NPA 86

Nuit debout : et maintenant ?

mercredi 20 avril 2016 par redac-npa86

Nuit debout a d’ores et déjà atteint trois objectifs...

"Leur faire peur". A voir qui attaque désormais Nuit debout ça commence à marcher. Il y a là tous les partis dominants, du FN au PS, la «  fachosphère  », les «  intellectuels  » réacs et médiatiques, de Finkielkraut à Fourest en passant par Joffrin, Élisabeth Lévy et Askolovitch et, bien sûr, les flics, syndicats policiers et Cazeneuve en tête...

"Casser l’état d’urgence". En occupant des places dans tout le pays, en lançant des actions et des manifestations sauvages, Nuit debout a démontré que nous pouvions reprendre l’espace public.

"Redonner espoir". Après des années à subir la progression des idées et des politiques réacs, Nuit debout n’a pas fait que libérer la parole, le mouvement montre l’attente et l’audience qui existent pour une critique radicale de ces politiques.

Mais ces avancées et la contre-offensive qu’elles provoquent confrontent Nuit debout à de nouveaux enjeux. Car dans la réalité, rien n’a encore changé.

Merci patron  ?

Le premier enjeu, sans doute le plus immédiat, est le mouvement contre la loi travail. Son développement est une nécessité pour l’avenir de Nuit debout. Sans cela, les occupations de place risquent de devenir des îlots isolés de la majorité de la société, des agoras qui tournent à vide où les mains qui s’agitent deviendraient les gestes stériles d’un théâtre de marionnettes.

Inversement, Nuit debout peut jouer un rôle. Les places pourraient devenir le lieu où convergent, secteur par secteur, les équipes syndicales combatives qui veulent organiser le bras de fer avec les patrons et le gouvernement. Sur la place de la République à Paris, «  Hôpital debout  » a organisé une assemblée, les intermittentEs et précaires ont fait de même comme certaines facs mobilisées. Il nous faut «  CheminotEs debout  », «  PostierEs debout  », «  BTP debout  », «  Dockers debout  »... Cela accélérerait deux autres niveaux de la convergence. La convergence entre secteurs d’une part et leur convergence avec les autres fronts de la lutte, mal-logés, migrantEs, écologie, etc. d’autre part.

Il ne s’agit bien sûr pas de faire des places occupées le substitut de l’organisation indispensable, lieu de travail par lieu de travail, fac par fac, lycée par lycée, quartier par quartier mais de rompre l’isolement des équipes combatives et les coordonner dans l’action commune. Et de relier les débats généraux qui se tiennent sur la place aux problématiques concrètes de la lutte.

Pour aider à cela, les échéances existent  : le 23 avril, journée de mobilisation contre le Medef  ; le 26 avril, grève des cheminots  ; le 28 avril, journée nationale contre la loi travail  ; le 1er Mai.

Notre démocratie

Ce lien plus organique avec les luttes sera une base pour répondre aux questions soulevées par la contre-offensive lancée contre Nuit debout. La première a trait à la démocratie et la liberté d’expression. Faut-il accepter que Nuit debout devienne un lieu où viennent s’exprimer le FN, les dirigeants du PS, les patrons... et Finkielkraut et ses pairs  ? Celles et ceux qui nous écrasent de leur morgue dans tous les recoins de notre vie sociale, du contenu de nos manuels scolaires à l’organisation des étalages du magasin du coin, en passant bien sûr par la dictature du travail  ? Ou bien Nuit debout est-il le lieu où nous avons décidé de nous battre, c’est-à-dire de rassembler exploitéEs et dominéEs pour prendre confiance dans notre force collective, dans le refus de ce qui nous domine, nous exploite et nous aliène  ? Un lieu où on refuse la moindre légitimité aux débats justifiant l’inégalité  : exploiter, oui mais pas trop, musulmanEs, oui mais pas trop visibles, migrantEs oui mais pas touTEs, femmes, oui mais soumises à la norme...

La démocratie réelle, c’est celle qui proclame, dans les faits, l’égalité. La liberté d’expression c’est celle qui permet à touTEs de s’exprimer. Il n’y a pas de jours de fête, des jours de vote et d’expression quand tous les autres sont des jours de domination. Si on veut que participent activement les victimes des violences policières, les places doivent être interdites aux flics. Si on veut que participent celles et ceux qui se prennent dans la gueule tous les jours les politiques racistes, homophobes, sexistes, les places doivent être interdites au Front national, aux comportements homophobes et sexistes. Tout comme les places doivent proclamer la légitimité des grèves et des syndicalistes d’Air France ou de Goodyear, et accueillir comme frères et sœurs de lutte les migrantEs.

Violence et non-violence

Nuit debout est facteur de troubles. C’est vrai mais pour qui  ? De troubles à l’ordre public. C’est vrai mais de quel ordre  ? Des jeunes ont cassé des vitrines de banques. La belle affaire  ! «  Qu’est-ce qui est plus moral, créer une banque ou l’attaquer  ?  », disait Brecht... De quoi parlons-nous  ? De violence ou des moyens de la riposte  ? Quand casser la vitrine d’une banque redonne confiance à des milliers de jeunes dont les parents ont été écrasés, alors cela est juste. Quand casser la vitrine d’une banque marginalise une minorité du mouvement, alors cela n’est pas juste. Ce qui est juste est ce qui donne confiance et entraîne plus largement dans la lutte.

Voilà ce qui devrait être notre boussole. Parce qu’en dernier ressort «  l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes  ». Pas celle d’une minorité. C’est ce qui fait qu’une grève des employéEs de banque sera toujours plus efficace que de l’attaquer de l’extérieur, une révolte de quartier contre les contrôles au faciès plus efficace qu’un traquenard contre les flics.

Le mouvement contre la loi travail et l’occupation des places ont créé les conditions pour déplacer le débat du terrain de la morale abstraite à celui de la stratégie de lutte contre un ordre qui domine par la violence les corps et les idées. Ce n’est pas un hasard si, en plus du débat sur la violence, l’assemblée sur la place de la République a aussi commencé à aborder des questions comme celle de la révolution...

Pour que ces débats avancent, il faut que la lutte se développe et s’élargisse. Parce qu’on sera plus intelligentEs à des millions qu’à des milliers. Et plus fortEs. Debout. Alors la peur commencera vraiment à changer de camp.

Denis Godard


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