NPA 86

L’art comme arme de contestation dans la société de consommation

mercredi 16 mars 2016 par redac-npa86

A l’époque de la reproductibilité technique tracée par l’avent d’une société de masse et par un dominant processus technologique, la réception du contenu artistique, comme aussi la relation homme-collectivité tombe en crise. L’œuvre d’art, en premier lieu protégée par son authentique singularité devient, avec la percée de la photographie et du cinéma, un objet de reproduction non plus distinguable du produit du marché et le quel usufruit se montre accessible à un vaste public qui en démolie le caractère « unique » et « irrépétible » . En d’autre termes, l’œuvre d’art perd son hic et nunc, « l’aura  » d’originalité exclusive théorisée par Walter Benjamin (philosophe allemand juif du XXème siècle) se dissout avec l’apparition d’un nouveau, affreux et paradoxale élément : celui de la copie. La pensée du philosophe allemand qui émerge du livre L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, publié en 1939, n’est pas si différente que l’analyse des moyens capitalistes de production décrits par Marx : comme l’ouvrier qui est contraint à subir le poids d’une profonde étrangeté à l’égard d’une production répétitive, impersonnelle, contraignante et qui divise le travail, aussi l’œuvre d’art subit la sorte de l’aliénation, il s’assujettit à une inflation fondamentale qui va construire un consumérisme culturel globalisé.

« La masse est une matrice d’où toute attitude habituelle à l’égard des œuvres d’art renaît, aujourd’hui, transformée. La quantité est devenue qualité.  »

Un phénomène dans le quel l’art occupa un rôle cardinal fut celui de l’esthétisation de la politique. Benjamin, en fait, réfléchit sur la montée des régimes totalitaires dans les années ’30 et remarque comme l’intrusion illicite de l’esthétique artistique dans les affaires politiques a joué un rôle propagandiste crucial, ainsi que la théâtralisation et la médiatisation de ceux derniers.

Le futurisme, courant artistique né officiellement le 20 février 1909 et dont son majeur représentant fut Filippo Tommaso Marinetti, occupa une place importante dans l’affirmation d’une idéologie qui avait comme but l’exaltation de la beauté de la guerre et l’anti-féminisme, afin de célébrer le progrès technique comme résultat d’une puissance masculine supérieure (et notamment le futurisme soutint aussi la campagne publicitaire de la compagnie Campari).

On sait, en plus, que Benito Mussolini fut inspiré par la poétique de esthète et décadent Gabriele D’Annunzio (1863-1938) qui écrivit au soutien de l’impérialisme colonial et réévalua le surhomme nietzschéen en lui attribuant le rôle de celui qui, doué d’une extrême virilité et supériorité morale, exerce une puissance autoritaire sur des masses intellectuellement inférieures. L’usage d’un langage esthétique de matrice dannunzienne fut employé par Mussolini pour la recherche du consentement chez l’opinion publique bourgeoise.

Mais y a-t-il un coté positif à envisager, au-delà du pouvoir dévaluant de la société de consommation et de l’intrusion de l’esthétique dans le domaine politique ? Selon Benjamin il existe, et son expression coïncide avec l’idée d’une « politisation de l’art » laquelle nécessité est aperçue aussi par le théoricien de l’Industrie Culturelle, ami et philosophe de l’école de Francfort : Theodor Adorno. Pour ce dernier, il s’agit d’un art que, en exploitant la reproductibilité donnée par le progrès technique et en bénéficiant de la possibilité d’un accès toujours plus ample de la population au marché artistique moderne, se charge d’une valeur sociale qui est celle de montrer au monde la souffrance de ceux qui ne peuvent pas s’exprimer.

L’art, en renonçant à l’esthétique du Beau qui avait agit comme moyen propagandiste chez les totalitarismes et qui agit, encore aujourd’hui, comme un instrument de séduction utilisé par l’industrie cinématographique hollywoodienne et par une toujours plus subliminale industrie publicitaire, peut agir de façon tout à fait révolutionnaire et se charger d’une valeur politique contestatrice.

La possibilité d’un usufruit collectif de l’œuvre d’art peut, donc, se transformer en opportunité de découverte du potentiel démocratique du cinéma, par le biais du quel la contestation acquiert une majeure épaisseur et peut jouir d’une plus large diffusion.

« A l’esthétisation de la politique que pratique le fascisme, le communisme y répond par la politisation de l’art. »

L’émancipation de l’œuvre d’art passe, donc, parmi l’engagement de la même au service de la proteste sociale, du mécontentement populaire, du processus de démocratisation et des révolutions qui, accessibles aux masses à travers les mêmes moyens employés par l’aliénation (les médias, internet, réseaux sociaux, la presse) gardent en soi le potentiel latent nécessaire au bouleversement d’une époque.

Ilaria F.


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