettant en avant un certains nombres de « critiques » d’EELV. Certes, celles-ci ne concernent pas une éventuelle bureaucratisation du parti de Cécile Duflot (ce parti est bureaucratisé mais il me semble que la nature d’EELV est totalement différente de celle du PCF, historiquement, numériquement et idéologiquement, je prends note, quand même, du fait qu’il faille analyser la bureaucratie de cette organisation). Mais revenons à nos moutons. L’angle choisit dans l’article de Prenons Parti sur « Osons Poitiers » est celui des désaccords stratégiques sur le rôle de l’État, de la subversion, en quelques sortes, les différences entre « réforme et révolution » même si c’est plus compliqué que cela. Bref. Tout cela pour dire que non, nous ne faisons pas une fixette sur le seul PCF.

Enfin, sur la fin du texte, et l’hypothétique ton prophétique que j’utiliserais en disant « notre heure arrivera ». Là encore, il n’est pas possible de déceler une vision quasi religieuse dans ce que j’écris. D’abord parce que dans la même phrase, il est dit qu’il faut se préparer et agir dès maintenant. Ensuite parce que les militants du NPA sont engagés dans toutes les luttes actuelles, de progrès social et écologique, et que nous refusons la politique du tout ou rien, du gauchisme le plus sectaire. À Poitiers, notre réalisme va même jusqu’à avoir des élues... mais ces élues (avec un e puisque nous n’avons que des femmes élues) jouent un rôle révolutionnaire dans l’Institution, en défendant un programme de rupture et en refusant de gérer des collectivités sans cette perspective de rupture. Je ne rentre pas dans le débat sur le rôle des élus (bien que ce soit lié) mais il faudra l’avoir également. Sur ce, les deux points étant éclaircit, venant en aux deux temps énoncés plus haut qui, il me semble, sont ceux qui font débat entre nous ; sans fausse polémique.

***

S’inspirer du meilleur, s’émanciper du pire

En effet, je le répète. La crise politique que nous connaissons aujourd’hui est en grande partie liée à la décomposition politique de la gauche ouvrière. Dire cela nécessite de comprendre les sources de la crise. D’abord, la chute de l’URSS, qui a ouvert une nouvelle période, mettant fin à l’idée qu’une autre société est possible (d’où le TINA de la Dame de fer et le libéralisme triomphant). Cette chute n’est pas sans cause. La contre-révolution stalinienne étant bien évidement la principale responsable dans la mise aux abîmes de la grande révolution d’octobre 1917. En France, le PCF a joué un rôle particulièrement suiviste en défendant et appliquant le pire de la tradition stalinienne. Cela a eu pour effet de faire de ce parti une organisation bureaucratisée, avec un centralisme loin d’être démocratique.

De plus, l’utilisation du terme communiste par les staliniens rend la tâche difficile pour faire émerger une vraie force éco-communiste aujourd’hui. Une société utopique, de bon sens, planifiée démocratiquement.

Dire cela ne veut pas dire que les centaines de milliers de militants communistes étaient de fourbes staliniens, rêvant de goulags ou autres procès politiques. Non. C’est vouloir démontrer qu’un appareil politique ayant joué un rôle funeste dans l’Histoire ne peut être le cadre de l’émancipation humaine.

En revanche, le PCF, et ses militants, ont su porter l’espoir d’un monde meilleur, à travers le monde entier, et particulièrement en France. C’est pourquoi il est évident qu’il ne faut pas balayer d’un revers de la main ce parti, son histoire et encore moins ses militants. Mais il ne faut pas se mentir non-plus. Oui, nous pouvons mener des tonnes de luttes ensemble, mais nous ne pourrons le faire qu’en s’émancipant des cadres institutionnels, comme celui du PCF, devenu une énorme machine électorale ; plus exactement ce parti ne vit plus que pour survivre, d’où ses compromissions avec la bourgeoisie incarnée par le PS.

Ma critique n’est néanmoins pas réservée au PCF. Les Trotskystes, par exemple, n’ont pas toujours eu des positions excellentes. Et nombre de comportements hérités du trotskysme aujourd’hui sclérosent le NPA, comme la LCR en son temps. En effet, la 4ème Internationale a été extrêmement utile pour maintenir un courant communiste démocratique. Ernest Mandel, cité par Pascal, a effectivement préconisé différentes attitudes à adopter dans un parti pour éviter la bureaucratisation. Mais ces préconisations sont directement liées aux attitudes staliniennes, puisque toutes les organisations politiques de l’époque étaient issues du PCF, ou, du moins, se comparaient à lui ! Aujourd’hui, le droit de fraction dans des organisations comptant moins de 3000 militants est relativement ridicule. Pire, ce modèle de démocratie devient une formalité et bloque tout processus de construction. Mais rien de mieux existe, donc cette méthode reste la moins pire. Par ailleurs, la démocratie fait directement partie du meilleur du mouvement ouvrier, dont il faut s’inspirer. Mais, une des autres valeurs dont il faut s’inspirer, c’est l’utopie et la création. C’est là que le bas blesse. Effectivement, comme le dit Pascal, en Espagne, Podemos est une organisation bureaucratisée, une forme de néo-réformisme. Mais, le fait que des milliers de personnes s’emparent de cet instrument démontre que ce type d’organisation a un sens. La bureaucratie de Podemos est dépassée, dans de nombreuses villes, par des militants qui ne demandent pas l’avis des chefs et parfois sur des bases très clairement anticapitalistes. Or, cela n’est pas possible dans un parti d’origine stalinienne puisque, justement, le rôle de parti est semblable à celui de patrie. Le Parti est ce qui rassemble, plus que les idées défendues par le Parti. L’intérêt du Parti passe avant tout. C’est pour cela que des « pans entiers » du PCF n’ont jamais rejoints les trotskystes et qu’ils ne le feront sans doute jamais. Coller aux baskets du PCF en disant « on veut l’unité, on critique de temps en temps mais on veut la même chose, et on est vachement démocratiques » ne marche pas. Vouloir faire pareil, en mieux, ne marche pas. D’abord et avant tout car l’Histoire ne se répète jamais deux fois à l’identique. Ou alors, l’événement arrive sous la forme d’une tragédie, puis se répète sous celle d’une farce, pour paraphraser Marx.

