NPA 86

Contre la loi El-Khomri, contre le gouvernement, pour une autre politique

samedi 19 mars 2016 par redac-npa86

Nous vivons une lutte purement politique. La bataille engagée depuis quelques semaines, et qui a eu comme pics de mobilisations les 9 et 17 mars n’est pas seulement un mouvement social contre une loi jugée mauvaise, sans remise en cause du reste de la politique du gouvernement. En réalité, la loi dite El-Khomri joue le rôle de nouvelle goûte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien plein. Après plusieurs claques électorales, le gouvernement, pour la première fois depuis que Hollande est président, tremble devant une jeunesse et des salararié-es qui n’en peuvent plus de sa politique.

François Hollande a été élu sur un programme social-libéral. Rien ne pouvait laisser croire que la politique du PS serait satisfaisante pour les plus démunis, les jeunes, les travailleur-ses. Pourtant, beaucoup ont retenu le fameux discours du Bourget, et l’ennemi désigné qui était « la finance ». Déjà, il eut fallu être prudent. S’en prendre à la finance ne veut pas dire grand chose. C’est bien au système capitaliste dans sa globalité qu’il faut s’en prendre pour espérer changer la vie. Dire que l’on s’en prend à la finance sous-entend qu’il y aurait un bon capitalisme, sans finance... Sarkozy avant Hollande voulait « réguler le système ». Les deux, même s’ils le souhaitent, ne le peuvent pas sans remettre en cause l’ordre capitaliste, puisque dans cet ordre-là, ce sont les banques qui gouvernement. Or, il est de notoriété publique que ni Sarkozy, ni Hollande, ne sont anticapitalistes...

Aujourd’hui, Hollande ne parle même plus de réguler quoi que ce soit. Avec ses amis Valls et Macron, la logique est désormais assumée : il faut au contraire déréguler, en bons libéraux. Pour eux, il faut alléger les « charges » des entreprises, faciliter les licenciements, payer moins les salarié-es, les faire travailler plus longtemps. Le gouvernement Hollande-Valls reprend à son compte toute la politique du MEDEF.

À cette politique anti-sociale et anti-écologique (Ségolène Royal vient de repousser la durée de vie des centrales nucléaires de 10 ans...), s’ajoute une politique de répression du mouvement militant et social sans précédent. Si Hollande, Valls et Cazeneuve pouvaient encore parier sur le fait que la lutte actuelle dans la jeunesse se limitait à la loi travail, c’est désormais terminé. Lors de la manifestation du 17 mars, les forces de l’ordre ont littéralement réprimé le mouvement, allant jusqu’à pénétrer dans des universités et blesser des étudiant-es. C’est la preuve que l’État d’urgence permanent, et les mesures antisociales, sont liés. Le gouvernement utilise son appareil répressif – qu’il a développé, y compris en l’institutionnalisant - pour (tenter de) détruire celles et ceux qui résistent à sa politique.

De cette manière, Hollande et Valls font un pari. Celui-ci est risqué. Ils partent du principe qu’ils ne céderont pas sur la loi travail même si nous sommes des millions dans la rue. Ce n’est pas les quelques ajustements rhétoriques pour faire plaisir à la CFDT et à la FAGE qui arrêteront la lutte - ils l’ont compris le 17/03. Leur but est désormais d’apparaître comme un gouvernement de type « Dame de Fer ».

Valls, comme son modèle Clémenceau, est prêt à réprimer dans le sang les luttes que nous menons et celles que nous mènerons pour défendre l’ordre établi. Mais, en faisant cela, le gouvernement transforme lui-même la mobilisation sociale en lutte politique. Puisque, si, finalement, nous gagnons cette bataille, ce n’est pas seulement la loi travail qui sera rejetée par la rue, mais le gouvernement. C’est pour cela qu’il faut amplifier le mouvement, le massifier, développer nos propres formes d’organisations (AG, coordinations de FAC et de lycées...), tendre vers la grève générale (pour bloquer l’économie) et définir un programme politique. Le refus d’une loi ne représente pas un programme de lutte, bien que la revendication de retrait est incontournable.

Nous devons mettre sur la table la question de la diminution du temps de travail, du CDI comme norme, de la démocratie permanente, de la fin de la précarité dans la jeunesse. Et pour cela, la chute de ce gouvernement est une nécessité, puisque celui-ci ne nous représente pas. D’ailleurs, qui de mieux pour représenter le mouvement social que le mouvement social lui-même ? C’est bien cela qui sera décisif dans les prochaines semaines si la lutte continue et que celle-ci s’avère victorieuse. Il faut s’y préparer dès maintenant.

Alexandre Raguet


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