Non. Il faut construire autre chose, à côté, par en bas, et les militants communistes ont bien entendu un rôle à y jouer, s’ils le souhaitent. En attendant, nous continuons, bien sûr, et nous ne l’avons à aucun moment remis en cause, de lutter avec les militants communistes, contre le fascisme, pour les droits des réfugiés et des sans-papiers... mais malheureusement pas pour la sortie du nucléaire ou, plus globalement, pour une politique d’objection de croissance puisque le PCF ne partage pas ces revendications.

Au-delà des désaccords organisationnels, des désaccords politiques

Pascal passe rapidement sur un point essentiel de la période en disant que ma critique de l’orientation politique du PCF se limite à Poitiers. Camarade, le PCF ne s’est pas allié aux Municipales avec le PS qu’à Poitiers. A titre d’exemple, et pas des moindres, il l’a fait à Paris, capitale du pays, où l’enjeu était sans doute le plus important ! Mais il l’a aussi fait à Toulouse, et dans la réalité, il l’a fait dans une majorité de grandes villes ! Pas besoin d’être au NPA pour dire cela. À l’époque, le FDG a failli exploser puisque les camarades du PG étaient furieux, cette stratégie mettant la dynamique FDG à mal. À dire vrai, ils avaient mille fois raison ! Ne pas assumer pleinement la rupture avec le PS aujourd’hui est suicidaire ! Or, le PCF ne rompt pas avec le PS. Par ailleurs, à titre informatif, le PCF refuse toujours de se dire opposé au gouvernement quand Mélenchon et le PG l’assument totalement. Enfin, camarade Pascal, comme tu nous le dis le PCF est politiquement opposé au PS au niveau européen, et c’est vrai. Mais que penser de sa position vis-à-vis de Tsipras aujourd’hui ? Tsipras est en train de faire la démonstration que la gauche radicale au pouvoir est impuissante, et le PCF le soutient... Alors que le PG soutient l’Unité Populaire. Pourquoi Ensemble ne tranche-t-il pas clairement ses rapports en privilégiant des alliances avec le PG et le NPA, alors que politiquement ces trois organisations se retrouvent ? Au même titre, pourquoi le PG fait du pied à EELV au moment où ce parti se vautre sur la scène européenne, en refusant de dénoncer très clairement des Institutions anti-démocratiques, et en refusant, dans le même temps, de s’opposer au PS, en disant toujours être dans la « majorité présidentielle » ? En fait, le problème, il est que les accords d’appareils priment sur le reste puisque tout ce beau monde mise sur une émancipation légaliste, dans le cadre des Institutions actuelles. Tout prouve pourtant qu’une rupture anticapitaliste est nécessaire. À vrai dire, il n’est pas possible d’être réformistes à gauche... puisque le développement anti-démocratique de l’UE a pris une telle ampleur que les États ne sont pas souverains... alors comment les peuples pourraient-ils l’être en se cantonnant à vouloir exercer le pouvoir d’État ?

Bien sûr nous n’allons pas décréter des rassemblements citoyens. C’est ridicule. De fait, si un parti appelle à un mouvement citoyen, alors celui-ci, dépourvu de la fibre spontanée, perd toutes visions subversives. Mais nous pouvons faire des choses ensemble. PG, NPA, Ensemble, AL, OCL, MOC, LO, écologistes de gauche... nous pouvons nous rassembler et porter un message : oui, une autre politique est possible. Et ce message, nous pouvons le porter si et seulement si nous sommes totalement indépendants du PS. Mais cela n’est pas suffisant. L’indépendance, bien que nécessaire, n’a de sens que si la notion de rupture y est associée. La proposition portée par le PG pour un sommet internationaliste du Plan B (4), ou encore celle portée par Olivier Besancenot du NPA, un député européen de Podemos et un dirigeant de l’Unité populaire en Grèce pour un Austerexit (5) sont des moyens de nous retrouver pour élaborer une nouvelle offre politique. Sans démagogie, nous ne décréterons pas à nous seuls la forme que doit prendre une organisation nouvelle. Mais avec humilité, nous pouvons dire clairement que, oui, l’utopie d’un monde meilleur à mettre en place existe, loin des accords électoralistes et des recompositions parlementaires. Dans la rue, dans la lutte et dans les élections, redonnons l’espoir.

Alexandre Raguet

(1)  : http://www.npa86.org/spip.php?artic...

(2)  : http://reve86.org/la-dialectique-pe...

(3)  : Chacune ou chacun peut acheter notre journal le samedi après-midi en centre-ville de Poitiers, ou bien en le demandant à un militant du NPA86. Le Prix est libre.

(4) http://blogs.mediapart.fr/edition/l...

(5) http://blogs.mediapart.fr/edition/l...


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